Entre janvier 2011 et avril 2012, les policiers et les ambulanciers de Québec ont dû intervenir au Dagobert pour de nombreux actes de violence, d'ivresse et de désordre associés aux activités de l'établissement.

Le Dagobert fermera ses portes pendant 24 jours

Le Dagobert fermera ses portes demain pour une période de 24 jours. Le Tribunal administratif a rejeté sa demande de surseoir à une suspension de permis d'alcool imposée en juin par la Régie des alcools.
Pendant quatre longues fins de semaine, en plein coeur de la haute saison touristique, la Grande Allée sera donc privée d'un de ses établissements les plus fréquentés. Le directeur général de l'endroit, Yann Latouche, a confirmé, hier, que la police passera pour apposer les scellés avant la fin de semaine.
«Le plus triste, c'est pour les 90 employés, surtout des étudiants qui essaient de faire leurs sous l'été. Quand on rouvrira, ils retourneront à l'école, se désole M. Latouche. Je trouve ça aussi dommage pour nos voisins qui profitent de l'achalandage que nous créons», ajoute-t-il. Ce dernier a d'ailleurs fait parvenir un courriel à tous les commerçants du secteur pour les aviser de la mauvaise nouvelle.
M. Latouche estime que l'établissement devra essuyer des pertes d'environ 300 000 $. C'est sans compter l'argent que génère le Dagobert dans l'économie locale. «Nous avons une capacité de
1500 personnes avec la terrasse. L'été, on roule à 80-90 % d'achalandage. Plusieurs viennent de l'extérieur pour une escapade à Québec et passer une soirée chez nous. Ils couchent à l'hôtel, ils prennent un lunch de fin de soirée, un déjeuner. Ils peuvent dépenser 500 ou 600 $ en 24 heures», explique le dg.
Des pertes assurées
Tony Tannous est propriétaire de la Galette libanaise. Il possède un des établissements qui restent ouverts tard la nuit pour assouvir les fringales nocturnes des clients des bars du secteur.
«Un gros joueur comme le Dagobert, c'est sûr que ça ne fait pas notre affaire. Il va y avoir une baisse d'achalandage, c'est certain. On va rester ouvert, mais ça ne sera pas aussi profitable», lance-t-il, convaincu.
Le directeur général d'Action-promotion Grande Allée, André Verreault, est du même avis quant à l'impact négatif de cette fermeture. «Le Dagobert, c'est un attracteur. Avec sa réputation, c'est une destination. Évidemment, ça attire du monde dans les commerces en périphérie», soutient-il.
Il s'attendait à une fermeture et déplore que le Tribunal administratif n'ait pas tenu compte des dommages collatéraux d'une telle décision. «Le Dag crée une dynamique sur Grande Allée. Il n'est pas en compétition avec d'autres. Chacun a sa clientèle. Là, on va avoir un grand espace qui va être vide tout l'été.»
Seconde sanction
En début d'été, la Régie des alcools imposait une suspension de 24 jours des permis d'alcool du célèbre bar Dagobert de la Grande Allée pour de nombreux actes de violence, d'ivresse et de désordre associés aux activités de l'établissement.
Les événements en cause se sont déroulés entre janvier 2011 et avril 2012. Bruit excessif, clients fortement intoxiqués par l'alcool ou la drogue, désordre dans la rue et batailles sur la terrasse et dans la rue : policiers et ambulanciers sont intervenus à de nombreuses reprises.
Le propriétaire du Dag, Gilles Laberge, s'était dit prêt à respecter une série d'engagements, dont plusieurs ont déjà été mis en place, pour que ces incidents ne se reproduisent plus. 
Depuis l'annonce de cette décision, il avait tenté des recours pour que la suspension ne soit pas imposée en été, en vain. C'est la seconde sanction du genre en dix ans.
Le délai au coeur de la contestation
Le Dagobert ne remet pas en cause la suspension de ses permis d'alcool pendant 24 jours, mais plutôt le moment à laquelle elle est imposée.
Dans son argumentaire auprès du Tribunal administratif (TAC) de surseoir à la décision de la Régie des alcools, le Dagobert soulève le fait que les régisseurs ont pris plus de temps que nécessaire pour rendre leur décision.
«Il était raisonnable de penser qu'une décision serait rendue avec célérité, étant donné que la Régie connaissait déjà le dossier et que, de façon usuelle, une décision est rendue dans les deux à trois semaines lorsqu'il s'agit d'entériner un protocole d'entente», comme dans ce cas-ci, est-il écrit.
L'audience à la Régie des alcools a eu lieu le 14 avril. La décision de suspendre les permis a été rendue... le 26 juin. Soit bien après le délai de deux à trois semaines envisagé Dagobert. De son côté, la Régie argue que la loi lui accorde jusqu'à trois mois pour rendre une décision.
Pas un privilège au quartier
Le Dagobert avançait aussi le fait que la fermeture du bar en été aurait des conséquences importantes sur les commerces environnants. Le TAC est demeuré sourd à cet autre argument.
Le Tribunal dit ne pas pouvoir tenir compte de ce préjudice parce qu'un permis est un privilège accordé à un établissement et non au quartier où il se trouve. 
L'audience devant le TAC s'est déroulée le mercredi 16 juillet. La décision a été rendue le mardi
22 juillet.
Quelques suspensions...
2004: cinq mois au bar L'Autre Zone de la 3e Avenue après le décès d'Alexandre Rail-Vaillancourt, 18 ans, à la suite d'un jeu de calage d'alcool.
2005: 24 jours au Dagobert pour une série d'infractions commises de 2001 à 2004 concernant drogue, violence, calage d'alcool, dont plusieurs reliées au spectacle de Jackass en mars 2004.
2009: 60 jours aux défunts bars 321 de la rue de la Couronne, et 889, de la côte Sainte-Geneviève, pour le trafic de cocaïne impliquant des employés de 2005 à 2007.
2011: 75 jours au Palace, du boulevard Pierre-Bertrand (aujourd'hui fermé) pour des actes de violence, des méfaits, des vols, des cas d'intoxication, d'ivresse et de consommation de drogue de janvier 2010 à mars 2011.
2014: 35 jours au bar L'Autre Zone pour de nombreux cas d'ivresse, de violence et de bruits excessifs de 2010 à 2012.