L'art d'enterrer la controverse

Vous avez un problème politique? Confiez-le à vos fonctionnaires, sous la direction d'un groupe de travail, et vous n'en entendrez plus parler pendant des mois, peut-être même des années.
Pendant des mois, les étudiants se sont battus contre les policiers dans les rues de Montréal pour bloquer la hausse des droits de scolarité découlant des politiques libérales de financement des universités. Les étudiants ont gagné. Le gouvernement Marois a commandé de nombreuses études, dont la plus délicate porte justement sur le financement des universités. Or, le rapport d'étape sur cette question a été publié mardi sur le site du ministère de l'Enseignement supérieur, dans la plus grande indifférence.
Pourquoi un tel silence? Parce que ce rapport savant, étoffé du jargon habituel de la bureaucratie, n'annonce rien de nouveau. Il fait le constat des enjeux liés au financement, mais il ne donne aucun indice sur les orientations qu'il proposera au gouvernement en juin. «À ce stade-ci, nous posons davantage de questions que nous n'apportons de réponses», disent les coprésidents du chantier, Hélène P. Tremblay et Pierre Roy. «Cela s'explique à la fois par la multitude de sujets qu'il nous a fallu aborder et par le manque de données probantes sur plusieurs d'entre eux.»
Un petit rappel s'impose ici. C'est la controverse sur les droits de scolarité et le financement des universités qui a mené à l'annonce de cette étude, en février dernier. Or, signalent les auteurs, «ni la hauteur de la subvention de fonctionnement ni celle des droits de scolarité des étudiantes et des étudiants québécois ne seront abordées. Nous reconnaissons qu'il s'agit de deux sujets capitaux, comme l'ont souligné à larges traits nombre de nos interlocuteurs, mais les décisions les concernant ont été prises lors du Sommet».
Bref, tout ce dont il est question, dans ce rapport, c'est des enjeux à discuter dans le partage de l'enveloppe financière du gouvernement consacrée à l'enseignement supérieur. Et c'est là que la situation se complique. Comme l'expliquent les coprésidents, «la nouvelle politique devra resserrer les liens entre les visées du gouvernement et les attentes du milieu universitaire, de la population étudiante ainsi que de la population québécoise en général». Bref, il faut satisfaire tout le monde!
Je ne prétends pas que ce rapport est inutile. Il établit, par exemple, les difficultés liées à l'accessibilité géographique aux études supérieures. Il précise qu'à l'automne 2011, le Québec comptait «226 sites d'enseignement, à savoir 17 campus principaux, 18 campus satellites, 3 pôles universitaires et 188 points de service et autres lieux d'enseignement».
Est-ce trop? Pas de réponse. Le rapport note que c'est la «concurrence stérile» entre établissements qui soulève des critiques.
Mais s'il y a une phrase, dans ce rapport, qui mérite une citation intégrale, c'est la suivante : «Sur un plan très général, des interlocuteurs ont insisté pour dire que la qualité de l'enseignement au premier cycle était devenue le problème le plus urgent auquel s'attaquer, à cause d'un désintérêt progressif des professeurs, notamment parce que leur renommée et, par ricochet, celle des établissements ne reposent pratiquement plus que sur leur performance en recherche.»
Traduction libre : les professeurs n'enseignent plus ou presque plus. Ils font de la recherche parce que les universités se disputent les subventions de recherche.
Que va proposer le comité? Que le gouvernement renvoie les professeurs dans leurs classes et compense les universités pour la baisse des subventions de recherche?
Une nouvelle série de consultations est prévue au printemps, en vue du rapport final attendu en juin. Le rapport est attendu après les élections...