Dans Le cadeau, le réalisateur Joel Edgerton se joue des apparences et des préjugés, sans jamais tomber dans le manichéisme.

Le cadeau: méchante surprise!

Les acteurs qui passent derrière la caméra sont légion et le résultat, pas souvent heureux. Mais Joel Edgerton n'a pas manqué son coup avec Le cadeau (v. f. de The Gift), dont il a aussi écrit le scénario : une méchante surprise! Son premier long métrage se veut autant un suspense anxiogène qu'un drame psychologique poignant sur les apparences qui, on le sait, sont souvent trompeuses...
Pas facile de faire la critique d'un long métrage comme celui-ci sans en révéler les tenants et aboutissants, moteurs de la tension dans Le cadeau. On va essayer - d'autant que Edgerton se révèle habile à ne révéler de petits morceaux de l'intrigue que progressivement, laissant de la place pour travailler à l'imagination du spectateur.
Donc, le cinéaste se penche sur Simon (Jason Bateman) et Robyn (Rebecca Hall), qui prennent un nouveau départ après un drame familial. Le couple de professionnels s'installe dans une maison, en Californie, qui... n'a rien d'inquiétant, au contraire.
C'est plutôt une rencontre anodine qui va se révéler bizarre, lorsqu'ils croisent Gordo (Edgerton). L'ex-soldat, maladroit dans ses interactions, est allé à la même école que Simon. De toute évidence, il y a quelque chose dans leur passé commun que Simon préfère oublier.
Mais Gordo commence par laisser un petit cadeau à leur porte, puis par s'incruster. Si la situation ne plaît pas à Simon, elle laisse surtout perplexe Robyn, qui ne comprend pas l'attitude de son mari. Jusqu'à ce que d'étranges événements surviennent et qu'elle se demande s'ils sont le fruit de son imagination ou bien...
Dans notre grand théâtre social occidental, tout est basé sur la perception des gens, les fameuses apparences et les préjugés. Edgerton se joue de l'un et de l'autre dans ce film, sans jamais tomber dans le manichéisme. Les trois personnages, très bien définis, présentent chacun leurs qualités et défauts derrière lesquels ils se dissimulent. Plus l'action progresse et plus le film se transpose sur le terrain des questions morales, plus les masques tombent...
Bien sûr, Edgerton n'a pas réinventé le suspense hitchcockien, auquel il fait d'ailleurs un clin d'oeil appuyé avec une séquence de douche. Il utilise quelques trucs convenus, mais il maîtrise bien l'art de la mise en scène du genre, avec la musique, le montage et les gros plans de réaction. Ses stéréotypes féminins peuvent aussi faire grincer des dents, quoique Robyn révèle des forces insoupçonnées.
Un genre réhabilité
Un peu comme Les apparences de David Fincher l'an passé, Le cadeau réhabilite pourtant un genre qui en a bien besoin (et nous fait espérer qu'Edgerton va poursuivre son ambition de réalisation et qu'il ne fera pas un Charles Laugh-ton de lui-même).
En fait, ce qui fait la force du Cadeau, ainsi que son efficacité redoutable, c'est qu'il se situe à l'opposé des films d'horreur basés sur l'hémoglobine et les portes qui grincent. Il est ancré dans le réel, le quotidien de tout un chacun, et joue sur notre inconfort. Son aspect très réaliste le rend bien plus cauchemardesque parce qu'il exploite les psychoses et les mauvais souvenirs qui nous hantent et qu'il se tient sur le fil qui sépare le réel de l'imaginaire.
Mais ce qui le rend encore plus terrifiant, c'est cette éternelle question : jusqu'à quel point connaissons-nous réellement nos proches?
Au générique
Cote : *** 1/2
Titre : Le cadeau  (v.f. de The Gift)
Genre : suspense, drame psychologique
Réalisateur : Joel Edgerton
Acteurs : Jason Bateman, Rebecca Hall et Joel Edgerton
Salles : Beauport, Clap, Des Chutes (Saint-Nicolas), Sainte-Foy
Classement : général
Durée : 1h48
On aime : les ambiguïtés du scénario, le jeu sur les apparences, la finale inconfortable
On n'aime pas : les stéréotypes féminins, certains éléments prévisibles