L'amphithéâtre de Québec à un an du jour J

L'amphithéâtre ouvrira ses portes en septembre 2015, mais c'est dans un an, le 15 juillet 2015, que la Ville de Québec doit avoir mis la touche finale à sa construction. Le chantier avance rondement - le toit est fermé depuis quelques jours à peine - et tout semble indiquer que l'édifice sera prêt à temps. Reste à savoir comment il sera occupé et s'il sera rentable.
<p>Les monteurs d'acier ont pratiquement terminé leur travail dans l'amphithé-âtre. Ils quitteront le chantier à la fin août.</p>
<p>L'installation des gradins est presque terminée. Les coursives ouvertes permettent de conserver en tout temps une vue sur la patinoire.</p>
Plus les mois passent, plus le projet d'amphithéâtre se concrétise. Le Soleil a pu constater de visu, mardi, lors d'une visite exclusive du chantier, les progrès accomplis depuis la dernière fois où les journalistes avaient eu accès à l'édifice, en avril. Le recouvrement des murs extérieurs va bon train, la structure du hall d'entrée prend forme, la forme caractéristique de l'amphithéâtre est maintenant bien ancrée dans le paysage.
En fin de semaine dernière, les ouvriers ont franchi une étape cruciale : le toit est maintenant fermé et étanche. Le Soleil a d'ailleurs eu le privilège de poser les deux pieds dessus, avant que les travailleurs ne complètent le revêtement, qui sera entièrement blanc, par souci d'écologie, afin de refléter les rayons du soleil. Il n'y a pas à dire, la vue, de là-haut, est spectaculaire et offre un panorama complet de Québec, jusqu'à l'île d'Orléans.
Étape majeure
L'étape de la fermeture du toit est majeure, explique le directeur du projet, Jean Rochette, car elle permet aux travailleurs de procéder à des travaux comme la pose des panneaux de gypse et la céramique.
D'ailleurs, les divisions intérieures sont de plus en plus visibles. Les 80 loges sont séparées par les structures de cloison, les salles de bain et les cages d'ascenseur également. Dans les coursives, les espaces réservés aux concessions alimentaires sont maintenant bien délimités. On peut accéder, sur chaque étage, à de vastes halls.
Au niveau de la patinoire, le vestiaire des joueurs est maintenant fermé et prêt à être aménagé. On distingue déjà l'espace réservé aux douches ainsi que le bassin qui accueillera un énorme bain à remous thérapeutique. On a prévu une salle adjacente où se tiendront les points de presse.
Dans l'enceinte, les gradins sont placés. Il ne restera qu'à les fixer et à en assurer l'étanchéité. On distingue l'espace réservé à la galerie de presse. La Ville vient de se procurer des bandes, des buts, un tableau indicateur, et deux surfaceuses flambant neuves.
L'avancement du chantier se déroule «au-delà des attentes», signalent Jean Rochette et le conseiller responsable du dossier de l'amphithéâtre et vice-président du comité exécutif, Jonatan Julien. Fin juin, on avait terminé plus de la moitié des travaux, précisent-ils. «Quand on est avancé à plus de la moitié à un an de la fin des travaux, c'est très bon signe», soutient M. Rochette.
Confiants de livrer à temps
Les deux hommes sont confiants de pouvoir livrer l'amphithéâtre à temps. Selon la convention de gestion qui lie la Ville de Québec et le locataire de l'amphithéâtre, Québecor, la construction doit être terminée et l'édifice «livré au locataire» au plus tard le 15 juillet 2015. À partir de cette date, on entre dans une période de «rodage» de deux mois, au cours de laquelle la Ville et le gestionnaire pourront faire corriger les déficiences. Les opérations de Québecor débuteront officiellement le 15 septembre.
Or, on ne connaît pas encore les occupants de l'édifice. Québecor a encore un an pour mijoter sa programmation de spectacles et d'activités. Il doit aussi encore convaincre la Ligue nationale de hockey de lui octroyer une franchise, soit par le déménagement d'une équipe ou par l'octroi d'un club de l'expansion. En fait, la venue ou non d'un club pourrait avoir un impact majeur sur la rentabilité de l'équipement déjà financé à 100 % par les fonds publics. 
