Chloé Guillemette, experte en sinistre chez SSQ

L'assurance d'un bon emploi... dans le marché de l'assurance!

La semaine dernière, Desjardins annonçait qu'il se portait acquéreur des activités canadiennes d'assurance de dommages et d'assurance vie de State Farm - le premier fournisseur d'assurance automobile aux États-Unis et l'un des principaux assureurs au Canada - ainsi que de ses entreprises de fonds communs, de prêts et d'assurance de prestation du vivant.
Cette transaction fait en sorte que Desjardins deviendra le deuxième assureur de dommages en importance au Canada. Son volume de primes brutes souscrites annuelles passera de 2 à près de 4 milliards $. De plus, la transaction permet à Desjardins de renforcer sa quatrième position dans le marché de l'assurance de personnes au pays.
En plus des 1,2 million de clients de State Farm au Canada, Desjardins va accueillir dans ses rangs les 1700 employés de State Farm ainsi que son réseau de plus de 500 agents.
Le groupe financier coopératif, qui compte déjà 45 000 employés au sein de son organisation, prévoit la création d'au moins 200 nouveaux emplois à son siège social, à Lévis. Des postes dans des fonctions stratégiques, notamment du côté de l'informatique, des ressources humaines et du marketing.
Dans la région de Québec, Desjardins fournit le gagne-pain à 10 000 personnes, dont près de 7000 à Lévis.
La relève
Au sein de leur siège social respectif, à Québec ou à Lévis, Desjardins et les neuf autres compagnies d'assurances font travailler 10 580 personnes.
Elles sont constamment à la recherche de relève.
Un sondage mené l'été dernier par le Centre de développement en assurances et services financiers (CDASF) - un organisme créé conjointement en 2007 par les sociétés d'assurances de la région qui désiraient se doter d'un outil pour promouvoir les perspectives de carrières auprès des jeunes - révèle que les compagnies ouvraient pas moins de 2000 postes pour combler leurs besoins de main-d'oeuvre au sein des sièges sociaux.
«Les compagnies recherchent des bacheliers ou plus dans 30 % des cas et des détenteurs d'un diplôme d'études collégiales en Conseil en assurances et services financiers ou autres dans 48 % des cas», mentionne au Soleil le directeur général du CDASF, Gilles Juneau. «Les diplômes d'études secondaires ne représentent que 2,5 % de la demande et c'est principalement pour combler des postes de soutien administratif.»
Il rapporte que «les postes sont comblés dans une proportion allant de 80 % à 95 % selon le niveau de scolarité demandé. Le reste est comblé par des candidats surqualifiés, par des candidats provenant de disciplines connexes ou apparentées ou encore grâce à des exigences moindres demandées au chapitre de l'expérience».
Dans le cas des postes exigeant un baccalauréat, les compagnies parviennent à pourvoir 84 % des postes au cours d'une année. Pour ce qui est des postes demandant un diplôme d'études professionnelles, l'objectif est atteint dans 95 % des cas.
«Toutes proportions gardées, la principale lacune se situe du côté du diplôme d'études collégiales en Conseil en assurances et services financiers», signale Gilles Juneau. Cette formation, offerte au Cégep de Sainte-Foy et à celui de Lévis-Lauzon, mène à des carrières de conseiller, d'examinateur en invalidité, de technicien en sélection de risque, de souscripteur, d'expert en sinistre, d'agent et de courtier.
«Les compagnies dotent ces postes à 44 % dans les sièges sociaux et à 43 % en région. En tout et partout, elles ont engagé 117 finissants en un an, alors qu'elles auraient pu en embaucher 150 et plus.» Il va sans dire que le taux de placement des finissants en Conseil en assurances et services financiers atteint 100 %.
Mythes tenaces
Professeure et coordonnatrice du programme Conseil en assurances et services financiers au Cégep de Lévis-Lauzon, Lynda Higgins ne compte que sur 9 élèves en première année, 12 en deuxième année et 5 en troisième année. C'est trop peu.
«Le programme est méconnu. Les emplois dans les assurances sont méconnus. Et les mythes sont tenaces. Non, les assurances ne sont pas que de la vente porte-à-porte.»
Avant d'amorcer ses études collégiales à Lévis-Lauzon, Chloé Guillemette n'avait pas une haute opinion du monde des assurances. «Pour moi, c'était synonyme de vente à pression.»
Elle avait choisi le programme Conseil en assurances et services financiers, car elle rêvait d'une carrière du côté des services financiers. C'était avant que la compagnie d'assurances SSQ lui propose un poste de préposée à l'indemnisation à la fin de sa première année de cégep.
«Je n'avais même pas de DEC et la SSQ est venue me chercher. Elle m'a donné la chance, à 17 ans, de travailler, d'être bien payée et de régler des dossiers de clients. Je n'arrive pas encore à croire que l'on m'a offert cette opportunité.»
Chloé Guillemette venait de trouver sa voie. Elle a continué de travailler pour la SSQ à temps partiel durant ses études et à temps plein pendant la saison estivale.
Aussitôt son DEC et son permis de l'Autorité des marchés financiers obtenus, elle a été embauchée au poste d'experte en sinistre.
La jeune femme a récemment entrepris des études à l'Université Laval en vue de décrocher un baccalauréat en administration des affaires. Un jour, elle voudrait occuper un emploi de direction au sein d'une compagnie d'assurances. «Je travaille 20 heures par semaine et je suis inscrite à quatre cours à l'université. Ça va bien. Mon employeur est bien accommodant.»
La nuit, les patrons des compagnies d'assurances doivent rêver de cloner des centaines de petites Chloé Guillemette...