Nancy Florence Savard, créatrice du film d'animation Le coq de St-Victor, garde les yeux rivés sur son but :rivaliser avec les Américains enmatière d'animation tout en créant une histoire bien québécoise.

Le coq de Saint-Victor: un pur produit de Québec

Il y a un an, Nancy Florence Savard était fébrile parce qu'elle livrait La légende de Sarila, le premier film d'animation en 3D stéréoscopique entièrement canadien. Avec Le coq de Saint-Victor, elle produit un autre film d'animation familial, mais qui a la particularité d'avoir été réalisé «à 98 %» à Québec. Sur cette lancée, elle entend bien faire en sorte que la capitale devienne une pionnière et une pépinière dans la création de contenu original déployé sur de multiples supports.
La créatrice et femme d'affaires garde les yeux rivés sur son but : être capable de rivaliser avec les Américains en matière d'animation «pour que les Québécois puissent avoir leur propre histoire, avec leurs propres personnages» - tout en faisant travailler les gens d'ici.
Pour Le coq..., la productrice a tenu parole : elle a fait appel à un réalisateur d'ici, Pierre Greco, et à Frima FX pour l'animation. Christian Daigle, cofondateur du studio de Québec, a d'ailleurs pris en charge la direction artistique. Et la musique est celle d'Olivier Auriol, qui réside dans la capitale depuis 1997.
Il faut dire que le partenariat n'était pas une nouveauté. Tout ce beau monde a travaillé ensemble à créer W, une série de 156 courtes capsules d'animation diffusées à la télévision. Alors de là à faire un long métrage dans le style d'un cartoon à la Chuck Jones (Bugs Bunny, Coyote, Roadrunner et tant d'autres), il n'y avait qu'un pas à franchir - mais plusieurs années de travail à réaliser.
Oeuvre collective
«[Pierre Greco] s'amusait comme un enfant, les animateurs aussi, tout le monde a embarqué. Ils ont rajouté plein de choses partout et fait beaucoup de suggestions. C'est à partir de là que ça devient une oeuvre collective. Tout le monde s'emballe, en met plus et s'en donne à coeur joie», raconte la native de Loretteville.
Le cinéma d'animation a cette particularité d'être facilement exportable - La légende de Sarila a été vendu dans 40 pays. Ce qui prolonge sa carrière bien au-delà de sa présentation en salles.
Mme Savard espère bien en arriver au même résultat pour son coq zélé qui réveille les habitants du petit village à 4h tous les jours depuis sept ans. Comme elle le dit, chacun y reconnaît des caractéristiques de son pays. Le film était d'ailleurs présenté au marché du film du festival de Berlin plus tôt cette semaine.
C'est en étant très local qu'on est le plus universel. Et avec toute l'expertise de Québec en animation et en multimédia, c'est toute la région qui pourrait en bénéficier. «J'aimerais qu'on puisse créer des personnages qui vivent au cinéma, mais qu'on puisse ensuite les mettre dans des livres, dans des applications mobiles, dans plusieurs choses différentes.»
D'une plateforme à l'autre
Selon la productrice, ils sont plusieurs à partager cette vision, dont Steve Couture, un autre des cocréateurs de Frima. «Ce serait le fun que dans notre région, on puisse créer des choses qui vont passer d'une plateforme à l'autre. Ça ferait des alliances intéressantes entre les studios. Et que tous les artistes réussissent à développer ainsi d'autres produits qui mettent en valeur leur talent et leur créativité dans le film, mais avec d'autres outils. J'ai rien inventé : c'est Mickey Mouse de Disney», dit-elle en riant.
Parlant de Disney, Le coq... a pu bénéficier de l'appui inconditionnel d'Equinoxe Films, le distributeur des films de Disney au Canada. «Ils y croyaient beaucoup depuis le début.» La bande-annonce a ainsi pu profiter d'une bonne visibilité en salle auprès de son public cible.
Comme productrice, Nancy Florence Savard ne laisse rien au hasard. Elle présente ses projets à des groupes de discussion, discute avec les exploitants de salle du meilleur moment pour sortir le film... Ce n'est pas un hasard si Le coq... prend l'affiche tout juste avant la semaine de relâche.
Des emplois pour Québec
Doté d'un budget de 3 millions $, le long-métrage a fait travailler des gens de Québec pendant deux ans. L'équipe de production n'est pas peu fière d'offrir un film qui aspire aux grandes ligues de l'animation. La légende de Sarila a d'ailleurs fait partie de la longue liste des meilleurs longs-métrages d'animation en nomination aux Oscars.
On verra bien ce que ce coq a dans le coffre. Ou bien le projet suivant, Mission Katmandou qu'elle entend coréaliser avec Pierre Greco. Si tout va comme prévu, Nancy Florence Savard, qui aime bien comparer sa démarche à celle d'une athlète qui franchit les étapes une à une, atteindra un jour l'équivalent des Olympiques. Et y gagnera peut-être bien une médaille...
Du coq à l'âne!
Le coq de Saint-Victor fait la fierté du maire de ce petit village champêtre. Réveillés tous les jours à 4h par ce coq zélé, les habitants mettent beaucoup d'ardeur au travail.
Mais après sept ans de ce régime, ils décident de troquer le coq contre l'âne d'un village voisin. Le farniente s'installe et avec lui disparaît la fierté.
Le village est laissé à l'abandon et la zizanie gagne du terrain... Certains, plus lucides, décident alors de former un escadron pour récupérer le réveil matin animal.
«Le coq de Saint-Victor» prend l'affiche le 21 février.