Le bruit des arbres oppose un père (Roy Dupuis) qui s'adapte difficilement à l'industrialisation et son rebelle de fils (Antoine L'Écuyer) qui a l'impression qu'il n'y a pas d'avenir en région.

Le bruit des arbres: couple à blanc

Le bruit des arbres a obtenu, lundi, un bel accueil au Festival de Karlovy Vary, où il était présenté en première mondiale. Les Tchèques et la presse spécialisée ont peut-être trouvé exotique un film sur les difficultés de l'adolescence dans le Québec profond, mais le premier long métrage de François Péloquin creuse un filon bien exploité ces dernières années. À défaut d'un récit original, il retient surtout l'attention dans le traitement maîtrisé de son sujet.
Le bruit que font les arbres illustre bien ce récit qui se déroule dans le Bas-Saint-Laurent. Il s'agit de celui du vent qui fouette les feuilles des grands arbres de la terre à Régis (Roy Dupuis), mais aussi celui du fracas quand ils s'abattent après la coupe. On pourrait ajouter le tumulte qui agite Jérémie (Antoine L'Écuyer), son fils rebelle.
À 17 ans, le petit délinquant se cherche, mais il ne veut pas de la scierie artisanale paternelle qui lui fait honte. Jérémie préfère fumer des pétards, déconner et adopter la culture hip-hop (le miroir aux alouettes américain). Son attitude le force évidemment à entrer en conflit avec son père, qui tente (maladroitement) de lui inculquer ses valeurs pour qu'il devienne un homme. On peut comprendre son rêve d'exil.
Le récit initiatique aborde toute la question de la recherche identitaire et du rejet du modèle paternel, exacerbé par l'impression qu'il n'y a pas d'avenir en région. Péloquin et sa coscénariste Sarah Lévesque l'illustrent par l'entremise des difficultés du père à s'adapter à l'industrialisation ainsi que celles du voisin, complètement désemparé. On pense évidemment au Démantèlement de Sébastien Pilote (2013).
Sans compromis
Globalement, ce drame psychologique intimiste aborde les mêmes thèmes (racines, traditions, transmission, occupation du territoire, etc.) qu'Une jeune fille (Catherine Martin, 2013) en fiction ou que La marche à suivre (Jean-François Caissy, 2014) et Le plancher des vaches (Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier, 2015) en documentaire. Il se distingue toutefois par sa vision crue et sans compromis - il y a une violence latente dans ce film qui s'exprime éloquemment. 
François Péloquin refuse d'ailleurs la progression dramatique habituelle, préférant illustrer son propos par une trentaine de vignettes qui, en s'amalgamant, forment un tout cohérent, même s'il est prévisible. 
Le participant de la Course destination monde 97-98 s'est fait la main pendant 10 ans en tournant des clips et des pubs, on le voit dans ses superbes plans aériens, mais son esthétique s'avère très naturaliste (son ambiant, lumière naturelle, décors existants). À noter, la superbe photographie de François Messier-Rheault, surtout dans les clairs-obscurs.
Le réalisateur pose un regard attentif à ses personnages et aux détails, misant sur le non-dit pour laisser au spectateur le soin de relier les points de la trame. Il privilégie aussi les ellipses plutôt que le montage frénétique, qu'il a d'ailleurs mené avec une précision chirurgicale pour éliminer le superflu - le compteur de la projection s'arrête à 1h17.
Il n'y arriverait pas sans la performance d'Antoine L'Écuyer (La garde, Corbo), très crédible en ado sûr de lui qui laisse entrapercevoir son désarroi enfantin quand la vie le bouscule. Roy Dupuis joue avec son aplomb habituel ce père aimant mais malhabile. Tout passe dans les regards que la paire s'échange.
Intéressant et pertinent, Le bruit des arbres manque toutefois cruellement de femmes, qui sont reléguées à l'arrière-plan. Mais François Péloquin a une belle signature de cinéaste, qui promet.
=> Au générique
Cote :     ***
Titre : Le bruit des arbres
Genre : drame psychologique
Réalisateur : François Péloquin
Acteurs : Antoine L'Écuyer et Roy Dupuis 
Salle : Clap
Classement : 13 ans et plus
Durée : 1h17
On aime : la rigueur de la réalisation, le duo père-fils, l'esthétique du film
On n'aime pas : le récit convenu et prévisible