Les urbanistes David Belgue et Serge Fillion, en entrevue avec la journaliste Gabrielle Thibault-Delorme

L'avenir dépend d'une vision

«La ville est bien mieux que ce qu'elle était», constate Serge Fillion, urbaniste et coprésident du congrès des urbanistes. «Quand on regarde les photos anciennes, on n'y retournerait pas.»
Les espaces verts se sont multipliés à travers la ville, et des endroits de rencontre permanents et ponctuels, tels que le SPOT Saint-Sauveur, ajoutent à la qualité de vie des citoyens. 
On récolterait aujourd'hui les fruits d'une longue planification urbaine qui a permis de réparer certaines erreurs du passé, notamment dans Saint-Roch et sur la colline parlementaire. 
«Dans les années 60, les élus municipaux et provinciaux s'étaient mis en tête de moderniser Québec. Le nouveau visage de la capitale», c'était l'édifice des Gouverneurs, le complexe G, le Hilton, le Concorde, c'était des vedettes», se souvient M. Fillion, ajoutant que cette modernisation ne résultait pas d'une vision.
«Dans la colline parlementaire, on a détruit près de 4000 logements [...] une cicatrice urbaine», rappelle l'urbaniste.
«Plus personne ne voulait parler de la colline, c'était un sujet tabou.»
Arbres et jardins
Quand le mandat de réaménager le «lieu d'exercice du pouvoir» a été donné, les arbres et les jardins ont refait leur apparition, après un travail de longue haleine.
«On a un avantage sur les médecins, c'est que nos patients ne meurent pas. Ils peuvent rester mourants longtemps, mais on peut les ressusciter.» Pour redonner une unité à ces hauts bâtiments épars, la solution a été de planter des arbres, une décision que M. Fillion compare à une greffe de moelle osseuse. 
À l'opposé, le Vieux-Québec, lui, suivait un plan rigoureux servant à préserver l'aspect historique. «C'est un exemple mondial», exprime-t-il, donnant beaucoup de crédit à l'ancien maire Gilles Lamontagne. 
Un autre bel exemple de renaissance est tout naturellement le quartier Saint-Roch, l'héritage de Jean-Paul L'allier. Encore là, c'est la construction d'un jardin qui a redonné vie au quartier, ramenant la nature en ville et aménageant un coin rencontre. 
Vers les banlieues
À l'avenir, le défi d'urbanisme quittera le centre-ville pour se transposer dans les banlieues. «Quoi faire avec des habitations trop nombreuses, pour des familles moins nombreuses? Est-ce qu'on peut rendre plus vivables les banlieues en termes de développement durable, pour réduire la dépendance à l'automobile?» demande l'urbaniste David Belgue. 
Un bel exemple de banlieue agréable et efficace est la Pointe-Sainte-Foy avec la rue du Campanile, un quartier très prisé par les personnes âgées puisque de nombreux commerces se trouvent près des habitations, favorisant la marche plutôt que l'automobile. De plus, le métrobus s'y arrête et connecte efficacement cette banlieue au centre-ville. Ce plan d'urbanisme mérite un 9,5 sur 10, rigole Serge Fillion. 
«Il y a des choix qu'on fait tous les jours. Plus ce sont des choix réfléchis, avec la consultation de la population, meilleur c'est», conclut David Belgue.