«J'ai l'impression qu'à chaque album, il y a cette sensation de partir sur une page blanche. C'est de commencer un nouveau chapitre, c'est l'excitation de la nouveauté, du terrain vierge, du tout est possible»

Le cycle romantique d'Émilie Simon

«Paris, j'ai pris perpète, tu m'as fait tourner la tête mille fois», chante Émilie Simon sur Mue, un septième album en magasin mardi. Si l'auteure-compositrice-interprète française a passé beaucoup de temps à New York dans les dernières années, la voilà de retour dans la Ville lumière. Et pas qu'à moitié! Entrevue avec une chanteuse qui montre un nouveau visage romantique et pétillant... comme une bulle de champagne.
Q    Paris occupe presque le rôle principal de votre nouvel album. Pourquoi?
R    C'est une ville qui m'a beaucoup inspirée. J'ai écrit l'album ici, les textes en tout cas. Et c'est vrai que Paris a pris beaucoup de place sur l'album dans une image romantique, sublimée, peut-être fantasmée, inspirée du début du siècle dernier. Avec toutes les grandes découvertes, la construction de la tour Eiffel... Ça devait être extrêmement pétillant et complètement fou!
Q    La manière avec laquelle vous parlez de Paris est assez conforme à l'image que les touristes étrangers, notamment nord-américains, cultivent. En êtes-vous consciente?
   Je pense que le fait d'être allée à l'étranger et d'avoir, par exemple, passé beaucoup de temps aux États-Unis, ça m'a donné une distance par rapport à Paris. Autant c'est une ville extrêmement riche qu'on peut percevoir de mille façons, autant le fait de vivre à l'étranger permet de voir les choses différemment. Il y a parfois des trésors qu'on avait sous les yeux tous les jours et qu'on ne voyait plus. [...] En Amérique du Nord, on a autre chose. En étant une Française qui passe beaucoup de temps à New York et à Montréal, je perçois quelque chose de tellement différent, de tellement complémentaire dans la façon d'aborder les choses, dans la vision de l'art. C'est très rafraîchissant. Et quand on revient à Paris, on voit la majesté de cette ville, quoi!
Q    Le titre Mue évoque le renouveau, la transformation. De quelle manière ce changement se manifeste-t-il pour vous?
R    J'ai l'impression qu'à chaque album, il y a cette sensation de partir sur une page blanche. C'est de commencer un nouveau chapitre, c'est l'excitation de la nouveauté, du terrain vierge, du tout est possible. À chaque album, on recommence un nouveau cycle. Dans celui-ci, il est question de Paris, mais aussi d'une histoire d'amour avec des sentiments sublimés, très romantiques, très épiques, très poétiques aussi. Il y a un côté très délicat, mais exacerbé dans les émotions. L'idée de Mue, c'était ça aussi : qu'à chaque histoire d'amour, on recommence, on est tout neuf. Je vois un parallèle dans ces idées de cycles : ceux de l'amour, de la vie, des moments où il faut accepter de laisser ce dont on n'a plus besoin et qui fait partie du passé pour s'ouvrir à l'avenir.
Q    Cet album plutôt pétillant fait suite à Franky Knight, inspiré par le décès de votre compagnon. Voyez-vous un pont entre ces deux disques?
   Il y en a un. Je pense que je l'ai fait consciemment. Mais je n'ai pas du tout fait Mue en réaction à Franky Knight. Ça s'est fait de manière très fluide. C'est la juste succession, c'est la vie qui est passée et qui m'a donné envie de ça. Ça me fait du bien de retrouver une certaine légèreté, quelque chose de pétillant. Franky Knight, c'était un album important pour moi. J'ai voulu le porter comme un cadeau, il fait vraiment partie de ma vie. Mais c'est vrai que de passer sur un registre beaucoup plus léger comme sur Mue, c'est une continuité qui me plaît bien.
Q    Musicalement, Mue présente un visage plus organique, moins électronique. Qu'est-ce qui vous a menée sur cette voie?
   Le côté organique vient des cordes, surtout. C'est un aspect voluptueux qui venait aussi avec le romantisme parisien : un parfum capiteux, du velours rouge, des moulures [rires]. C'est comme ça que je voyais l'orchestration. Quelque chose de très langoureux, de très riche dans la profondeur des cordes, de somptueux au niveau des textures, d'enveloppant. Le côté organique vient de là, mais il y a aussi beaucoup de programmations sur l'album, mais d'une manière un peu plus subtile. C'est un mélange de plein de choses qui me plaisent, un peu comme une palette de teintes.
Q    Vous parlez de votre musique comme d'une étoffe que vous portez...
   Exactement... Et c'est vrai qu'ensuite, ça influence tout! Le visuel, les tenues sur scène, les couleurs. La musique est une facette d'une création artistique qui est au centre, mais qui peut s'exprimer par plein d'autres biais aussi. C'est intéressant de voir comment l'image peut influencer la musique et comment la musique peut donner des images.