Tina Maze, que l'on voit ci-dessus en 2015, va tirer sa révérence sur sa piste fétiche de Maribor.

Le dernier récital de Tina Maze

Tina Maze, icône ange et démon de la Slovénie, a déjà réussi sa reconversion, avant même le clap de fin d'une prestigieuse carrière samedi sur sa piste fétiche de Maribor, à l'occasion du géant de Coupe du monde de ski alpin.
La suite semble bien assurée pour la Slovène. Il suffit de jeter un oeil à la longue liste des commanditaires qui vont continuer à l'accompagner après sa dernière sortie : un chocolatier (Milka), un constructeur automobile (BMW), son fournisseur de skis depuis 2008 (Stöckli), son équipementier (Fila)... et même l'Office du tourisme slovène.
Autant de partenaires qui ont été séduits par le palmarès et le professionnalisme pointilleux de la jeune femme, selon son agent Ralph Krieger. «Le skieur alpin est un indépendant, pas un salarié comme un footballeur. On doit bâtir une structure autour, c'est une petite PME», a-t-il souligné.
Et puis, la quadruple championne du monde s'est engagée auprès d'Eurosport comme consultante, forte de sa connaissance du milieu et de ses cinq langues parlées.
Ski et rock
Maze prendra son 401e et dernier départ sur le circuit majeur en compétitrice et non pas en tenue folklorique. Une course qu'elle a d'ailleurs failli ne pas disputer en raison d'un conflit de gros sous l'opposant à la Fédération slovène sur des questions de tenue et de commandites notamment. Mais un accord a finalement été trouvé : elle skiera sous ses propres couleurs sans arborer ni les commanditaires de la Fédération ni les siens propres.
«J'entends disputer une vraie course et je me suis entraînée», a expliqué la Slovène lors de l'étape messieurs d'Alta Badia, où elle a donné avant Noël un concert rock, l'une de ses passions avec la pédagogie. Un vrai défi sportif puisque la double championne olympique de Sotchi (descente/géant) n'a plus remis les skis de compétition depuis le 22 mars 2015.
Maze avait enchaîné par une année sabbatique pour tester son envie de revenir. Avant d'annoncer le 20 octobre 2016 sa prochaine retraite à Sölden, la station autrichienne qui ouvre les saisons de Coupe du monde de ski alpin depuis une vingtaine d'années. Et où elle avait connu son premier succès majeur, le 26 octobre 2002. Un jour historique pour le ski alpin : Maze avait partagé la victoire avec Nicole Hosp et Andrine Flemmen.
«Je n'ai plus de motivation, je n'ai pas l'énergie», avait-elle expliqué, en reparcourant le film de sa vie de sportive et en assortissant sa décision d'une condition : faire ses adieux à Maribor, la station de ses grands débuts. Pour l'adolescente timide, débarquée de son petit village, tout avait en effet commencé sur la Pohorje 2 le 2 janvier 1999, à 15 ans et 8 mois, marque de précocité et de talent.
Maze, une des six skieuses de l'histoire victorieuse dans les cinq disciplines, s'est érigée un monument pour la postérité avec 13 médailles, entre JO et Mondiaux, 26 succès (et 81 podiums) en Coupe du monde et un fabuleux sommet de 2414 points au classement général de la saison 2012-2013.
Pas une «actrice» comme Lindsey Vonn
Méticuleuse dans son approche de l'entraînement, précise sur les skis, elle s'était rapidement rebellée face à l'immobilisme de la Fédération slovène. La création d'une structure privée autour du préparateur physique italien Andrea Masi, devenu son compagnon, s'était imposée.
Les montagnes se souviennent encore des éclats des disputes entre ces deux forts caractères. «Cela a été plus facile pour moi que pour Andrea», sourit Ralph Krieger, qui insiste aussi sur la «loyauté» de Maze. Et l'agent d'ajouter : «Elle ne joue pas de son physique. Elle ne triche pas.» Un journaliste de la radio slovène confirme : «Tina a toujours été naturelle, quand Lindsey Vonn est comme une actrice, toujours maquillée.»
Régulièrement célébrée dans son pays - elle a été élue cinq fois meilleure athlète slovène -, Tina Maze a désormais un objectif prioritaire : devenir maman.