Le Canada anglais s'intéresse à L'arbitre

Richard Therrien
Richard Therrien
Le Soleil
Bien connue au Québec pour avoir défendu une mère monoparentale dans la cause Éric et Lola, Me Anne-France Goldwater fait maintenant parler d'elle au Canada anglais. Ça tombe bien : Le Soleil a appris qu'elle pourrait animer une version anglaise de L'arbitre, dont elle est la vedette à V.
En ondes le vendredi à 19h depuis septembre, L'arbitre permet à monsieur et madame Tout-le-Monde de régler des causes à la télévision plutôt que d'avoir recours aux petites créances. Sans être juge, Me Goldwater entend chaque partie avant de trancher. La somme réclamée n'excède pas 7000 $, comme aux petites créances, et est assumée par le producteur.
Le public semble adhérer au style coloré et souvent explosif de l'avocate, puisque l'émission a rallié l'automne dernier une moyenne de 450 000 fidèles à V, atteignant même un sommet de 556 000 téléspectateurs, à l'heure de J.E. à TVA. Actuellement à Toronto pour rencontrer la direction d'un réseau qui montre beaucoup d'intérêt, le producteur et rédacteur en chef de L'arbitre, Yves Thériault, n'a aucun doute sur le succès d'une version anglaise, dont le titre provisoire est The Verdict.
Hier, la flamboyante avocate a d'ailleurs fait l'objet d'un long article avec mention sur la une dans The Globe and Mail pour ses propos controversés à Canada Reads, l'équivalent anglais du Combat des livres à CBC Radio One. Défendant le livre The Tiger de l'auteur John Vaillant et fidèle à ses envolées spectaculaires, Me Goldwater a traité l'auteure de Prisoner of Tehran, Carmen Aguirre, de terroriste. Résultat : en 11 ans, l'émission n'a jamais suscité autant d'intérêt et d'audience.
Produire de Montréal
Si L'arbitre devait obtenir l'aval d'un réseau anglais, Yves Thériault insiste pour la produire à partir de Montréal, dans les studios de la maison de production DATSIT, anciennement Télé-Vision, qui produit déjà la version originale. «Anne-France n'a pas envie d'être toujours dans les avions, et son travail d'avocate est très prenant», confie-t-il. Comme aux États-Unis, les frais de déplacement des demandeurs provenant de partout au Canada vers Montréal seraient assumés par la production.
Selon lui, notre Judge Judy québécoise, dont la langue maternelle est l'anglais, montre plus de compassion que les juges habituels de ces émissions aux États-Unis. Alors qu'à L'arbitre, la punition du perdant se limite à ce qu'on montre sa défaite en pleine télévision, que motive donc un demandeur à choisir d'aller à L'arbitre plutôt que devant une vraie cour? «Les gens peuvent attendre un an ou deux pour être entendus aux petites créances. Et même quand tu as gain de cause, il y a une personne sur trois qui ne verra jamais la couleur de son argent. À L'arbitre, si tu gagnes, tu pars du studio avec un chèque. C'est rapide, gratuit et final.»
Certains cas sont pathétiques, voire surréalistes. Comme celui de vendredi dernier, entre un prêtre orthodoxe de 88 ans, le père Paradis, et sa voisine de 81 ans, Odette Beaudoin, qui l'accuse d'avoir planté un plant de tomates sous sa fenêtre pour mieux l'espionner quand elle se déshabille. Pour se venger, le prêtre l'a arrosée de la tête aux pieds, ce qui lui a valu de sévères remontrances de Me Goldwater. Quand on apprend que le jardinier s'appelle M. Laplante, on se croit dans un scénario de Marcel Gamache, mais Yves Thériault jure - pas sur la Bible, mais quand même - que les noms n'ont pas été changés.
Pour ce journaliste qui a couvert la scène judiciaire au Journal de Québec, les tribunaux sont souvent le théâtre de la condition humaine. «Il y a des histoires touchantes, d'autres, pathétiques, et la seule différence avec nous, c'est que les caméras ne peuvent pas y entrer.»
Yves Thériault n'a jamais eu l'impression de profiter de la vulnérabilité des gens pour offrir un bon spectacle à la télé. «Les gens viennent à l'émission de leur propre volonté. On peut les trouver pathétiques, mais pour ces gens, ça leur fait souvent du bien de raconter leur histoire.»