L'art savant de la reprise politique

Des fois, la politique québécoise ressemble à une chaîne de télé rétro, qui diffuse en boucle les mêmes reprises.
La différence, avec la politique, c'est que nous faisons semblant qu'il s'agit d'une nouveauté.
Ces jours-ci, les libéraux déchirent leur chemise parce que le PQ distribue des millions de dollars en prévision des élections. En 2012, c'était les péquistes qui déchiraient leur chemise parce que les libéraux distribuaient des millions de dollars à la veille d'élections.
Vous voulez parier que c'était la même chose en 2003? En 1994? En 1985? De quoi bâtir une montagne de chemises déchirées plus haute que l'Everest!
La répétition donne le vertige. Comme devant une image se répétant à l'infini, sur une série de miroirs. Ou devant cette note de service absurde de la Maison-Blanche.
«Les rapports remis en retard créent une très mauvaise impression dans toute l'administration. En particulier, comme c'est le cas aujourd'hui, quand le rapport remis en retard vise justement à expliquer pourquoi les rapports arrivent en retard.»
Impression de déjà-vu? Pendant des années, l'ancien président de la FTQ, Michel Arsenault, assure que l'entrepreneur Tony Accurso est son «ami». Plus récemment, devant la commission Charbonneau, il le considère plutôt comme une «connaissance».
Sur le coup, vous êtes sûr d'avoir déjà vu cet épisode du grand ami oublié. Mais où? Et puis soudain, ça vous revient. Ce numéro-là, Phillipe Couillard, le chef libéral, l'a joué l'an dernier!
Au début, M. Couillard parlait de l'ancien directeur du Centre de santé McGill, Arthur Porter, comme d'un «ami inconditionnel». Mais après que Porter eut été accusé de fraude, ce dernier n'était plus qu'une simple «connaissance».
Peu importe. Car le syndicaliste Arsenault ne s'est pas contenté de piquer le rôle du faux naïf à Philippe Couillard. Il l'a amélioré. En 2009, il a même rédigé une lettre pour dire à quel point il regrettait d'avoir profité des largesses de Tony Accurso.
«Ce qui me chagrine au plus haut point dans toute cette histoire, ce n'est pas l'image publique qui est projetée de ma personne, mais bien plutôt celle qui pourrait viser à entacher la réputation de la FTQ et du Fonds de solidarité», écrivait-il.
Snif. Un chagrin semblable, ça brise le coeur. Sauf qu'au même moment, M. Arsenault téléphonait à son «chum» Accurso pour lui dire de ne pas s'en faire.
- Ça changera rien à nous deux, là, c'est juste pour [...] la galerie, expliquait-il, dans une conversation enregistrée.
Traduction libre : «J'ai roulé tout le monde dans la farine, comme un plein panier d'éperlans frais.»
Vous souvenez-vous de l'époque où Pauline Marois promettait de changer la politique?
«Nous ne sommes pas des libéraux, nous sommes le PQ, nous sommes le grand parti de l'éthique de la démocratie, nous sommes le parti qui n'a toujours eu qu'un seul maître, le peuple québécois, nous sommes à son service», déclarait-elle, en mai 2010.
Fiou. Après une envolée semblable, même les derniers caribous des bois étaient prêts à prendre La Bastille.
Mais ça n'a pas duré. La semaine dernière, pour annoncer la construction d'une cimenterie d'un milliard de dollars, en Gaspésie, Pauline Marois tenait un autre discours.
- Le comté de Bonaventure [représenté par un député péquiste] a fait un très bon choix lors des dernières élections et vous avez les résultats aujourd'hui de ce choix», a-t-elle expliqué.
Votez du bon bord et vous aurez des nananes? Même Duplessis se montrait parfois plus subtil.
Comme disait un comique anglais : «Soudoyer le gouvernement, ça s'appelle de la corruption. Soudoyer le peuple, ça s'appelle la démocratie.»
Il n'y a pas de morale à cette histoire. Juste une blague aussi vieille que notre petite politique mesquine.
«Un politicien québécois se fait offrir une lampe, à la fin d'un discours.
Pour rire, il se met à la frotter, comme Aladin avec sa lampe.
Pouf! Un génie apparaît!
- Tu m'as libéré. Pour te remercier, j'exaucerai un voeu, dit le génie au politicien. Tu peux choisir entre la richesse infinie, la sagesse que procure la connaissance universelle, le pouvoir absolu et la beauté éternelle.
Le politicien hésite. Mais pour bien paraître devant ses électeurs, il opte pour la sagesse.
Pouf! Maintenant, dis-nous quelque chose d'intelligent, de profond et de sincère, ordonne le génie.
Le politicien répond, le regard vide : «J'aurais dû choisir autre chose.»