Rappelons que l'entente qui lie la Ville de Québec à Québecor prévoit deux scénarios (voir l'encadré). Le premier implique la présence d'une équipe de hockey de la Ligue nationale. Dans ce cas, la Ville prévoit des bénéfices nets de près de 5 millions $ par année, sur un horizon de 20 ans.
Le deuxième scénario s'appliquera si la LNH boude Québec. La situation s'inverse alors et la Ville a estimé qu'il lui en coûterait 600 000 $ annuellement pour un amphithéâtre sans Nordiques, soit près de 15 millions $ sur 30 ans, étant donné qu'elle doit assumer les coûts de l'emprunt. 
«Risque marginal»
Et si les choses ne se passent pas comme prévu et qu'en plus les activités de l'amphithéâtre sont déficitaires pendant une ou plusieurs années, la Ville de Québec devra assumer une part du risque en rognant sur ses revenus liés au loyer. L'entente prévoit en effet que la municipalité doit assumer la moitié du déficit, jusqu'à concurrence du montant du loyer. 
Pour Jonatan Julien, «le risque financier qu'encourt la Ville est marginal par rapport à l'actif qu'on a entre les mains», soit un amphithéâtre de 400 millions $.
Transparence c. confidentialité
La Ville de Québec promet que si elle devait éponger une partie du déficit d'exploitation de l'amphithéâtre, les contribuables sauront combien et pourquoi. Mais cela devra se faire dans le respect de la confidentialité des chiffres de Québecor, qui est une entreprise privée.
Tout déficit doit être partagé à parts égales entre le gestionnaire et la Ville, prévoit la convention de gestion, la part de la Ville étant déduite du loyer qu'elle doit recevoir. Le conseiller responsable du dossier de l'amphithéâtre, Jonatan Julien, plaide pour une grande transparence.
«C'est certain que dans une entente où il y a un partage financier lié à un risque, il y aura un audit des résultats financiers pour s'assurer qu'on paie le bon montant. Je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas de transparence là-dedans. Depuis que je suis à la Ville, je remarque que dans le cas du cadre financier, dans le cas du processus budgétaire, c'est extrêmement transparent. On ne cache pas d'informations. Et avec un dossier aussi visible que celui-là, on a tout intérêt à préserver cette transparence.»
Les citoyens connaîtront donc le montant que la Ville aura reçu de loyer en moins. Mais une chose est certaine, il ne faudra pas s'attendre à obtenir les chiffres précis des activités de spectacles de Québecor. «C'est normal, c'est une entreprise privée», convient M. Julien. La convention qu'a signée la Ville prévoit que les représentants municipaux pourront consulter les «états financiers vérifiés du gestionnaire et de QMI Spectacles/Évènements ainsi qu'un rapport du déficit d'opération», mais que ceux-ci devront auparavant signer un «engagement de non-divulgation et de confidentialité». Tout litige sur l'exactitude des livres devra être tranché par un arbitre, prévoit-on.
«La Ville n'a pas intérêt à payer plus que ce qu'elle devrait. Son intérêt est de recevoir le plus gros montant de loyer possible. Et l'intérêt de Québecor, c'est de faire le plus de revenus possible. Elle n'a pas intérêt à faire un jeu pour payer moins de loyer quand ses revenus sont en contrepartie.»
Étapes à venir
Fin août: Les monteurs d'acier quitteront le chantier.
Fin de l'été: L'installation des gradins sera terminée.
Novembre: Les murs extérieurs seront fermés.
Décembre: La dalle de béton de la patinoire sera coulée.
Janvier 2015: Les sièges seront ancrés aux gradins et on entreprendra la finition intérieure.
15 juillet 2015: Livraison de l'amphithéâtre
15 septembre 2015: Ouverture officielle
Et les Remparts?
Les Remparts viennent de renouveler leur bail au Colisée Pepsi, a confirmé au Soleil cette semaine leur copropriétaire Jacques Tanguay. Mais à l'heure où rien ne garantit que les Nordiques éliront un jour domicile dans le nouvel amphithéâtre, n'a-t-on pas besoin de la présence de l'équipe junior majeur dans l'édifice neuf pour le rentabiliser? La question est prématurée, juge le conseiller Jonatan Julien. Les réflexions du comité mené par Daniel Gélinas aideront à voir plus clair dans cette situation, dit-il. «Il est trop tôt pour statuer sur ces éléments.»