Il semble qu'il fait bon vivre au Costa Rica : la république se trouve en tête de deux palmarès qui évaluent le bonheur national des pays.

L'avenir est au Costa Rica

Parfois, en nourrissant mes vers de terre ou en chavirant une friperie pour dénicher une belle chemise, je pense au Costa Rica.
Cet État centraméricain, bordé des deux côtés par des plages de rêve, ne me permet pas seulement de fuir les tracas écolos l'instant d'un songe tropical. Il me rappelle que les habitants d'un pays peuvent être tout aussi heureux en étant verts.
Il y a plusieurs façons de mesurer le bonheur national, toutes imparfaites parce qu'elles reposent sur ce que les gens pensent d'eux-mêmes. Mais certaines sont plus rigoureuses. Compilée par un sociologue néerlandais à partir des enquêtes internationales de grandes maisons de sondages comme Gallup, la Banque de données mondiales sur le bonheur fait partie de cette catégorie.
Dans son plus récent classement des pays les plus heureux, elle a placé le Costa Rica au premier rang. Sur une échelle de 10, les Costaricains évaluent en moyenne leur bonheur à 8,5. Les Canadiens prennent le quatrième rang avec 8,0, à égalité avec la Suisse et derrière l'Islande (8,2), le Danemark (8,3) et le Costa Rica, mais loin devant le Togo et la Tanzanie, qui terminent derniers (2,1) au 148e rang.
Est-ce parce que le Costa Rica a aboli son armée en 1949 pour consacrer plus d'argent à l'éducation, lui permettant de créer une société plus stable et plus riche qu'ailleurs en Amérique centrale? se demandait le chroniqueur du New York Times Nicholas D. Kristof.
Ou est-ce parce que ses habitants ont simplement fait triompher «l'emphase culturelle» que les pays latins mettent sur la famille et les amis, «sur le capital social plutôt que le capital financier»?
J'imagine que toutes ces réponses sont bonnes. Mais il y a un autre classement qui devrait réjouir les écolos. Selon «l'indice de la planète heureuse» (IPH), une mesure qui combine le bonheur subjectif et l'espérance de vie des habitants d'un pays en l'ajustant à son empreinte écologique, le Costa Rica décroche aussi la médaille d'or.
Les Costaricains vivent en moyenne 78,8 ans, soit plus longtemps que les Américains (78,2) et moins que les Canadiens (80,7). On sait par contre qu'ils sont plus heureux que ces derniers. Mais ce qui les rend encore plus exceptionnels est qu'ils réussissent cela en utilisant un quart des ressources typiquement utilisées dans le monde occidental. Le Costa Rica est alimenté en électricité à 99 % par des sources durables. Et son gouvernement a promis qu'il serait le premier pays carboneutre d'ici 2021.
En général, les pays riches sont loin d'être des champions dans le classement de l'indice de la planète heureuse. Le pays occidental qui se classe le mieux - les Pays-Bas - se situe au 43e rang. Et, même si les Canadiens vivent plus longtemps et plus heureux que dans la plupart des pays de la planète, la contrée de Stephen Harper ne réussit pas à se hisser plus haut que le 89e rang!
Ce classement ne nous prouve pas que les écolos ont découvert la recette de la longévité et du bonheur. Mais il montre qu'on peut vivre vieux et heureux sans dévorer les ressources de la planète.
Cet été, Nic Marks, le statisticien et environnementaliste britannique qui a inventé l'IPH, a été invité à la prestigieuse conférence de Ted Talk, à Oxford, en Angleterre. Il a entre autres expliqué qu'il avait mis au point cet indice parce qu'il en avait assez que le PIB soit la principale - et souvent la seule - mesure du progrès d'un pays.
Partout dans le monde, les sondages indiquent que les gens accordent de l'importance à l'argent, mais jamais autant qu'à leur santé, leur bien-être et ceux de leur famille, de leurs amis et de leur communauté, a souligné Marks.
Mais aujourd'hui, avec le réchauffement climatique et la dégradation de la nature déjà bien amorcés, il faut viser la longévité et le bonheur en tenant compte de notre empreinte écologique, a-t-il ajouté. «Le futur n'est peut-être pas nord-américain, a dit Nic Marks. Il n'est peut-être pas non plus ouest européen. Il pourrait être latino-américain.»
Je ne suis jamais allé au Costa Rica. Mais la prochaine fois que je me complique la vie pour l'environnement, promis, je vais le faire en souriant.