Son dernier opus, Lhasa, presque entièrement live, avait confirmé sa créativité vibrante et le style sobre et texturé de l'artiste, qu'on voit ici en spectacle au Grand théâtre.

Le cancer emporte la chanteuse Lhasa à 37 ans

C'est maintenant confirmé, la chanteuse Lhasa de Sela s'est éteinte à son domicile de Montréal le soir du 1er janvier, un peu avant minuit. Elle avait 37 ans. L'artiste luttait depuis 21 mois contre un cancer du sein, et avait dû annuler sa tournée prévue cet automne pour subir des traitements.
«C'était une grande dame, une élève comme je n'en ai jamais connu», souligne Johanne Raby, que Le Soleil a jointe hier soir, qui lui a enseigné le chant et connaît bien la famille. «Elle n'aimerait pas que je dise ça, elle avait beaucoup d'humilité... Du coeur, aussi, et un immense respect pour les êtres.»
L'artiste, qui chantait aussi bien en français qu'en anglais et en espagnol, a eu un parcours atypique. Ses origines américano-mexicaines, son enfance nomade avec ses parents qui travaillaient dans un cirque, ont teinté son oeuvre d'une sensibilité unique. Lhasa aura seulement signé trois albums au cours de sa carrière : La Llorona (1997), The Living Road (2003) et Lhasa (2009), qui se sont écoulés à plus d'un million d'exemplaires partout dans le monde. Elle y mêle les rancheras, les mélopées tziganes, le country, le blues et les ballades sur des textes intimes et imagés. Son dernier opus, presque entièrement live, avait confirmé sa créativité vibrante et son style sobre et texturé.
Living Road figurait au podium des disques de la décennie du prestigieux Times de Londres, tandis que Lhasa occupait le 25e rang des meilleurs albums de l'année 2009 de la revue française Les Inrock. Son chroniqueur écrivait que «son troisième envol est encore plus bouleversant, plus solitaire, s'accomplit dans un ciel toujours plus sombre», allant jusqu'à le comparer au roman La Route de Cormac McCarthy.
«Dans son écriture et dans sa musique, Lhasa accédait à une dimension que personne n'avait touchée. Quelque chose qui, je crois, faisait que sa musique était universelle et unique. On perd une artiste exceptionnelle», a ajouté Mme Raby, très émue par la perte de sa pupille.
Certaines de ses chansons figurent sur la bande sonore de plusieurs films et émissions de télévision, dont The Sopranos, I Am Because We Are, le documentaire de Madonna, le film de science-fiction Cold Souls et Casa de los Babies de John Sayles. Lhasa a également collaboré avec de nombreux artistes, comme The Tindersticks, Patrick Watson et Arthur H, et a été nommée en 2005 Meilleure artiste des Amériques lors des World Music Awards de la BBC.
Après la sortie de son dernier album, Lhasa avait dû interrompre sa tournée au début de l'été. On pouvait lire sur le site Internet de l'artiste, le 7 juin dernier : «Lhasa fait face à un sérieux souci de santé depuis plus d'un an et grâce à une gestion rigoureuse de son énergie et à un suivi médical efficace, nous avons été confiants qu'elle pourrait remonter sur scène à partir de l'automne. Ses récents déplacements en Angleterre, en France, en Belgique et en Islande nous ont démontré que son niveau d'énergie n'était peut-être pas encore suffisant pour lui permettre d'affronter les voyages et les tournées qui venaient.» Depuis, la jeune femme aurait suivi des traitements de chimiothérapie qui, malheureusement, n'ont pas donné les résultats escomptés. Les deux concerts donnés en Islande au mois de mai auront été les derniers.
Selon Audiogram, sa maison de disques, elle travaillait déjà sur un prochain album où elle voulait interpréter des chansons des grands artistes chiliens Victor Jara et Violeta Parra.
Lhasa de Sela laisse dans le deuil son conjoint, Ryan, ses deux parents, Alejandro et Alexandra, sa belle-mère, Marybeth, ses neuf soeurs et frères (Gabriela, Samantha, Ayin, Sky, Miriam, Alex, Ben, Mischa et Eden), ses 16 neveux et nièces, son chat Isaan ainsi que de très nombreux amis, musiciens et compagnons de travail qui l'ont accompagnée durant sa carrière, sans compter ses innombrables admirateurs partout dans le monde.