Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef de l'Industrielle-Alliance, répond aux questions du Soleil.

Le casse-tête des outils pour épargner

Aujourd'hui, il est difficile de ne pas se perdre lorsqu'on désire commencer à épargner en prévision de la retraite. En plus des stratégies d'épargne et d'investissement qui vous sont offertes, vous devez aussi connaître votre profil d'investisseur. Est-ce que je suis une personne qui prend des risques et qui accepte les fluctuations boursières ou je suis plutôt du type conservateur? Où investir en fonction de ma situation financière? L'immobilier est-il la meilleure solution pour mes vieux jours? L'ancien ministre libéral du Développement économique et économiste en chef de l'Industrielle Alliance, Clément Gignac, répond aux interrogations du Soleil.
La Bourse
La Bourse s'adresse à des gens qui possèdent financièrement une marge de manoeuvre. Principalement, un travailleur avec un salaire fixe, car le niveau de risque est plus élevé. Elle est moins conseillée aux étudiants, en raison de leur situation financière plus précaire. Lorsqu'on investit à la Bourse, il faut s'assurer d'avoir un minimum d'argent dans ses comptes bancaires pour répondre aux imprévus.
Lorsque vous commencez à investir dans un REER à 35 ou 40ans, même s'il y avait une ou deux débarques boursières, ce n'est pas très grave, car vous auriez le temps de vous rattraper avant la retraite. Par exemple, en 2008-2009, la Bourse a baissé de 50 %, mais elle a récupéré 200% depuis ce temps-là. La Bourse n'est pas un outil à utiliser pour un échéancier de deux à trois ans, mais plutôt avec une optique à long terme. Toute personne entre 35 et 70 ans, et ce, peu importe le salaire, peut utiliser la Bourse. Je dis 70 ans, car maintenant l'espérance de vie est 10 ans plus élevée qu'auparavant. Étant donné que les taux d'intérêt sont très faibles, aujourd'hui on a des obligations cinq ans qui rapportent 0,75 % et des obligations 10 ans qui rapportent 1,5 %. Vous allez avoir des difficultés à garder votre niveau de vie à votre retraite si vous avez 0% en Bourse et que votre portefeuille est tout en obligations à l'âge de 63 ans. La Bourse à long terme est un véhicule qui donne davantage que les obligations; mais qui a plus de volatilité.
Quant à la pondération qu'on doit mettre à la Bourse, elle varie en fonction de l'âge. Plus on vieillit, plus on réduit. Ça va aussi avec la tolérance au risque de la personne. C'est beaucoup d'émotions. À 35ans, il faut prendre plus de risques!
Un travailleur autonome peut utiliser le marché boursier pour épargner, mais il doit être plus prudent. Il doit faire des placements à risque faible. Il n'a pas de fonds de pension, aucun filet de sécurité sociale mis à part la Régie des rentes. Il est alors préférable d'investir dans les REER.
Remarque : Avant d'investir à la Bourse, il est souhaitable de mettre la contribution maximale dans son REER, car on ne sait jamais ce que la Bourse peut faire. Les marchés boursiers ne sont pas une aubaine en ce moment, ils sont plus chers qu'il y a trois ans, mais ils ne sont pas dans une zone de surévaluation.
Fonds de travailleurs (FTQ, CSN...)
Le fonds de travailleurs est un bon véhicule. L'attrait est beaucoup au niveau du taux de crédit d'impôt, même s'il sera moindre dans les prochaines années. C'est une bonne habitude à l'épargne, en prélevant de l'argent directement sur la paye. La performance est très respectable et ça aide pour le développement économique du Québec.
Petit hic, mis à part le nombre de places limité, il y a aussi beaucoup de contraintes. Par exemple, pour le Régime d'accession à la propriété (RAP), si vous possédez des actions de fonds de travailleurs, il faut raper tous vos autres REER des autres institutions financières avant de pouvoir y toucher.
Le fonds de travailleurs est un petit peu moins alléchant qu'il l'était avant que le fédéral prenne la décision de réduire le crédit d'impôt. Avant, les déductions allaient à Québec et à Ottawa; maintenant, le fédéral est en train de sortir. L'impact sera surtout pour la prochaine campagne des REER, en 2015-2016.
Remarque : Après le REER, c'est un véhicule très intéressant pour l'épargne.
L'immobilier
Premièrement, l'immobilier est un actif qui, avec le temps, a tendance à prendre de la valeur, mais c'est un actif qui n'est pas très liquide. Si vous devez vendre rapidement, parfois vous pouvez rester surpris.
Pour un jeune couple qui commence, c'est un projet intéressant. L'investissement est de mise, car l'horizon est de 15-20 ans. Ceci dit, en supposant que vous êtes déjà propriétaire, vous avez 55ans et vous avez des sous de côté, et vous songez à investir dans l'immobilier dans une deuxième propriété, vous devez vous dire que c'est plus risqué si vous le faites pour des fins de spéculation. Si vous l'achetez avec l'objectif de vendre la propriété et de faire du profit... ce n'est pas garanti. Ce n'est pas parce que les cinq dernières années dans l'immobilier ont été bonnes que les cinq prochaines vont l'être aussi.
Remarque : Pour utiliser l'immobilier comme véhicule de placement en prévision de la retraite, il faut vraiment avoir un horizon d'au minimum de 10 à 15ans. Il est préférable de ne pas juste miser sur l'immobilier pour la retraite et d'avoir un complément.
La meilleure option pour la retraite?
Le REER, sans aucun doute. C'est le véhicule à privilégier.