«Depuis plusieurs années, je cherchais une pièce pour la fin de ma carrière. Comme beaucoup d'acteurs qui vieillissent, je voulais faire un spectacle solo, je voulais jouer une pièce tout seul sur scène», raconte Pierre Collin.

Le chant de Georges Boivin: pour l'amour de la vie

Pour Pierre Collin, Le chant de Georges Boivin est un cadeau inestimable. Une «belle aventure» pour le comédien qui cherchait depuis un moment déjà l'occasion de se produire sur les planches en solo. «Je trouve ça merveilleux de pouvoir donner le goût aux spectateurs de continuer à vivre», lance l'acteur de 75 ans.
L'aventure du Chant de Georges Boivin, c'est aussi celle d'une rencontre entre jeunesse et sagesse. En 2008, Pierre Collin s'est fait approcher pour la lecture publique d'un monologue écrit par Martin Bellemare dans le cadre de la fin de ses études à l'École nationale de théâtre, à Montréal. «C'est l'histoire d'une personne âgée de 77 ans, alors disons qu'à l'École nationale, on trouvait très peu d'étudiants pour faire le travail...», explique le comédien, un sourire dans la voix. Il accepte donc, le temps de six représentations.
L'année suivante, la pièce de Martin Bellemare remporte le prix Gratien-Gélinas, assorti d'une bourse pour que la pièce soit créée en salle. Les Productions Kleos décident alors de porter Le chant de Georges Boivin sur scène. Et le metteur en scène choisi, Mario Borges, appelle Pierre Collin sans même être au courant qu'il avait déjà fait la lecture de ce texte...
«Moi, j'étais sûr qu'on m'appellerait. Je savais que cette pièce-là était vraiment pour moi», assure Pierre Collin. Le coup de foudre est total avec le personnage de Georges Boivin, un homme âgé, éploré par la mort de sa femme, qui décide de partir sur un coup de tête à l'autre bout du pays, avec trois amis, pour retrouver une ancienne flamme.
Seul sur scène
Pierre Collin est seul sur scène, avec une chaise, devant des rideaux noirs. Et il incarne à lui seul tous les personnages de cette pièce décrite comme un road-movie théâtral. Le comédien avait soif d'un tel défi. Avant d'entrer dans la peau de Georges Boivin, Pierre Collin travaillait à adapter Le vieil homme et la mer, d'Ernest Hemingway. «Depuis plusieurs années, je cherchais une pièce pour la fin de ma carrière. Comme beaucoup d'acteurs qui vieillissent, je voulais faire un spectacle solo, je voulais jouer une pièce tout seul sur scène», raconte celui qui a cofondé le Théâtre d'Aujourd'hui en 1968.
Il compare ce désir à celui d'un musicien qui a joué toute sa vie dans des orchestres et qui souhaite voler de ses propres ailes. «C'est extrêmement intéressant de jouer accompagné, de jouer avec beaucoup de monde et de faire partie d'un groupe, en interprétant une oeuvre qui a besoin de tout ce monde-là», nuance Pierre Collin. «Mais il y a aussi des solos. Comme acteur, on arrive à un moment où on a l'impression de posséder un peu plus son art, et où on veut vraiment essayer ces oeuvres-là, se sentir debout sur une scène où il n'y a rien d'autre que soi-même, face à un public avec lequel on essaie de réaliser quelque chose qui se situe véritablement entre soi-même et le public qui est là», explique le septuagénaire.
Ce qu'il affectionne par-dessus tout dans le monologue écrit par Martin Bellemare, c'est l'optimisme et la justesse du propos, qui résonne chez beaucoup de spectateurs, jeunes ou vieux, insiste-t-il.
Une occasion rare pour un comédien de son âge. «Quand on vieillit, la vie est ainsi faite, les personnages qu'on nous offre sont souvent des vieux malades, des gens qui dorment dans un lit», détaille le comédien. «Le dernier que j'ai fait dans Unité 9 [le père de Marie], mon dieu, c'était une vieille ordure qui se mourait tranquillement», s'esclaffe-t-il. «Actuellement, il n'y a pas beaucoup de personnages âgés qui sont intéressants à interpréter, qui sont en pleine force encore», évalue-t-il.
Pierre Collin concède qu'il est normal que le théâtre, la télévision et le cinéma montrent des vieux qui meurent et qui sont malades. «C'est une chose de la vie, il faut le faire, mais ça ne nous anime pas beaucoup. Ça nous donne un cachet, mais ça ne nous donne pas l'impression qu'on est en vie nous-mêmes», explique l'acteur. «On aime être positifs aussi, pas juste montrer des personnages dans un hôpital en train de mourir ou qui sont complètement gagas. Le personnage que je fais dans Le chant de Georges Boivin, c'est un personnage qui nous parle d'avenir, alors qu'il a 77 ans! Ça, c'est merveilleux, et c'est ça qu'on veut», plaide Pierre Collin.
Pour l'instant, il profite de chacune des représentations de la pièce qui sillonne le Québec. Dans la région, c'est à L'Anglicane de Lévis que la tournée s'arrêtera, l'espace d'un soir, le 12 avril. «J'ai déjà environ une cinquantaine de représentations de faites avec cette pièce-là, et c'est beau, parce qu'on vit une période difficile présentement en théâtre, mais ce spectacle-là se vend bien. C'est une pièce qui fait du bien», conclut Pierre Collin.