Grâce au fournisseur Maurice Brassard, Anny Fréchette est l'une des rares designers québécoises à confectionner des vêtements avec de la fibre de bambou 100 % naturelle. Ses articles sont en vente seulement sur Internet au www.annymay.com.

Le bambou, une fibre écologique?

Le bambou a de plus en plus la cote chez les designers. Soyeuse et douce comme du cachemire, la fibre de cette plante est aussi très appréciée pour son palmarès de vertus écologiques. C'est pourquoi depuis deux ans ses propriétés sont utilisées comme de solides arguments de vente auprès de clients soucieux de l'environnement. Sauf que ses vertus écologiques sont maintenant remises en question.
«Certains articles publicisés comme du bambou ne sont pas fabriqués à partir de fibres naturelles, mais plutôt avec des fibres de rayonne obtenues par transformation chimi­que», explique Greg Scott, conseiller au Bureau de la concurrence du Canada. Le 27 janvier, l'organisme fédéral a annoncé que 450 000 articles avaient dû être réétiquetés comme de la viscose de bambou.
Il existe en effet deux types de textiles fabriqués à partir du bambou. Le premier, qui s'appelle le bambou lin, est converti en fils sans agent chimique et est écologique. La plante est d'abord broyée, puis, à l'aide d'enzymes naturels, elle est transformée en pulpe. La fibre est enfin peignée, puis filée. L'autre façon de produire le bambou est chimique, en régénérant chimiquement la cellulose et en créant ainsi le bambou viscose. Il est alors mélangé à d'autres matières, ce qui le rend plus soyeux.
«C'est une fibre manufacturée artificielle. C'est une erreur de l'associer à la mode écologique», affirme Élise Durand, professeur de design de mode au Campus Notre-Dame-de-Foy.
Préoccupé par la possibilité de publicités trompeuses, le Bureau a donc entamé une vaste inspection en mars 2009. Depuis, le Bureau a identifié 27 commerces qui vendaient des produits dont les étiquettes étaient inexactes.
«La distinction est très importante pour protéger les consommateurs. Certains paient un prix plus élevé pour ces articles en croyant que ceux-ci sont plus écologiques», défend M. Scott.
Par ailleurs, le Bureau affirme qu'il n'y aurait pas d'articles textiles fabriqués avec des fibres naturelles de bambou sur le marché canadien. «Ça ne veut pas dire que ça n'existe pas au Canada, mais nous n'en avons pas trouvé pendant notre inspection», précise M. Scott.
Malgré un étiquetage adéquat, même certains designers peinent à distinguer les deux. À Québec, Marie Dooley est l'une des rares à avoir intégré le bambou à sa collection estivale 2010. En entrevue avec Le Soleil, elle a été très déçue d'apprendre qu'elle utilisait du bambou viscose. «Pourtant, on me l'a vendu comme un produit écologique», affirme celle qui s'approvisionne auprès de TÉLIO.
Le flou persiste
Important fournisseur de textiles au Canada, TÉLIO vend les deux types de textiles, dont le bambou viscose. Pour celui-ci, TÉLIO s'est plié aux exigences du Bureau dès mars 2009 et l'identifie comme tel.
Toutefois, le flou risque de persister, puisque l'entreprise considère quand même la viscose de bambou comme écologique. «Sa source primaire est naturellement renouvelable» et «les textiles écologiques sont faits à partir de fibres cultivées sans pesticide ou produits chimiques», peut-on lire sur leur site Internet.
«Il y a une grande zone grise», reconnaît Jeanne Brosseau, directrice de la recherche de textiles chez TÉLIO, sans vouloir affirmer que ce textile est ecofriendly. «On a refait notre labelling. Maintenant, nos clients décident de le vendre de la manière qu'ils veulent et c'est au consommateur à choisir», a-t-elle conclu.
Le bambou lin est donc une fibre écologique au même titre que le lin, le chanvre, le coton organique et même désormais le soja, mais le bambou viscose ne l'est pas.