Maxime Jean s'est penché sur le tourisme, une facette des Galápagos qui est rarement abordée.

Le dur métier de cinéaste

Une semaine complète sur l'île de Santa Cruz, la plus touristique de l'archipel. Hôtel, air climatisé, plages à 30 minutes de marche, bateaux de croisière. La vie est tellement dure pour les trois cinéastes qui doivent trimbaler un si lourd équipement...
Séchons nos larmes : depuis une semaine, les trois compères se la coulent douce, histoire de montrer une facette des Galápagos qu'on ne voit pas souvent. «Le volet touristique n'est pas abordé dans les autres films qu'on a vus, explique Maxime. On veut montrer comment le tourisme a remplacé les activités comme la pêche, pour faire vivre les gens. On a tourné dans les boutiques, les taxis, les compagnies de plongée sous-marine. Demain, on retourne au Rock Café, un endroit qu'on a adopté. Le propriétaire nous a permis de tourner dans les cuisines et avec les serveurs.»
La porte d'entrée de l'île, c'est le Pacifique, explique-t-il, et le port est rempli de navires. Santa Cruz n'est pas la capitale de l'archipel, mais c'est la plus grosse ville, par son économie, et la plus visitée aussi. On y trouve le centre de recherches Charles Darwin, qui étudie la fameuse tortue géante dont l'archipel porte le nom.
Malgré son achalandage, la ville porte une grande attention à la préservation de ses sites naturels. «Il y a ici la plus belle plage qu'on a vue, très longue, avec du sable blanc. Mais pas question d'y aller en voiture. On doit d'abord s'inscrire, puis suivre un sentier à pied pendant 30 minutes et on doit être de retour à 18h. Il y a des pancartes partout pour interdire d'aller dans les herbes derrière la plage parce que c'est une aire de nidification pour les grandes tortues. C'est un très bon exemple de conciliation tourisme-environnement. N'importe où ailleurs, on construirait des hôtels et des stationnements tout près de la plage.»
L'équipe a aussi déniché sur l'île une crevasse, coupée de la mer, mais remplie d'eau salée, probablement grâce à un canal souterrain. «On peut sauter d'un rocher à une dizaine de mètres de hauteur. On a demandé à Reynald de sauter au moins une douzaine de fois pour prendre des vues de l'extérieur et filmer son entrée dans l'eau avec la caméra sous-marine. L'eau était salée et cristalline, ça nous a occupés une bonne journée.»
Cela dit, le métier de cinéaste a quand même ses exigences. «On fait des grosses journées. Le trépied est lourd, le caisson pour la plongée aussi, et on doit marcher beaucoup. Quand on arrive le soir, il faut tout transférer sur les disques durs et s'assurer de ne rien perdre. Il faut ensuite rincer l'équipement qui a servi en plongée et aussi nettoyer la caméra. Même si elle reste à sec, il faut enlever le sable et le sel qui s'accumulent pendant la journée. Je ne pensais pas que c'était autant d'ouvrage. On se couche tard.»
Maxime et Grégoire Valcourt, son caméraman, ont d'ailleurs eu des sueurs froides les premiers jours. «On n'arrivait pas à transférer les données de la caméra vers nos disques externes. Ce sont des fichiers de haute définition non compressés qui prennent énormément d'espace. Si on ne peut pas transférer, ça veut dire qu'on ne peut pas filmer... Heureusement, on a fini par régler nos problèmes. Par sécurité, on enregistre tout sur deux disques durs et ils ne voyagent jamais dans les mêmes valises.»
Prochaine étape : l'île d'Isabella, trois hôtels et pas de banque. C'est une île plus jeune que les autres et plus aride, et l'équipe va pouvoir se pencher sur la géologie de l'archipel.
