Le Gatinois Alexis Lepage a remporté facilement samedi l'épreuve sprint de la 23e édition du Triathlon de Gatineau.

L'avenir du triathlon au Canada

À neuf ans, sa mère lui a fait lire un article de journal parlant de triathlon. Plus d'une décennie plus tard, Alexis Lepage nage, roule et court plus vite que tous les Canadiens de son âge et est pressenti comme l'avenir de son sport au pays.
Samedi, à Toronto, le représentant du Rouge et Or natif de Gatineau a une fois de plus prouvé que son titre de champion canadien junior de la saison dernière n'avait rien d'un coup de chance en terminant cinquième de la course panaméricaine ITU. À 20 ans, il a été le deuxième plus rapide des moins de 23 ans.
Il a terminé les 1,5 km de nage, 40 km de vélo et 10 km de course à pied en 1 h 50 min, à 94 secondes du gagnant, de six ans son aîné, l'Ontarien Kyle Jones, athlète olympique de Londres et membre de l'équipe canadienne des Jeux du Commonwealth qui commencent la semaine prochaine.
D'aussi loin qu'il puisse se souvenir, Alexis Lepage a toujours voulu être un grand du sport. Influencé par son père, Jean, ayant participé aux Championnats du monde d'aviron et dont les photos d'action décoraient les murs de la maison familiale. 
«J'avais quatre ans et je rêvais des Jeux olympiques», a-t-il assuré lors de notre rencontre. À l'époque, et pour toute son enfance, c'est cependant sur la neige qu'il se voyait dominer le monde, alors qu'il pratiquait le ski de fond. 
La recherche d'une activité pour garder la forme durant la saison estivale l'a mené vers le triathlon et la diversité de son nouveau programme d'entraînement l'aura charmé. «C'est trois sports complètement différents en un, c'est ça que j'aime», a-t-il lancé, tout en expliquant que cette variété vient cependant au coût de très, très nombreuses heures dans l'eau, sur son vélo et dans ses souliers de course.
«L'autre jour, j'ai roulé 140 km et couru une heure avant de terminer ma journée avec une heure dans la piscine», a expliqué le filiforme athlète. «Mais ça, c'était une énorme journée. Je me suis même demandé si mon coach ne s'était pas trompé, mais on est passé au travers.»
Passionné d'entraînement, Alexis Lepage est tombé dans un sport lui permettant de cumuler un impressionnant nombre d'heures de travail par semaine. Ses partenaires de l'Université Laval, Gabriel Legault, Charles Brault, Philippe Vézina, Victor Côté-Larocque et lui peuvent atteindre le plateau des 30 heures lors des grosses périodes. «Tu vois, aujourd'hui, c'était une petite journée, et je me suis entraîné trois heures et demie.» De quoi amplement mériter sa sieste de fin d'après-midi.
Après avoir terminé son cégep en trois ans, alors qu'il a emménagé à Québec au début de sa deuxième session pour l'entraînement, le triathlète commencera son baccalauréat en administration à l'automne et caresse l'idée de s'expatrier en Australie pour quatre longs mois d'hiver.
Rien à perdre
D'ici là, il sera des Championnats canadiens à Magog en fin de semaine et s'envolera ensuite pour l'Europe. Le membre de l'équipe nationale de développement y disputera une Coupe du monde à Tiszaújváros, en Hongrie, et une Coupe d'Europe à Karlovy Vary, en République tchèque. Il saura d'ici quelques semaines si sa saison va se conclure à Edmonton, le 26 août, pour les Championnats du monde.
Du haut de ses 6'4'' (et 150 livres), lorsqu'il regarde loin devant, Alexis Lepage voit Rio, mais n'en fait pas une finalité. «C'est dur de dire que Rio 2016 est l'objectif ultime, mais c'est, selon moi, réalisable.» Il explique que son jeune âge, sa progression, et surtout la façon dont il se démarque dans la portion natation de ses courses peuvent lui permettre de rêver.
Il est cependant conscient que le Canada ne pourra probablement aligner qu'un ou deux athlètes masculins au triathlon olympique, mais Lepage se trouve dans cette zone où il n'a rien à perdre et tout à gagner. Et dire que cette belle aventure tire ses origines d'un article de journal comme celui-ci.