Lara Fabian: au théâtre de Lara

Est-ce un hasard si Lara Fabian a intitulé son dernier album Le secret, comme le best-seller à saveur psycho-pop qui fait l'apologie de la pensée positive? Pour le meilleur et pour le pire, la chanteuse a amené mercredi soir un Capitole bondé dans un périple visant l'émancipation et l'acceptation de soi, dans une quête du bonheur puisant dans la spiritualité... et le théâtre.
On ne pourra pas reprocher à l'artiste belge de s'être assise sur ses succès dans la création de ce spectacle, majoritairement construit autour de ses nouvelles chansons. Elle avait une destination en tête avec Le secret: «Entre le silence, le théâtre et la musique, on découvre le chemin vers soi», vers un «endroit où on n'est jamais plus tout à fait seul», a-t-elle décrit mercredi.
C'est justement dans une mise en scène élaborée et empruntant - pas toujours très habilement - au théâtre que l'artiste est revenue à la rencontre du public de la capitale. Sur les planches l'attendaient une coiffeuse (le meuble, pas l'experte capillaire!), une cage d'oiseau, une barre de ballet. La chanteuse a poussé ses premières notes faisant dos à la foule, mais même une fois retournée, il a fallu un moment avant que la connexion avec le public ne se fasse vraiment.
Dans la première moitié du spectacle, Fabian a dressé une sorte de quatrième mur amovible entre elle et la salle: dans une bulle théâtrale pendant les chansons, remerciant avec émotion entre les pièces. On l'a vue manipuler des chaussons de danse dans un coin alors qu'une ballerine s'exécutait au centre de la scène.
Elle a balancé un ordinateur portable par terre avant d'entonner Un ange est tombé, qui aborde la solitude engendrée par la technologie. Elle a chanté les troubles alimentaires d'Amourexique devant un miroir déformant et Que j'étais belle accompagnée d'une danseuse-paon. Elle nous a causé d'orage alors que la violoniste Pascale Croft agitait un bâton de pluie. Bref, des effets pas toujours subtils qui créent une distance et qui récoltent des résultats mitigés: Lara Fabian n'a pas besoin de ça pour toucher ses fans. Le public du Capitole en a fourni la preuve mercredi.
Heureusement, elle a laissé tomber ce pseudo quatrième mur au fil de la prestation. À mi-parcours, elle a annoncé que le moment était venu «de sortir du Secret et d'entrer dans la joie». Il était temps! Avec la percussionniste Mélissa Lavergne, qui a saisi l'avant-scène pour haranguer la foule, l'ambiance a enfin pu décoller: la livraison d'Humana a galvanisé les fans. Idem pour le succès J'y crois encore et l'incontournable Je t'aime, abordé de belle façon dans un segment acoustique, duquel la chanteuse est ressortie plus riche de deux bouquets de fleurs offerts par des admirateurs.
Souffrant d'un problème à l'oreille interne, Lara Fabian a dû alléger son horaire de tournée. Elle semblait plutôt en forme, mercredi, quoiqu'on l'ait vue souvent porter sa main à son oreille. Vocalement, outre une interprétation un peu hésitante de I Will Love Again offerte en rappel, elle s'en est bien tirée. Ses récentes chansons misant plus sur l'émotion que sur les prouesses de son instrument, on peut difficilement lui reprocher d'être criarde. Et personne n'ira s'en plaindre.