Gad Elmaleh s'en tire plutôt bien dans un rôle dramatique, celui d'un banquier assoiffé de pouvoir et d'argent.

Le capital: trop ambitieux **

On ne l'écrira pas assez souvent : une bonne idée ne fait pas un bon film, même avec un grand réalisateur derrière la caméra. Costa-Gavras a péché par ambition avec Le capital. Au lieu d'une fresque sur les magouilles de la haute finance et le pouvoir occulte des grands banquiers, le cinéaste livre un pamphlet manichéen qui repose sur un scénario tortueux et des décisions douteuses de mise en scène. Dommage.
Le capital s'ouvre sur une scène où Marc Tourneuil (Gad Elmaleh) regarde le spectateur et le prévient qu'il va lui raconter l'histoire de son ascension de simple commis jusqu'aux plus hauts sommets de sa banque. Le capital chronique cet irrésistible et irrépressible désir de pouvoir pour lequel l'homme est prêt à tout sacrifier, même sa famille. Sa femme Diane (Natasha Régnier) lui répète souvent qu'ils n'ont pas besoin de tout cet argent, mais Tourneuil est dopé à l'omnipotence.
Costa-Gavras a choisi de filmer ce drame faustien comme une satire, mais il lui manque cet aspect déjanté et complètement assumé qu'on retrouve dans Le loup de Wall Street de Scorsese, qui illustre mieux la désensibilisation et la sauvagerie des ambitieux. Le film aurait pu compter sur les habiletés comiques de Gad Elmaleh, abonné aux comédies légères, mais il assume son contre-emploi dramatique jusqu'au bout. Il s'en tire plutôt bien, d'ailleurs, ce qui n'est pas le cas du reste de la distribution. La plupart sont mauvais ou ont l'air de se demander ce qu'ils font là.
Il faut dire que le sujet est aride et Costa-Gavras fait beaucoup d'efforts pour le rendre accessible. C'est louable, reste que ce didactisme devient souvent tellement appuyé qu'il en est pénible, en plus de nuire à la progression du récit, une adaptation du roman de Stéphane Osmont. C'est triste, mais le réalisateur de Z, de L'aveu et de Missing n'a plus l'éloquence d'autrefois. À vrai dire, le film n'évite pas le piège de la caricature.
Son coscénariste et lui ont d'ail­leurs greffé une très superflue histoire de prostituée de luxe qui englue le film en plus d'être totalement inutile dans le contexte de cette charge contre le capitalisme sauvage.
On comprend que Costa-Gavras ait voulu tourner dans les grands centres financiers du monde (Paris, Londres et New York), mais les séquences à Miami semblent tout droit sortie­s d'un mauvais épisode des Experts! Et les adresses à la caméra, vieux truc de distanciation, semblent artificielles. Sans parler de la finale grotesque.
Bref, Costa-Gavras semble avoir enfilé ses habits de Don Quichotte plutôt que ceux du cinéaste militant habile à dénoncer les injustices dans un réquisitoire implacable. Le film nous arrive ici plus d'un an après sa sortie française. On comprend aisément pourquoi...
Au générique
Cote : **
Titre : Le capital
Genre : drame
Réalisateur : Costa-Gavras
Acteurs : Gad Elmaleh, Gabriel Byrne et Natacha Régnier
Salle : Clap
Classement : général
Durée : 1h54
On aime : l'ambition du sujet
On n'aime pas : le scénario tortueux, l'esthétique pompeuse, le manichéisme