Tout dans Le chant de Sainte Carmen de la Main concourt à nous faire aimer les laissés-pour-compte de la société, selon le metteur en scène René Richard Cyr et la comédienne Eveline Gélinas.

Le chant de Sainte Carmen de la Main: tous les poqués de la terre

Après le retentissant succès du spectacle musical Belles-soeurs, René Richard Cyr et Daniel Bélanger récidivent avec Le chant de Sainte Carmen de la Main, une autre adaptation musicale d'une pièce emblématique de Michel Tremblay. Une histoire de sacrifice et d'espoir, où les mal-aimés deviennent de touchantes incarnations des réalités sociales qu'on préfère souvent ignorer.
Tout comme pour Belles-soeurs, les monologues et les choeurs de Sainte Carmen de la Main se prêtaient bien à une adaptation musicale, et comme la fameuse Carmen du titre (qui est jouée par Maude Guérin) est «une chanteuse qui décide de donner une voix aux poqués de la vie, la musique peut prendre sa place de manière organique», indique René Richard Cyr.
La grande intelligence de la pièce originale était de se dérouler avant et après le spectacle de la chanteuse country, en laissant au spectateur le loisir d'imaginer ses chansons. Un schéma que reproduit le duo de concepteurs du Chant de Sainte Carmen de la Main.
«Je ne suis pas un grand amateur de comédie musicale, parce que je trouve souvent qu'on dit "je t'aime" dans les dialogues pour ensuite le répéter 10 fois dans les chansons. Ce qui est intéressant, c'est lorsque les chansons disent ce que les personnages sont incapables de dire, révèlent un secret, ou font avancer l'action», soutient le metteur en scène, qui signe aussi le livret.
Portrait social plus large
À sa création en 1975, Sainte Carmen pavait le chemin au premier référendum sur la souveraineté, tout en montrant pour la première fois sur une scène québécoise la marginalité sexuelle (prostituées, transsexuels, homosexuels...). «J'ai voulu brosser un portrait social plus large, en incluant une faune de la rue affectée non seulement par sa différence sexuelle, mais aussi par sa misère affective, intellectuelle, financière», explique Richard Cyr.
Le personnage de Bec-de-lièvre, qui agit comme une narratrice, nous permet d'entrer dans l'histoire. «J'ai un pied dans le choeur et un pied dans le bar où chante Carmen», indique Eveline Gélinas, qui jouera ce personnage en adoration devant la beauté et la force de Carmen. «Bec-de-lièvre a de la misère à parler, elle n'est pas jolie, elle est un peu masculine, mais finalement lorsque le public entend son histoire, il se prend d'affection pour elle. On est tous à un moment donné le laissé-pour-compte de quelqu'un», explique la comédienne.
Tout, dans Le chant de Sainte Carmen de la Main, est justement orchestré pour nous faire aimer la faune bigarrée qui se présente sur scène sans fard ni paillettes. «Mais on ne voulait pas faire un show spectaculaire et incroyable, alors qu'on montre des gens qui ont de la misère à arriver. Oui, on part dans le rêve, mais je voulais qu'on reste proche du monde, souligne René Richard Cyr. À la générale, j'ai enlevé tous les pendrillons, les perruques et j'ai demandé aux acteurs d'être sur scène tout le temps.»
Pour la musique, Daniel Bélanger s'est amusé à composer des lignes mélodiques complexes qui requièrent des interprètes d'avoir une oreille musicale développée. «On dirait qu'il s'amuse à ne jamais faire le refrain de la même façon», indique Eveline Gélinas, qui a une chanson bien à elle, où elle est simplement accompagnée d'un pianiste sur scène. Quatre musiciens assurent d'ailleurs tout le volet musical en direct lors de la représentation.
La pièce a été présentée à Mont­réal au Théâtre du Nouveau Monde au printemps dernier et cet été aux Francofolies de Montréal. Elle est présentement en tournée au Québec.
À l'affiche
Titre: Le chant de Sainte Carmen de la Main
Livret et paroles: René Richard Cyr (d'après Sainte Carmen de la Main de Michel Tremblay)
Musique: Daniel Bélanger
Interprètes: Eveline Gélinas, Maude Guérin, France Castel, Normand D'Amour, Ève Landry, Benoît McGinnis (entre autres)
Salle: Albert-Rousseau
Dates: les 10, 11, 17 et 18 janvier à 20h
Synopsis: Carmen, une rayonnante chanteuse western, rallie tous les marginaux qui peuplent la Main, à Montréal, en chantant leurs espoirs et leurs dérives.