Le deuil sera «très long» à faire, dit le curé de L'Isle-Verte

«Quand c'est arrivé à Lac-Mégantic, je regardais le prêtre là-bas et je me disais: "Pauvre lui! Je ne voudrais donc pas que ça m'arrive."» C'est tout de même arrivé cette semaine au curé de L'Isle-Verte, Gilles Frigon. Celui-ci entrevoit un «très long» processus de deuil, qui s'amorce dimanche avec une célébration privée à l'église de la localité.
Gilles Frigon est apparu très émotif, samedi matin, au moment de rencontrer la presse pour rapporter les détails des cérémonies religieuses qui se préparent dans la paroisse.
«Comme prêtre, on porte nos communautés dans leurs joies, dans leurs succès, on se réjouit avec eux, mais dans leurs souffrances, on souffre avec eux autres. C'est ça, être pasteur. Moi aussi, j'ai besoin de guérison avec les familles et avec la communauté», a-t-il exprimé, la gorge nouée par l'émotion.
Des familles touchées de près par le drame sont venues à sa rencontre depuis jeudi, et il a dit être lui aussi réconforté par ces rencontres. «On s'accueille mutuellement dans ce drame. Je peux consoler le monde, mais ils me consolent aussi beaucoup», affirme le curé qui demeure à L'Isle-Verte depuis huit ans. «On a le même coeur blessé.»
M. Frigon le reconnaît, «c'est toujours lourd à porter d'être prêtre». D'autant plus quand il s'agit de réconforter une communauté entière.
«Il ne faut pas vivre ça trop souvent. Ça fait deux drames en l'espace de six mois, ça commence à faire trop pour le Québec. On va être à bout moralement», avance-t-il.
L'abbé de Lac-Mégantic, Steve Lemay, l'a appelé vendredi pour lui transmettre ses pensées. Pris dans le tourbillon médiatique, Gilles Frigon espérait pouvoir lui retourner l'appel hier. Il s'est d'ailleurs retiré pour se préparer à accueillir la population de L'Isle-Verte dans son église de 900 places.
Une première cérémonie privée est prévue dimanche après-midi «pour commencer un processus de deuil et se relever tranquillement». Les dignitaires «sont libres d'être présents», a glissé le curé. «Mais c'est vraiment pour les gens de L'Isle-Verte et des alentours, et surtout pour les familles qui sont marquées par ce deuil subit.»
Une autre messe commémorative se tiendra samedi prochain et, cette fois, les visiteurs des quatre coins de la province pourront y assister.
«Ce n'est que le début du deuil, rappelle Gilles Frigon. Mais c'est un début important, il faut le faire.»
«Il y a du monde qui ne vit pas encore le deuil. Ils vont enfouir ça, des fois on ne s'avoue pas notre peine et notre souffrance, alors on va le faire six mois ou un an plus tard. Alors c'est sûr que c'est un processus qui est très long. Chacun le vit différemment», dit-il.
Le curé Frigon n'avait encore «aucune idée» de la façon dont il aborderait la messe d'aujourd'hui. Une seule chose est sûre: il fera place à des personnes qui sont intervenues «en première ligne» dans la nuit de mercredi à jeudi lors de l'incendie qui a fait disparaître 32 personnes.