La performance de Patrick Hivon dans L'ange gardien, entre rage et fragilité, devrait lui assurer le prix du meilleur acteur de soutien au prochain gala des Jutra.

L'ange gardien: vol de nuit ***

Jean-Sébastien Lord aura attendu près de 15 ans avant de pouvoir tourner son deuxième long métrage et il n'a pas laissé passer sa chance avec L'ange gardien. Le drame psychologique, à la fin percutante, met en scène des personnages attachants et profondément humains qui sont magistralement interprétés par Guy Nadon, Marylin Castonguay et Patrick Hivon.
Il y a de ces films où on doit faire attention à ce qu'on révèle, sous peine de priver le spectateur du plaisir de la découverte - L'ange gardien en est un. Essayons tout de même. Le film s'attarde à Normand (Nadon), un veilleur de nuit qui se laisse mourir à petit feu. Il est hanté par un deuil, humilié par la perte de sa job de policier et fuit sa femme (Véronique LeFlaguais). Sa seule passion : écouter les matchs du Canadien à la radio - pas à la télé, sa condition de cardiaque ne lui permet pas.
Un soir d'hiver, il laisse entrer Nathalie (Castonguay) dans son grand immeuble qu'il arpente comme une âme en peine. La jeune femme est prisonnière d'une vie sans issue avec une fille de huit ans dont le père, Guylain, est un repris de justice caractériel et violent (Hivon). La vie de Normand va basculer au fur et à mesure que les deux s'apprivoisent et nouent des liens qui s'apparentent à une relation père-fille.
L'ange gardien traite de solitude et de désespoir, mais aussi d'espoir. Tout sépare le duo improbable, mais ensemble, ils entrevoient un peu de lumière... Il y a aussi le drame de Guylain dont on saisit mal la portée et qui nous semble incompréhensible jusqu'à la fin.
On évoque souvent, au cinéma québécois, la faiblesse des scénarios. C'est tout le contraire ici. Le récit de Lord est parfaitement maîtrisé. Il laisse, à dessein, planer de l'ambiguïté. Et chaque morceau du casse-tête, même quand il semble ne pas s'imbriquer avec le reste du portrait, finit par tomber à sa place dans une finale qui nous laisse doublement abasourdi (certains vont peut-être voir venir un punch, pas l'autre...).
Mais L'ange gardien ne pourrait exister sans le jeu solide des acteurs. Guy Nadon, aussi intense que d'habitude, se révèle particulièrement convaincant en gardien renfrogné, mais au grand coeur. Il faut le voir s'illuminer quand il anticipe la visite de Nathalie. Marylin Castonguay (Miraculum) se glisse dans la peau de cette dernière avec aisance. Avec un jeu sobre, très mature pour une jeune actrice, elle laisse finement entrevoir la tristesse de Nathalie.
Et que dire de Patrick Hivon (L'affaire Dumont)? Guylain a une violence intérieure qui bouillonne comme un volcan. L'acteur devait faire sentir cette rage, mais aussi sa grande fragilité. C'est totalement réussi. Un rôle qui devrait lui assurer un Jutra comme meilleur acteur de soutien, l'an prochain.
Cela dit, j'ai de grandes réserves sur l'utilisation de la caméra à l'épaule qui tressaute constamment quand elle suit Normand. Il est dans un édifice vide, pas au débarquement de Normandie! C'est un tic de réalisation trop répandu. La musique est parfois aussi trop appuyée : pas besoin d'en ajouter une couche.
Au final, L'ange gardien est un drame intimiste et intense, dont les personnages nous hantent longtemps après la projection. Un bon signe...
Au générique
Cote : ***
Titre : L'ange gardien
Genre : drame
Réalisateur : Jean-Sébastien Lord
Acteurs : Guy Nadon, Marylin Castonguay, Patrick Hivon
Salles : Beauport et Clap
Classement : 13 ans et plus
Durée : 1h34
On aime : le jeu des acteurs, le scénario bien ficelé, la finale doublement percutante
On n'aime pas : les tressautements de la caméra, la musique appuyée