Le gars de la shop renaît sur les planches

L'idée est tellement bonne qu'il est surprenant que personne n'y ait pensé avant : adapter pour le théâtre un condensé de la vie du célèbre gars de la shop créé par Yvon Deschamps en 1968 dans son fameux monologue Les unions qu'ossa donne?. Cet archétype du Québécois gagne-petit (Benoît Brière) voit son monde s'écrouler lorsqu'il apprend la mort de son bon boss...
L'idée est tellement bonne qu'il est surprenant que personne n'y ait pensé avant : adapter pour le théâtre un condensé de la vie du célèbre gars de la shop créé par Yvon Deschamps en 1968 dans son fameux monologue Les unions qu'ossa donne?. Cet archétype du Québécois gagne-petit (Benoît Brière) voit son monde s'écrouler lorsqu'il apprend la mort de son bon boss...
Le boss est mort n'est pas une compilation de monologues, mais bel et bien une pièce de théâtre, prévient d'emblée l'acteur (Louis 19, Musée Éden, Le bourgeois gentilhomme...). Elle met en scène ce «démuni intellectuellement», pour reprendre Yvon Deschamps, «qui subit la vie, qui ne sait rien faire et qui a fait de son boss son Dieu». L'homme est veuf, ses parents sont morts et il élève seul son fils de trois ans. Quand son patron meurt, son monde s'écroule. «Il fait son bilan de vie», explique Benoît Brière.
Ce personnage anonyme, et vou­lu comme tel, est «très fier de son statut d'ignorant [et qui ignore qu'il l'est!]», indique le metteur en scène Dominic Champagne (Cabaret neiges noires, LOVE du Cirque du Soleil, etc.). Tout ce qu'il attend de sa vie, c'est un «job steady pis un bon boss». Ce qui le rend si «pathétique».
Pour arriver à composer cette courtepointe dramatique en plusieurs actes, les trois hommes ont condensé 12 heures de monologues du grand humoriste, qui représentent cinq ans d'écriture, à un «petit» deux heures très intenses.
Benoît Brière en sort complètement «vidé» en raison de l'intensité dramatique. «C'est un honneur, un privilège. Je me sens investi d'une mission.» L'admiration de Champagne est tout aussi évidente. «[Deschamps], c'est un trésor national, un grand de notre culture depuis 300 ans. Ce n'est pas rien. La pièce, c'est son idée. Et à 75 ans, il trouve encore le moyen d'être pertinent et impertinent...»
D'ailleurs, les traits ne sont pas aussi grossis qu'on pourrait le croire. «Il y a toujours des victimes consentantes. [Le gars de la shop] est content de son sort», analyse Dominic Champagne.
Dose d'humanité
Il n'est pas caricatural pour autant. Car Yvon Deschamps a aussi insufflé à son personnage une gran­de dose d'humanité. «Il est bouleversant et très touchant. C'est une bombe d'intensité, soutient Dominic Champagne. C'est beau, c'est pur. Alors, il ne faut pas trop que j'intervienne entre le personnage et le public. La parole de Deschamps, noble, juste et généreuse, est devant : c'est notre police d'assurance.»
Mais bien que le personnage soit indissociable de son créateur, Benoît Brière a voulu l'aborder dans son essence dramatique. «Je viens vraiment interpréter un personnage. La plus grande différence, c'est que [Deschamps] a été le principal et unique interprète de son écriture. C'est comme si j'étais le premier à jouer les rôles de Molière après que Molière eut décidé d'arrêter. Sinon, techniquement, le travail est le même - bien que colossal, un personnage d'envergure. Mais ça s'avère une forme de sécurité : je joue un personnage.»
Le jour de l'entrevue, Yvon Deschamps n'était pas présent, mais c'est tout comme. Son immense présence se manifestait à chaque détour de phrase. Monter Le boss est mort, c'est écrasant ou libérateur, Monsieur Champagne?
«Les deux. C'est imposant. Moi qui ai vécu quelque chose de similaire avec les Beatles, c'est comme avoir le contrat de rénover le plafond de la chapelle Sixtine [rires]... C'est un terrain miné mais en même temps, c'est un privilège. Mon travail en a été un d'écriture et de réflexion pour lier tout ça, pendant un an et demi, pour trouver comment le coeur bat, pour obtenir une pièce qui n'existait pas, écrite non pas par un dramaturge, mais par un monologuiste. À cause de son génie, on a une pièce.»
Vous voulez y aller?
QUOI : Le boss est mort
QUAND : du 13 au 16 avril
: salle Albert-Rousseau
BILLETS : 35,50 $ à 55,50 $
TÉL. : 418 659-6710