L'année des coups de chaleur

Il fait froid en cette fin d'année 2016, vous ne trouvez pas? Eh bien, notre planète n'est pas du tout du même avis! Ses pôles suent à grosses gouttes. La plupart des États l'admettent et ont ratifié un accord historique pour réchapper la Terre... Mais pendant ce temps, l'humain achète des véhicules toujours plus gros, surexploite les ressources naturelles. Alors, allons-y d'un bilan environnemental annuel délibérément teinté de vert pour alimenter le débat en cette période de surabondance et de surconsommation.
De record en record de température
Que ce soit l'Organisation météorologique mondiale de l'ONU, la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis ou les écologistes, tous s'entendent : 2016 devrait être l'année la plus chaude de mémoire de météorologiste, devant 2015.
«On bat le record d'année en année», observe Steven Guilbeault, cofondateur d'Équiterre. Les relevés ne laissent pas de doute dans son esprit : le thermomètre terrestre grimpe inexorablement et les conséquences sont déjà visibles.
Sans conteste, 2016 aura été l'année du climat, du réchauffement climatique. Dès le premier mois, Environnement Canada écrivait «Janvier 2016 : un avant-goût de janvier 2100!» tellement le mercure semblait s'être trompé de saison.
À l'échelle planétaire, la suite confirmera la tendance : les huit premiers mois de l'année ont été les plus chauds depuis que l'humain compile des statistiques.
Il y avait bien sûr la force exceptionnelle d'El Niño, ce courant chaud du Pacifique, pour expliquer en partie la hausse de la température cette année. Mais même quand le garçon a fait place à sa froide petite soeur, La Niña, mois après mois, la Terre continuait de battre des records de chaleur.
Gaz carbonique
Aussi cette année : «La concentration de CO2 [gaz carbonique] a passé de façon permanente le seuil de 400 parties/million (ppm)», note le porte-parole de Greenpeace Canada, Patrick Bonin. Cela signifie quoi? La concentration de ce gaz à effet de serre dans l'atmosphère est loin de la barre des 300 ppm sous laquelle nous devrions nous situer pour éviter la surchauffe. «C'est un jalon symbolique inquiétant qu'on vient de passer. On ne reviendra pas de notre vivant sous la barre des 400.»
Les pôles souffrent de cette hausse de la pollution, du thermomètre, notent les deux environnementalistes. Quelque 40 % des glaces ont disparu depuis 1970, avance Steven Guilbeault. Patrick Bonin avertit : «C'est un peu le canari dans la mine.»
C'est justement ce qui a frappé le chercheur Louis Fortier en 2016. «C'est le fait, cette année, que la glace a tardé à se reformer... On ne l'a pas vu venir.» Très tard cet automne, les pôles ont manqué de froidure : «C'était vraiment exceptionnel», fait remarquer celui qui est, entre autres, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la réponse des écosystèmes marins arctiques au changement climatique, à l'Université Laval.
Chaque année, la quantité de glace sur les mers et les océans varie. Mais la surface glacée totale reste dans un intervalle similaire. Et puis il y a 2016. Pour la première fois depuis 1978, il y a décrochage statistique : 2016 est complètement hors norme, nettement sous les moyennes de glace des 38 dernières années.
En novembre, il y avait 3,76 millions de km2 de glace en moins aux pôles que la moyenne de 1981 à 2010, selon des données de la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis.
Et que cela change-t-il qu'il y ait moins de glace? Les travaux de l'équipe de M. Fortier montrent que les poissons de l'Arctique se développent plus vite à mesure que la température augmente. Il y aura plus grande abondance. Aussi, des espèces du sud migreront au nord. Résultante : l'écosystème des phoques, ours polaires et baleines sera chamboulé, voire détruit, dit-il.
Gouvernements schizophréniques
Pendant ce temps, nous avons appris que les Québécois avaient fracassé leur record d'achat de véhicules neufs. Et que nous préférons les gros VUS aux sous-compactes, notent nos interlocuteurs.
Le gouvernement canadien, proactif côté environnement, nous a également annoncé qu'il approuvait des projets de pipeline.
Plus près de nous, le gouvernement québécois a revêtu une cape verte, mais a adopté sous le bâillon une loi pour favoriser l'exploitation des hydrocarbures.
