«J'ai croisé beaucoup de monde impressionnant dans ma vie, M. Poutine vient certainement très haut dans la liste», avait dit Marcel Aubut à la suite de sa rencontre avec le président russe à Sotchi.

Le grand Cocorico olympique

Deux mois avant les Jeux de Sotchi, l'inimitable Marcel Aubut, le président du Comité olympique canadien, triomphait déjà. Avant même la première médaille canadienne, Monsieur avait l'ego plus gonflé qu'un ballon de baudruche débarqué dans un buffet servant de l'hélium à volonté.
«On s'en va gagner. [...] On vise le premier rang au tableau des médailles», confiait-il au Soleil, le 30 décembre.
«On est un p'tit peu baveux», convenait notre M. Modeste. Juste un peu? Plus fanfaron que ça, tu ne te contentes pas de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. T'es tellement sûr de ton affaire que tu en profites aussi pour vendre tes bottes, ton manteau et ton fusil...
Impression de déjà-vu. Me Aubut jouant les Jojo Savard.
Pas plus tard que le 13 septembre 2011, il annonçait le retour des Nordiques dès... l'automne 2013. Tout cela avec l'aplomb du gars convaincu qu'il dispose d'informations privilégiées, parce qu'il possède les trois numéros de cellulaire du remplaçant de l'assistant du boss des bécosses du Temple de la renommée de la LNH.
«Ne soyons pas naïfs! diront certains. Tous les pays veulent gagner les Jeux olympiques!»
Vrai. Sauf que les autres présidents de comité olympique n'ont pas l'attitude du petit caïd de la cour d'école, toujours prêt à jouer à celui qui pisse le plus loin.
Même qu'à côté de l'ami Marcel, la plupart ont l'air d'une bande de défaitistes, mûrs pour la thérapie d'un groupe d'entraide qui pourrait être baptisé «Complexés anonymes».
Avant le début des Jeux, le président du Comité olympique américain, Lawrence F. Probst, se gardait bien de prédire le premier rang à son pays. Il n'envisageait même pas de dépasser les 37 médailles remportées à Vancouver, en 2010.
Du côté français, le président du Comité national olympique, Denis Masseglia, voulait d'abord égaler les 11 médailles de 2010.
Même la Russie de Vladimir Poutine, le pays hôte des Jeux, se contentait de viser une place «dans les cinq premiers». Après avoir dépensé 51 milliards $ pour un party olympique de deux semaines, on ne peut tout de même pas l'accuser de prendre les Jeux à la légère?
«À propos, croyez-vous que Me Aubut pourrait aller implanter ses idées de grandeurs au Danemark?» demandent les cyniques.
Certainement. Mais que nous ont-ils fait de si grave, ces pauvres Danois?
À la fin des Jeux, peut-être que le Canada occupera le premier rang au tableau des médailles.
À force de raconter tout et son contraire, même Marcel Aubut tape parfois dans le mille. Vous connaissez le principe. Une horloge brisée donne l'heure juste deux fois par jour.
Pour le reste, on peut compter sur lui pour retoucher l'histoire, au besoin.
Prenez l'événement Rendez-vous 87, son «bébé», par exemple. À l'écouter en parler, ce n'est plus seulement une mémorable série de hockey, qui a opposé les meilleurs joueurs de hockey de l'URSS et de la LNH, à Québec, en 1987. Revu et corrigé par Me Aubut, Rendez-vous 87 est devenu un tournant de la guerre froide. «Un catalyseur pour rapprocher les États-Unis et l'URSS», pour reprendre le vocabulaire aubutesque.
Si la tendance se maintient, Marcel Aubut se vantera bientôt d'avoir profité de Rendez-vous 87 pour négocier la chute du mur de Berlin. Et dans 20 ans, il racontera qu'il a sauvé le monde d'une guerre atomique.
Peu importe. Car même après tout ça, il s'en trouve encore pour s'indigner que Me Aubut ait couvert le président Poutine d'éloges lors d'une rencontre à Sotchi.
Qu'est-ce qu'ils croyaient? Que Me Aubut allait dénoncer les lois russes contre l'homosexualité? Ou défendre les Pussy Riot? Un peu de sérieux, je vous en prie. Marcel Aubut ne roule pas nécessairement pour le Canada. Ni pour le Québec. Ni pour les athlètes. Ni pour les droits de l'homme. Ni pour ce qui peut rester d'idéal olympique. Marcel Aubut roule d'abord et avant tout pour Marcel Aubut.
Le mot de la fin appartient à ce classique de l'humour russe, adapté à notre grand Cocorico olympique national.
«Nommé président de la NASA, après ses exploits olympiques, Marcel Aubut veut frapper un grand coup. Il propose une expédition sur le Soleil.
- Impossible, répondent les ingénieurs. Bien avant d'arriver, la fusée sera carbonisée!
- Erreur, interrompt Marcel Aubut. Pour éviter ces problèmes, nous irons durant la nuit...»