Le dep présente un point de vue de la réalité autochtone qui n'est ni caricatural ni complaisant.

Le dep: plein de bonnes intentions...

Au risque de me répéter, avoir plein de bonnes intentions ne suffit pas à faire un bon film. On aurait souhaité un meilleur sort au premier long métrage de fiction de Sonia Bonspille-­Boileau. Dans Le dep, la réalisatrice mohawk livre un portrait convenu mais réaliste du quotidien dans une communauté autochtone. Sauf que son récit manque de tension dramatique et de crédibilité dans le dernier droit.
Ce huis clos se déroule (presque entièrement) entre les murs d'un dépanneur (évidemment) d'une petite communauté innue où travaille Lydia (Ève Ringuette). Un soir où elle effectue un remplacement pour la fermeture, son père lui confie 50 000 $ afin qu'elle prépare les enveloppes pour ceux qui viendront changer leurs chèques de BS le lendemain, 1er du mois.
La soirée s'annonce tranquille pour la jeune femme et son chum policier (Yan England), qui patrouille la communauté. Jusqu'à ce que surgisse un cagoulard. Lydia ne met pas beaucoup de temps à reconnaître son frère PA (Charles Buckell-Robertson), qui a besoin de l'argent pour payer une dette de drogue. 
Leur confrontation subséquente, chargée de reproches, va révéler de profondes blessures psychologiques et émotives liées à leur enfance, illustrées par un retour en arrière un peu superflu. Pas très original, mais suffisamment crédible. 
C'est vraiment dans le troisième acte, lorsqu'on quitte le terrain du suspense pour celui du drame psychologique, que le bât blesse. Le scénario manque de vraisemblance et la tension dramatique s'effondre, ce qui provoque un décrochage important. 
C'est dommage parce que Sonia Bonspille-Boileau a plutôt bien relevé le défi de filmer son histoire dans un endroit confiné, avec une approche de cinéma-vérité misant sur le naturel des acteurs - il y a malheureusement quelques couacs ici et là, mais rien de majeur.
Reste qu'il est intéressant d'avoir un point de vue de la réalité autochtone qui ne soit pas caricatural ni complaisant. La réalisatrice met en évidence, sans trop surligner, les séquelles des traumatismes du passé et ses conséquences : violence, désespoir et dépendance. Cette illustration de la réalité, dans un contexte contemporain, est certainement le point fort du Dep.
En terminant, je sais que le calendrier des sorties est hyper-chargé, même du côté québécois, et qu'il n'est pas évident de trouver une date pour un premier film d'auteur à très petit budget. Mais sortir un film qui se déroule en plein hiver au début du mois d'août, ça n'aidera pas la cause du Dep, même après ses passages aux festivals de Karlovy Vary et de Présence autochtone, à Montréal, cette semaine.
Au générique
Cote : ** 1/2
Titre : Le dep
Genre : drame psychologique
Réalisatrice : Sonia Bonspille-Boileau
Acteurs : Ève Ringuette, Charles Buckell-Robertson, Yan England 
Salle : Clap
Classement : 13 ans +
Durée : 1 h 48
On aime : le réalisme de l'arrière-plan social. La réalisation méthodique
On n'aime pas : le déficit de crédibilité du scénario. Le manque de tension à la fin