L'histoire du Chant du Dire-Dire est celle de quatre orphelins qui vivent reclus avec le Dire-Dire, une sorte de cornet en cuivre où chacun déverse ses peines et ses joies.

Le chant du Dire-Dire: au théâtre comme à l'église

«Le théâtre, c'est une réunion au même titre que la réunion liturgique. C'est seulement le discours qui change, mais il est toujours question de se relier à un texte, de "communier" à une parole», compare Marc Béland. La métaphore utilisée par le metteur en scène n'est pas anodine. Avec le théâtre Le Mimésis, il vient présenter Le chant du Dire-Dire, de Daniel Danis, dans l'ancienne église Notre-Dame de Jacques-Cartier, dans Saint-Roch.
À Montréal, c'est à l'église Immaculée-Conception que la troupe a présenté cette recréation d'un texte phare de Daniel Danis, joué notamment à Paris et à Berlin, et récompensé d'un Prix du Gouverneur général en 2007. La décision de jouer la pièce dans un lieu de culte était déjà prise par Le Mimésis quand Marc Béland a accepté de se joindre au projet. «Je trouvais que c'était très juste comme choix», analyse le metteur en scène.
S'il n'est pas question d'une église dans le texte de Daniel Danis, l'équipe a imaginé, en sous-texte, que les orphelins du Chant du Dire-Dire y avaient trouvé refuge, chassés de leur maison par des villageois trop harcelants. «On est partis de l'idée que la petite cellule d'orphelins avait squatté une église pour pouvoir survivre et inviter les gens à venir écouter leur histoire. Pour nous, ce sont des résistants, ces gens-là, qui décident de ne pas flancher, de ne pas se soumettre à la vision, à l'autorité de gens de leur village», explique Marc Béland.
Au coeur de l'histoire du Chant du Dire-Dire, présentée dans le cadre de la saison régulière de Premier Acte, il y a trois frères et une soeur, doublement orphelins depuis la mort de leurs parents adoptifs dans un impitoyable orage. Se crée alors entre Rock, William, Fred-Gilles et Noéma la Société d'Amour Durant, qui les aidera à survivre en petite tribu, reclus dans leur cabane, avec ce curieux objet qu'est le Dire-Dire, une sorte de cornet en cuivre où chacun déverse ses peines et ses joies. Noéma partira chanter en ville, et quand elle reviendra, brisée et muette, ses frères tenteront tant bien que mal de s'occuper d'elle.
Ce drame familial aux allures de conte de village est porté par la parole poétique et singulière de Daniel Danis. «Sur le plan de l'histoire, Le chant du Dire-Dire est assez limpide», note Marc Béland. Mais sur le plan de la forme, il se crée un constant va-et-vient entre la narration du récit et l'incarnation de l'action, explique le metteur en scène. «Les personnages s'adressent directement au public, poursuit-il. Il n'y a pas de quatrième mur. Du coup, je pense que ça laisse place aux mots et à l'histoire, on a accès à la parole justement parce que le dispositif scénique est très simple.»
Le fait de jouer dans une église a aussi permis un ajout inusité à la scénographie : la musique d'orgue composée par Alexis Raynault. «Comme Noéma est une chanteuse western, il a essayé de westerniser l'orgue. [...] Le son de l'orgue fait référence tout de suite à quelque chose de religieux, mais en le décontextualisant comme ça, en l'entendant de façon différente, ça donne un effet très intéressant», note Marc Béland.
«Le théâtre demeure un rituel en soi», reprend le metteur en scène. «C'est très intéressant de superposer rituel païen dans un lieu qui est très chargé de la symbolique d'un autre type de rituel, plus sacré», conclut-il.
<p>Marc Béland trouve intéressant de superposer un rituel païen dans un lieu chargé de la symbolique d'un rituel plus sacré, comme une église. </p>
À l'affiche
Titre : Le chant du Dire-Dire
Texte : Daniel Danis
Mise en scène : Marc Béland
Interprètes : Marie-France Bédard, Guillaume Regaudie, Yves-Antoine Rivest et Louis-Philippe Tremblay
Salle : NEF (Coopérative de solidarité Notre-Dame de Jacques-Cartier), 190, rue Saint-Joseph Est
Dates : du 4 au 8 mars
Synopsis : Leurs parents adoptifs emportés par un ouragan, Rock, William et Fred-Gilles s'organisent entre eux pour vivre indépen­damment dans leur cabane, jusqu'au jour où leur soeur Noéma revient muette et paralysée d'un séjour à la ville. Contre les assauts des villageois, ils demeurent soudés autour d'un objet presque mythique, le Dire-Dire.