Le chant du dire-dire est présenté jusqu'à samedi à l'ancienne église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier.

Le Chant du Dire-Dire: fratrie paratonnerre

«Des fois, je pense à nos âges. Je connais bien les âges de nous quatre, mais on dirait qu'on a des âges à deux temps : vieux comme le monde avec des yeux d'enfants.»
La réplique est de Fred-Gilles, le plus jeune frère de la Société d'amour Durant, cette singulière fratrie qui a élu domicile dans l'ancienne église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier. Les personnages du Chant du dire-dire, de Daniel Danis, ont cette fascinante candeur enfantine qui distille pourtant des vérités troublantes.
Le jeune théâtre Le Mimésis a choisi de faire revivre la pièce de Danis dans une église. Le terrain de jeu se révèle d'une troublante efficacité. Les trois frères Durant racontent leur histoire directement au public installé dans le choeur de l'église, dans une ambiance intimiste teintée de sacré. Le décor naturel, la ponctuation sonore de l'orgue d'Alexis Raynault et les éclairages bas complétés par une mer de lampions multicolores donnent l'impression qu'on est réfugié dans un abri, par un soir d'orage.
Et de l'orage, il y en a dans cette histoire à la fois narrée et incarnée dans un mouvement de va-et-vient par les trois frères Rock, William et Fred-Gilles, et leur soeur Noéma. Devenus orphelins une deuxième fois quand leurs parents adoptifs ont été foudroyés lors d'un orage, les Durant devront affronter vents et tonnerre pour rester soudés au sein de cette Société d'amour qu'ils ont créée pour survivre. Quand Noéma reviendra complètement brisée après avoir mené une carrière de chanteuse dans la grande ville, la solidarité des trois frères devenus aidants naturels sera mise à rude épreuve. Ils seront appelés, en quelque sorte, à devenir le paratonnerre l'un de l'autre, et ce, avec le soutien de ce curieux objet qu'est le dire-dire, un grand cône en cuivre.
On oscille constamment entre poésie brute et réalité banale, entre gravité et cabotinage. Le choc entre les comportements gauches de ces grands enfants un peu malcommodes et la tendresse de leurs soins d'amour envers leur soeur provoque parfois le rire, mais plus souvent encore l'attendrissement.
Les trois comédiens du Théâtre du Mimésis partagent une complicité enracinée. Guillaume Regaudie, Yves-Antoine Rivest et Louis-Philippe Tremblay ont développé une dynamique de scène très efficace. Marie-France Bédard compose quant à elle une très juste Noéma, frêle poupée de chiffon qui doit se laisser porter par le récit.
Le texte de Daniel Danis, mis en scène par Marc Béland, prend vraiment une résonance particulière avec cet écho qui remplit la salle. Les courts segments où les frères Durant parlent en choeur deviennent instantanément des prières dans cet environnement sacré. Et l'écho de leur cri d'amour - surtout celui, percutant, de Noéma - continue de résonner longtemps dans notre âme.
Le chant du dire-dire est présenté jusqu'à samedi à l'ancienne église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier.