Philippe Marquis a vécu une semaine en montagnes russes. Après avoir raté de peu sa qualification olympique dimanche, il s'envolait jeudi pour la France rejoindre l'équipe canadienne qui s'y entraînera en vue des JO de Sotchi.

Le bosseur Philippe Marquis ira finalement à Sotchi

Même Hollywood n'aurait pas pu imaginer un tel scénario. Environ 72 heures après avoir vu son rêve olympique s'évanouir, Philippe Marquis a de nouveau vu l'impensable se produire. Victime d'une blessure lors d'un entraînement des X Games, Megan Gunning ne pourra participer aux JO de Sotchi et c'est le bosseur de Québec qui profitera de la place laissée vacante dans l'équipe nationale.
«Mon bon karma est revenu», a lancé Marquis lors d'une rencontre de presse improvisée jeudi après-midi à l'aéroport de Québec, quelques instants avant son vol pour Montréal. «Je quitte Québec pour Sotchi avec un large sourire en me disant que je fais partie de l'élite internationale. Je m'en vais rejoindre trois de mes meilleurs chums [Alex Bilodeau, Mikaël Kingsbury et Marc-Antoine Gagnon] au sein de l'une des équipes de bosses les plus puissantes que le Canada n'a jamais eue aux Jeux. On est potentiellement tous capables de faire des podiums.»
C'est mercredi vers 19h que le bosseur de 24 ans a reçu un appel de David Mirotta l'avisant qu'un membre de la formation nationale s'était blessé. Puis tôt jeudi matin, le directeur du programme haute performance de l'Association canadienne de ski acrobatique l'a de nouveau contacté pour lui annoncer qu'il avait été choisi pour remplacer Gunning (demi-lune) au sein de la formation nationale. Un coup de fil qui lui a permis de relaxer, lui qui avait passé une nuit blanche.
«J'en ai parlé tout de suite à mes parents puis je suis allé voir mon frère [Vincent, quatrième aux JO de Vancouver en bosses]. J'ai partagé la bonne nouvelle avec quelques personnes, mais je suis quand même demeuré un peu discret jusqu'au moment où tout a été officialisé. Je ne voulais pas me faire avoir une deuxième fois. Et les personnes à qui j'en ai parlé ont mis du temps à me croire. Ils pensaient que je faisais une blague de mauvais goût.
«Ce n'est pas un scénario que j'avais prévu. J'avais même commencé à faire mon deuil de Sotchi. Je savais qu'il y avait quelques portes qui pouvaient s'ouvrir, mais en même temps, je ne souhaitais pas qu'un autre athlète soit victime d'une malchance. C'est vraiment triste ce qui arrive à Megan. Mais en même temps, ce sont des choses qui font partie du sport.»
Une journée folle
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Marquis a vécu une journée folle. Il n'a eu que quelques heures pour préparer ses valises, faire quelques courses afin de se procurer les dernières petites choses dont il aura besoin au cours des trois prochaines semaines et, surtout, se rendre chez un spécialiste afin d'apporter les derniers ajustements à son équipement. Se sont ajoutées les nombreuses entrevues avec les membres des médias. «Ça, c'était super excitant et ça me préparait bien pour Sotchi dans deux semaines.»
De Montréal, Marquis s'est envolé en direction de la France. Il passera une semaine à Tignes où, en compagnie des autres membres de l'équipe de bosses, il prendra part à un pré-camp olympique et il s'acclimatera au décalage horaire.
«C'est très motivant ce qui m'arrive. J'ai une deuxième occasion de montrer mon talent et mon potentiel à tout le monde et j'ai la chance de le faire sur le plus grand stage qu'il n'y a pas dans le sport amateur. Je n'ai jamais pensé que je n'avais pas ma place avec les boys à Sotchi. Ne pas y aller, c'était une déception. Mais tout ça, c'est du passé.
C'est vraiment les montagnes russes pour Marquis cette semaine. Dimanche, il a terminé huitième à la Coupe du monde de Val-Saint-Côme, ratant sa qualification olympique par une seule place au classement. En le constatant, il s'est effondré en bordure de la piste. Le support des gens au cours des derniers jours lui ont cependant permis de garder la tête haute.
«À la suite de tout ce que j'ai vécu, je m'en vais un peu à Sotchi dans le rôle de négligé. Je n'aurai pas la pression qu'auront Alex, Mik [Kingsbury] et Marc [Gagnon]. Je vais pouvoir vivre pleinement ce moment-là, le plus beau moment de la carrière d'un athlète amateur. Je suis en santé comme je ne l'ai pas été au cours des quatre dernières années, j'ai la tête haute, je suis motivé et gonflé à bloc. C'est maintenant à moi de faire parler mes skis.»
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Du Super Bowl aux Jeux
La nouvelle de la participation de Philippe Marquis aux Jeux de Sotchi n'a laissé personne indifférent au sein de l'équipe nationale de ski acrobatique. «Ça n'a pas été long et j'ai eu des nouvelles de Mik [Mikaël Kingsbury] et de Marc [Marc-Antoine Gagnon], qui sont déjà à Tignes», a confié Marquis. «Ils m'ont appelé à 7h du matin pour me dire combien ils avaient hâte de me voir. Je pense qu'ils sont excités que j'aille les rejoindre. Alex [Alexandre Bilodeau] m'a aussi texté. Comme moi, il partait pour l'Europe ce soir [hier]. Il n'a pas manqué de me dire combien je méritais d'aller aux Jeux.»
Convaincu qu'il n'irait pas à Sotchi, Marquis avait déjà commencé à planifier ses trois prochaines semaines. Et il n'avait pas prévu de longues vacances. De retour à l'entraînement lundi, il avait commencé à songer à prendre part à quelques compétitions du circuit Nor-Am. «Quelque chose de difficile moralement. C'est comme être rétrogradé dans la Ligue américaine lorsque tu joues dans la Ligue nationale de hockey. J'avais aussi commencé à regarder des billets du Super Bowl, question de me changer les idées afin de sortir de ma déception.»