Il faut savoir que les îles sont assez éloignées les unes des autres. Le trajet entre San Cristóbal et Santa Cruz demande entre deux et trois heures de bateau, et ça sera la même chose entre Santa Cruz et Isabella. «Il n'y a pas de barrières de corail pour couper les vagues, explique Maxime. Dès qu'on quitte le port, on se retrouve en pleine mer avec des vagues assez impressionnantes.»
Les Galápagos de 1535 à aujourd'hui
LA DÉCOUVERTE
C'est en 1535 que Tomas de Berlanga, évêque espagnol de Panamá, «découvre» par accident cet archipel, alors que ses navires, faute de vent, dérivaient au gré des courants. Les îles, arides, étaient sans intérêt selon lui. Deux de ses hommes et 10 chevaux y périrent de soif avant qu'on découvre une source d'eau potable. C'est sur une carte de 1570 qu'on utilise pour la première fois l'expression «îles des Galápagos», en référence aux immenses tortues qui les habitent.
LA PIRATERIE
Vers 1590, l'Angleterre, en guerre avec l'Espagne, encourage le piratage des galions espagnols. Les Galápagos servent alors de base d'opérations aux pirates pour intercepter les navires ramenant les richesses de l'Empire inca, de Panamá ou de Mexico. Ce fut aussi le début de la chasse aux tortues, qui étaient appréciées pour leur chair, et qu'on pouvait garder en vie dans les cales des navires pendant des mois.
LES BALEINIERS
Vers 1790, les pirates ont été remplacés par les baleiniers. À cette époque on aménage un «baril postal», dans lequel les marins déposaient leurs lettres, emportées par le premier navire qui retournait en Angleterre. Aux Anglais s'ajoutent les Américains et tous chassent les tortues, les oiseaux et même les iguanes, au point où certaines espèces de tortues furent exterminées. Plus de 200 000 tortues auraient été abattues pendant le XIXe siècle. C'est l'époque où un officier américain, le capitaine David Porter, aurait «égaré» quelques chèvres, qui se sont multipliées par la suite, jusqu'à plus de 100 000 individus sur l'île de Santiago.
HABITANTS
Le premier habitant des Galápagos fut un Irlandais, Patrick Watkins, échoué sur l'île en 1807. Il y vécut huit ans, au gré du commerce avec les marins de passage, jusqu'à ce qu'il s'échappe de l'île en volant un bateau. Il y eut quelques tentatives de colonisation, en 1869 et en 1893, et en 1927 des Norvégiens ont tenté de s'y établir, mais sans grand succès.
DARWIN ET LE BEAGLE
C'est en 1835 que le Beagle, navire sur lequel voyageait Charles Darwin, s'arrête à l'île de San Cristóbal pour une escale de cinq semaines. L'activité humaine des siècles précédents menaçait déjà la survie de certaines espèces de tortue sur l'île de Floreana.
LA CONSERVATION
En 1935, pour le centenaire du passage de Darwin, la république de l'Équateur crée les premières réserves fauniques sur les îles. Trois espèces de tortues avaient déjà disparu et d'autres étaient décimées. Une espèce de rat avait disparu de certaines îles et des plantes introduites par les marins menaçaient la flore indigène. En 1964, la Fondation pour les Galápagos est créée en Belgique, et en 1968 l'Équateur détermine qu'un parc national créé en 1959 couvrira 95% du territoire.
AUJOURD'HUI
C'est à partir de 1970, quand 1000 visiteurs sont allés sur les îles, que le tourisme a commencé à s'organiser aux Galápagos. En 1985, on comptait 18 000 visiteurs, et le nombre a poursuivi sa progression. En 2000: 72 000 visiteurs et en 2005 plus de 120 000 personnes ont visité le parc national. En 1998, l'électricité est devenue accessible 24 heures par jour. À compter de l'an 2000, des liaisons téléphoniques et Internet ont été établies avec le continent, facilitant l'organisation de voyages. La population des îles a suivi la même courbe, passant de 4078 personnes en 1974, à 15 311 habitants en 1998. Lors du dernier recensement, en 2006, on en dénombrait 19 184.