Candidat aux élections provinciales, le Nicolétain Steven Fleurent s'est retrouvé au coeur d'une controverse en raison de photos publiées sur Facebook, comme celle-ci.

Le jugement ou la jeunesse

C'est bien beau vouloir des jeunes en politique, encore faut-il accepter qu'ils soient jeunes. Parlez-en à Steven Fleurent.
Lui, c'est le plus connu des candidats inconnus au Québec. Celui dont on n'aurait jamais entendu parler sans cette photo où on le voit assis sur une toilette. Celui que des électeurs de la circonscription de Rimouski interpellent comme ça, quand ils le croisent dans la rue : «Est-ce que c'est vous qu'on a vu les fesses à l'air à la télévision?»
Il répond oui.
Il trouve ça drôle aujourd'hui. Il a toujours trouvé ça drôle, remarquez, c'est dans sa nature d'être «quelqu'un de divertissant». Jamais il ne s'est dit «maudit que j'ai l'air fou assis sur la bol», il a eu peur pour son parti, la Coalition avenir Québec. «Je ne voulais pas faire de tort à la famille de la CAQ.»
La photo date de quelques années, peut-être cinq. Quand je lui demande, il me dit que ça remonte à «plusieurs années». Quand on a 21 ans, c'est presque le quart de sa vie. Le passé est relatif, selon qu'on soit jeune ou vieux. Si Steven Fleurent avait 51 ans et qu'on avait retrouvé cette photo prise 35 ans plus tôt, personne n'en aurait parlé. On aurait trouvé qu'il était niaiseux quand il était jeune.
À 21 ans, une erreur de jeunesse, c'est hier.
Et le passé, en ces temps de Facebook et Twitter, rattrape très vite le présent. «Ça a commencé mercredi matin quand j'étais au travail. Quelqu'un de la CAQ m'a appelé pour me dire qu'un journaliste avait trouvé une photo anodine de moi. Il m'a demandé si je pouvais la supprimer, je lui ai dit oui. Mais je n'ai pas été capable de le faire avant le soir, vers six heures.»
Il était trop tard. Steven a vu un premier article sur Internet le soir. «Là, j'ai commencé à capoter. Je me disais que ça commençait bien mal, ma candidature venait tout juste d'être annoncée.» Il n'avait encore rien vu. «Je pensais que ça arrêterait là. Mais, le jeudi matin, j'ai vu ça dans les journaux, mon téléphone n'arrêtait pas de sonner, j'avais plein de demandes d'amitiés Facebook.»
Il était en pleine tempête, mais il n'était pas tout seul. Il a pu compter sur deux stratèges de la CAQ qui l'ont aidé à traverser la crise. Ils lui ont «booké» deux entrevues à la radio, lui ont dit «quoi dire, quoi pas dire». François Legault l'a défendu, a plaidé l'erreur de jeunesse. La poussière est retombée.
<p>Audrey Croteau, ex-attachée de presse de la candidate Denise Trudel dans Charlesbourg, a été remerciée par la CAQ après son passage au 102,1 FM. </p>
Quelques jours plus tard, la poussière a été soufflée de nouveau. Cette fois, c'est Audrey Croteau, attachée de presse de Denise Trudel dans Charlesbourg, qui s'est mis toute seule les pieds dans les plats. Elle a appelé pendant une émission du 102,1, les animateurs lui ont posé des questions sur sa vie intime, elle a répondu avec une franchise désarmante. Même les animateurs étaient désarmés.
Une des réponses a particulièrement indisposé la CAQ. Pas la plus osée. Quand on lui a demandé ce qu'elle faisait dans la vie, elle a dit qu'elle travaillait en politique, pour la députée Trudel. Audrey Croteau a été remerciée sans plus de cérémonie pour s'être trop révélée, Legault a opiné.
Une erreur de jugement contre une erreur de jeunesse. Plus les partis iront recruter des jeunes, plus les stratèges seront appelés à se prononcer sur la mince ligne qui sépare les deux. Si Steven Fleurent avait une morale à tirer de tout ça, «c'est qu'il faut faire plus attention à ce qu'on met sur les réseaux sociaux. Il faut du jugement. J'ai vu la photo d'un gars au volant avec une bière entre les jambes. Ça, c'est trop».
Je vous raconte une anecdote. La scène se passe au restaurant, il y a deux jours, un couple discute.
La fille : «T'aimes ça quand c'est piquant?»
Le gars : «Oui, beaucoup. Mais pas trop.»
Le rapport avec les erreurs de parcours? La subtile différence entre beaucoup et trop, la difficulté de tracer la ligne.
La CAQ a eu sa dose de piquant, elle a tranché. Fleurent, c'est beaucoup, Croteau, c'est trop.
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Le pointage, pour ceux qui l'ignorent, est une vaste opération de sondages téléphoniques menée par les partis pendant une campagne électorale. On veut savoir pour qui vous allez voter. Le PQ m'a appelée mercredi, je leur ai dit que je réfléchissais. Je n'ai jamais été aussi indécise pour une élection. On a jasé des promesses des partis, du fait que j'étais encore sur ma faim.
Le gars, que je ne nommerai pas, m'a fait une confidence. «Je vais vous dire quelque chose madame. Je vais être honnête avec vous, moi, je vote pour le moins pire.» L'honnêteté, ce n'est pas vendeur.
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Retour sur le détournement de votes. J'ai reçu beaucoup de courriels à la suite de ma chronique de vendredi passé, dans laquelle un fils déplorait que son père vote pour sa mère, qui n'a plus conscience de rien. On m'a raconté beaucoup d'histoires du même genre, des pires même.
Le Directeur général des élections m'a aussi écrit pour me dire que ce ne sont pas des bénévoles qui s'occupent du vote dans les résidences, mais des gens formés et payés. On m'a surtout dit qu'on ne peut pas voter à la place de quelqu'un, mais qu'on peut tenir le crayon si la personne nous dit où faire le X.
Voilà une ligne plus mince qu'elle n'y paraît.