Des électeurs remplissent leur bulletin dans une école de Virginie.

Le débat sur le système électoral relancé

La défaite d'Hillary Clinton devant Donald Trump est d'autant plus amère pour ses partisans qu'elle a gagné en nombre de voix, mais pas en nombre de grands électeurs, relançant le débat sur une réforme du système électoral américain.
L'ancienne secrétaire d'État a perdu l'élection présidentielle, dont le résultat est décompté État par État, mais au niveau national elle a obtenu, à ce jour, environ 400 000 voix de plus que son adversaire, selon des résultats provisoires publiés par les médias américains.
Une goutte d'eau à l'échelle des quelque 130 millions de bulletins glissés dans les urnes, mais qui lui permet de s'enorgueillir d'avoir été davantage plébiscitée. Quelque 60,4 millions d'Américains l'ont choisie, 60 millions ont préféré Donald Trump.
Au suffrage direct, l'ancienne première dame aurait donc été élue à la Maison-Blanche (48 % contre 47 %).
Mais aux États-Unis, c'est le nombre de grands électeurs, attribué dans chacun des 50 États et dont le nombre varie en fonction de la population, qui détermine la victoire finale. Emporter par exemple la Californie, État le plus peuplé, assure 55 grands électeurs au vainqueur, quand bien même la victoire se serait jouée dans un mouchoir de poche.
«Une personne, une voix»
«Cela pose la question : à quel point notre système est-il démocratique?» se demande Robert Schapiro, professeur de sciences politiques à l'université Columbia de New York. Si la règle du «une personne, une voix» est un pilier de la démocratie, le suffrage indirect à un tour modifie la donne, selon lui.
Ce système «affaiblit le principe d'égalité politique», a renchéri samedi sur CNN Douglas McAdam, professeur de sociologie à l'université de Stanford.
«Dans un système de grands électeurs, chaque voix ne pèse pas autant que les autres. Les voix dans les États clés, qui sont une demi-douzaine et décident de l'élection, comptent clairement davantage que les voix dans les États acquis aux démocrates ou aux républicains», explique le sociologue.
Dénonçant ces travers, une pétition, lancée sur le site Change.org et signée samedi par près 3,5 millions de personnes, demande au collège des grands électeurs, qui se réunira le 19 décembre, de choisir non pas M. Trump mais Mme Clinton.
Techniquement, cela est possible, mais en réalité cette demande a peu de chances d'aboutir. Car les grands électeurs sont choisis avec soin par les partis auxquels ils restent loyaux. Leur vote est une simple formalité.
Les grands électeurs pourraient élire Clinton au risque de payer une «petite amende», estiment les initiateurs de la pétition, qui jugent Trump «inapte» à gouverner.
George W. Bush s'était imposé en 2000 face à Al Gore sans remporter la majorité des voix : 48,4 % pour le démocrate, 47,9 % pour l'ex-président américain, et le second décompte des voix en Floride avait duré plusieurs jours.
Hillary Clinton blâme le FBI pour sa défaite
La candidate malheureuse à l'élection présidentielle américaine, Hillary Clinton, a jeté le blâme sur la décision du FBI d'examiner de nouveau ses courriels pour la défaite qu'elle a subie mardi. Lors d'une conférence téléphonique avec ses principaux contributeurs financiers, Mme Clinton a déclaré qu'elle était en train de gagner les élections jusqu'à ce que le directeur du FBI, James Comey, envoie sa lettre au Congrès. Cette missive, transmise le 28 octobre, annonçait aux élus que le FBI avait retrouvé d'autres courriels pouvant être reliés à une précédente enquête policière sur l'utilisation de Mme Clinton d'un service de courriel privé alors qu'elle était secrétaire d'État. Mme Clinton a accepté une partie du blâme pour sa défaite, ont indiqué certains qui ont écouté l'appel, mais elle a mentionné peu des autres facteurs ayant contribué à la victoire de Donald Trump. Associated Press
Pour Trump, les réseaux sociaux ont contribué à sa victoire
Le président élu américain Donald Trump estime que les réseaux sociaux Facebook, Twitter et Instagram l'ont aidé à gagner des États où ses adversaires démocrates «dépensaient beaucoup plus d'argent» que lui.
«Le fait que j'aie un tel pouvoir en terme d'audience sur Facebook, Twitter, Instagram, etc, je pense que cela m'a aidé à gagner tous ces (États) où ils dépensaient beaucoup plus d'argent que moi», a plaidé le milliardaire républicain, dans un entretien avec la chaîne CBS, dans le cadre du programme 60 minutes qui sera diffusé en intégralité dimanche.
Parlant d'«une forme extraordinaire de communication», il a mis en avant ses 28 millions d'abonnés sur les réseaux sociaux, soulignant au passage qu'il en avait gagné 100 000 de plus la veille de cet entretien avec CBS: «Je ne dis pas que j'aime ça, mais cela permet de s'exprimer», a-t-il expliqué à Lesley Stahl, une journaliste de l'émission.
«Je trouve cela extraordinaire. C'est une forme moderne de communication. Il n'y a absolument pas à en avoir honte», a-t-il ajouté, en regrettant de devoir désormais se limiter sur ces réseaux sociaux en tant que futur président.
«Il va falloir que je me réfrène, si je continue de les utiliser», a reconnu Donald Trump.