Tous un peu cinglés et caricaturaux à souhait, les quatre comédiens incarnent une flamboyante galerie de personnages.

Le fantôme de Canterville: drôlement hanté!

Après huit ans d'absence, Le fantôme de Canterville revient hanter le théâtre Les Gros Becs. Le spectacle élaboré par le Théâtre des 4 Coins à partir d'une nouvelle d'Oscar Wilde avait fait fureur lors de sa création à Québec en 2006. Après 200 représentations dans une soixantaine de villes, la pièce distille toujours un humour bien vivant.
Avec une ingéniosité pas piquée des vers, la troupe de théâtre de Québec raconte l'histoire d'un manoir anglais, en 1889, réputé pour être hanté par le sanglant fantôme de Sir Simon de Canterville. Personne ne veut s'en approcher... jusqu'à ce qu'une famille de fiers Américains, sans peur et sans reproche, s'en porte acquéreur et y déménage ses pénates. Les Otis donnent bien du fil à retordre au pauvre fantôme anglais, qui ne les effraie pas du tout, à son grand malheur. À quoi peut bien servir un fantôme quand il ne fait plus peur à personne? Le pauvre spectre s'enfonce dans la dépression...
Les quatre comédiens (Jean-François Hamel, Olivier Normand, Sophie Thibeault et Klervi Thienpont) incarnent une flamboyante galerie de personnages, tous un peu cinglés et caricaturaux à souhait. Dans la famille Otis, il y a le père patriotique, fier vendeur de produits nettoyants, la mère nymphomane et infidèle, le fils intello et la fille rêveuse et romantique. Les acteurs s'échangent aussi le rôle de l'hystérique gouvernante anglaise à l'aide d'un simple masque dans un ballet habilement chorégraphié. Le temps de quelques scènes, dont un dynamique numéro musical, ils manipulent de rigolos crânes-marionnettes, anciens habitants du manoir de Canterville. Il y a aussi bien sûr le fantôme lui-même, qui parfois apparaît sous ses propres traits, parfois prend possession du corps des Américains.
Le personnage de la mère nymphomane fait mouche auprès des jeunes. Le trait de caractère n'échappe certainement pas aux adolescents, qui rient beaucoup aux clins d'oeil légers à la sexualité - c'est l'âge, on n'y échappe pas. Il y a aussi cet énigmatique jardinier à la main en râteau, qui parle en paraboles douteuses, mélangeant les expressions usuelles à tort et à travers.
Les mouvements de scènes sont fluides et réglés au quart de tour; on sent bien la touche du chorégraphe Harold Rhéaume. Le Théâtre des 4 Coins fait preuve d'une belle inventivité pour suggérer à partir d'un décor minimal constitué de quelques valises tout un arrangement de pièces et de lieux, faisant du Fantôme de Canterville un spectacle redoutablement rigolo à l'énergie contagieuse.
Le fantôme de Canterville s'adresse aux 12 ans et plus et est présenté jusqu'à vendredi aux Gros Becs.