Reste une autre nouvelle qui crée beaucoup d'incertitude : l'élection du climatosceptique Donald Trump au sud...
«De belles lueurs»
Ça ne s'était jamais vu. Il a fallu moins d'un an pour que l'accord de Paris sur le climat soit mis en oeuvre par des dizaines d'États et entre en vigueur début novembre 2016.
Quelque 55 pays représentant 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre devaient ratifier cette entente conclue par 195 nations en décembre 2015 pour qu'elle s'applique. La diplomatie environnementale ne croyait pas y arriver si vite, note le cofondateur d'Équiterre, Steven Guilbeault. Maintenant que c'est fait, tout ce beau monde doit limiter le réchauffement global bien en dessous des 2 °C.
En comparaison, il avait fallu sept ou huit ans pour que le protocole de Kyoto entre en vigueur. Et celui-là n'impliquait que les pays industrialisés, précise le porte-parole de Greenpeace Canada, Patrick Bonin.
L'accord de Paris n'est pas suffisant, reconnaissent les deux militants. Mais pour la première fois, il y a un plan mondial de lutte au réchauffement climatique. «Il faut commencer quelque part», dit Guilbeault.
Le dynamisme a même percolé jusque dans la politique canadienne, ajoute-t-il. Encore une première : les provinces et Ottawa travaillent ensemble pour prendre le virage vert.
Toujours du côté des nouvelles environnementales positives, l'année qui se conclut a confirmé un désinvestissement dans les énergies fossiles et l'envoi des capitaux vers les énergies renouvelables : «Il est déjà en route, ce virage-là», se réjouit Patrick Bonin. «Le monde a déjà commencé à changer.»
Le Québec se positionne : il est un leader international en électrification des transports, souligne Steven Guilbeault.
Les grands constructeurs s'intéressent aussi à la technologie. La nouvelle génération de voitures électriques sera beaucoup plus performante. L'Allemagne a d'ailleurs promis de bannir les moteurs à explosion d'ici 2030. «C'est le début de la fin de la voiture à essence.»
Jusqu'à la ville de Las Vegas qui vient d'annoncer que l'électricité requise par les services municipaux - des casernes de pompiers aux bureaux des fonctionnaires en passant par l'éclairage des rues - provient uniquement d'énergies renouvelables, principalement du solaire...
«Il y a quand même de belles lueurs», dixit Steven Guilbeault.
En chiffres
58 %
Le nombre de vertébrés sur terre - poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles - aurait chuté de 58 % depuis 1970, selon une étude publiée cette année par le Fonds mondial pour la nature (WWF). La faute à la perte des habitats, à la surexploitation, à la pollution, aux espèces invasives et aux changements climatiques, dit-on.
85 %
Quelque 85 % des Québécois croient que la planète se réchauffe, selon des données publiées par l'Université de Montréal. Au Canada, c'est 79 %. La faute à qui, ce réchauffement global? Autour de 53 % des Québécois pensent qu'il est «surtout» imputable aux humains, contre 44 % des Canadiens; en Alberta, seuls 28 % des citoyens sont de cet avis. Et vous?
8 août
Cette date estivale marque le jour où nous avons consommé, utilisé, dépensé tout ce que la terre peut nous offrir en une année complète, selon les écologistes du Global Footprint Network. Avant le 8 août 2016, la terre pouvait encore se renouveler, après non - en 2000, le seuil était atteint fin septembre ; en 1971, le 24 décembre. Au rythme actuel, il nous faudrait 1,6 planète pour subvenir à nos «besoins». Et si la population mondiale vivait comme les Canadiens, il faudrait quatre planètes, ajoute Greenpeace.
La fin du caribou et du monarque?
En fin d'année, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada a tranché : le caribou de l'extrême nord-est canadien est maintenant «en voie de disparition». Son frère de la toundra, un peu moins en danger, est «menacé». Des craintes aussi importantes pour les célèbres papillons monarques et le puffin à pieds roses, un oiseau migrateur, tous deux admis au club des espèces «en voie de disparition».
Toujours plus chaud
Du jamais vu. Janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet et août ont été les mois les plus chauds en 122 ans de relevés, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis. Septembre 2016 a terminé deuxième du palmarès des mois de septembre les plus chauds; octobre, troisième; novembre, cinquième. Reste décembre...