Marie-Josée Chouinard, directrice - Attraction de talents chez Québec International, en compagnie d'une immigrante qui s'intègre bien à Québec, Celeste Fabricio, originaire du Paraguay, au Québec depuis 15 ans.

Le dur chemin vers l'emploi

3e de 4 / La grande région de Québec s'est inscrite dans le mouvement mondial d'accueil des réfugiés syriens. Dans cette série d'articles, Le Soleil se penche sur les services offerts aux immigrants et sur la manière avec laquelle ils s'intègrent dans la région. Tour d'horizon de ce que représentent l'arrivée, la vie quotidienne, l'emploi et les loisirs pour ces nouveaux venus.
Parfois ingrat, parfois gratifiant, l'emploi fait partie intégrante de la vie au Canada. Les immigrants n'y font pas exception, malgré le défi supplémentaire que représente pour eux l'accès à un emploi.
Surtout lorsque des obstacles tels que la langue, les compétences et la motivation se dressent devant eux.
«Ce qui est important, c'est qu'il faut attacher dès le départ une motivation à l'emploi», croit Dominique Lachance, directrice du Centre multiethnique de Québec (CMQ). «Il faut donner un sens à toutes les démarches qu'ils font», précise-t-elle à propos des réfugiés tout particulièrement.
Elle fait notamment référence à l'apprentissage du français, qui représente un tournant dans l'accession future à un emploi. «Il faut que la francisation soit attachée à une perspective d'emploi, sinon on va les perdre.»
«Qu'ils soient scolarisés ou pas, c'est des gens qui n'étaient pas sur les bancs d'école, et là, on les retrouve en francisation. Il faut vraiment attacher une motivation, ce que je trouve qu'il manque des fois», renchérit-elle, toujours à propos des réfugiés.
Importance de la langue
En tant qu'intervenante à Québec, elle met beaucoup d'accent sur la langue, car dans la région, «c'est pas comme à Montréal où tu peux te débrouiller en anglais ou, à la limite, dans ta langue maternelle».
En ce qui a trait aux travailleurs qualifiés, la situation est tout autre. Ceux-ci sont sélectionnés, car leurs compétences répondent à un besoin économique du pays d'accueil. En 2014, au Québec, 58% des quelque 50000 personnes immigrantes accueillies étaient des travailleurs qualifiés. De ces immigrants, 75 % d'entre eux déclaraient connaître le français, selon les chiffres du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion.
«C'est pas tous les employeurs qui peuvent recruter à l'international. Il faut que ça réponde à un enjeu de recrutement», explique Marie-Josée Chouinard, directrice - Attraction de talent chez Québec International, dont un des mandats est d'attirer une main-d'oeuvre étrangère qualifiée à Québec.
Dans la région, les secteurs manufacturier, du tourisme, de la haute technologie, du service-conseil en informatique et des jeux vidéo font particulièrement appel à des travailleurs qualifiés, manque de main-d'oeuvre oblige. «C'est la pénurie qui explique ça. [Dans ces domaines], il n'y a pas assez de gens qui sont diplômés. Il n'y a pas assez d'offre par rapport à la demande», explique Mme Chouinard.
À ses yeux, la croyance selon laquelle les immigrants volent les emplois des citoyens canadiens est donc «un gros, gros mythe» à défaire. D'autant plus, soutient-elle, qu'un «travailleur étranger peut nous aider à garder nos entreprises ici», en permettant de répondre à la demande.
Dans les dernières années, Marie-Josée Chouinard a toutefois remarqué un «changement énorme» de la part de la communauté en termes d'acceptabilité. «Je ne dis pas qu'il n'y a pas de défi, mais on sent qu'il y a une ouverture grandissante.»
Retour à la case départ
Pour bon nombre de réfugiés, l'arrivée au Québec représente un retour à la case départ en ce qui a trait à leurs compétences scolaires. Et même pour des travailleurs qualifiés ou des immigrants économiques, l'intégration au travail peut être plus ardue que prévu.
«C'est pas parce qu'ils ont été sélectionnés qu'ils vont bien s'adapter», note Sandrine Gérard, responsable des services en immigration chez Option-travail. «C'est normal que la reconnaissance demande un certain temps. Il faut apprendre comment on procède ici. Et les employeurs s'attendent à ça.»
Trop qualifiés
Elle remarque par ailleurs que la recherche d'emploi est souvent plus difficile «pour les professionnels, les gens universitaires, que pour les manuels», les immigrants diplômés se faisant parfois dire qu'ils sont «trop qualifiés» pour un emploi donné.
«Tu peux aller plus facilement te chercher un DEP [diplôme d'études professionnelles], il y a plus d'emplois, et [les employeurs] sont moins exigeants au niveau linguistique», précise-t-elle.
Pour Dominique Lachance, du Centre multiethnique de Québec, le profil professionnel et scolaire des réfugiés n'est pas suffisamment pris en compte à leur arrivée. «On n'a pas une réelle connaissance de qui ils sont au niveau professionnel. Des fois, les gens ne savent pas dans quels programmes on pourrait les insérer. Il faut documenter ça si on veut qu'à un moment donné, ces gens-là soient interpellés par des entreprises, ou puissent avoir accès à des programmes», fait remarquer celle qui vient tout juste de déposer un projet afin que soit mise sur pied une telle base de données.