L'amour qui tue

L'amour qui tue : jaloux à mort

«Ça prend-tu des malades!» C'est ce qu'on se dit chaque fois en voyant aux nouvelles un autre cas de mari jaloux qui tue sa conjointe et parfois même ses enfants. Une nouvelle choc qui attire les regards, mais qui retombe aussitôt dans l'oubli, sans qu'on ait compris pourquoi.
Des cas comme ceux-là, il en arrive un par mois au Québec, selon Statistique Canada. Un par mois, c'est énorme. D'où ça part? Comment des hommes peuvent-ils en arriver à des crimes aussi horribles?
Le réalisateur Joël Bertomeu, qui s'intéresse souvent à la situation des hommes, aborde la délicate question dans son documentaire L'amour qui tue, que présentera Canal Vie, demain à 19 h. Une oeuvre troublante, qui pose des questions essentielles, au risque parfois de tirer des conclusions discutables.
À la source de ce phénomène aussi inexplicable que dérangeant, conclut le documentaire, une lacune: la quasi-inexistance de ressources destinées aux hommes en détresse au Québec, en comparaison aux nombreux services offerts aux femmes.
L'amour qui tue compte sur des témoignages forts, recueillis pour plusieurs à force d'acharnement. Dont celui d'un homme qui a tué sa femme, et qui sort de 10 ans de détention, une peine qui apparaît incroyablement courte. Surnommé Albert, et témoignant sous le couvert de l'anonymat, l'homme voulait se tuer après avoir tué sa femme, mais n'y est pas arrivé.
Heureusement, Joël Bertomeu ne tombe pas dans le piège d'attirer la pitié sur les meurtriers. De toute façon, il n'y parviendrait pas, tant ce type de crime compte parmi les plus condamnés par la population. Les seuls témoignages d'une femme dont le mari a tué ses deux enfants et d'un fils dont le père a assassiné la mère suffisent à souligner les lourds dommages causés par de tels gestes. Des témoignages qui arrachent des larmes.
L'explication par la condamnation
Le réalisateur s'engage néanmoins sur le terrain glissant de l'explication par la condamnation, en attribuant au lobby féministe l'inexistence de recours des hommes en difficulté. Habile (ou manipulateur?), Joël Bertomeu le fait dire par des femmes, qui se scandalisent du peu d'importance accordée aux hommes. «On a tout donné pendant 40 ans aux femmes», lance la présidente d'Action des nouvelles conjointes et nouveaux conjoints du Québec, Lise Bilodeau, qui dit rêver «qu'on considère les hommes comme des humains».
Le rapport Rondeau, publié en 2004, recommandait pourtant plusieurs mesures afin de corriger la situation. «Où est notre réseau d'aide pour les hommes? Où est-il? On le cherche encore», lance l'animatrice de radio de Québec Diane Bouffard. Selon plusieurs intervenants, le rapport aurait été mis à la poubelle par la faute du lobby féministe, dont aucune représentante n'est interrogée dans le documentaire.
Même dans l'accusation, L'amour qui tue réussit à susciter plusieurs préoccupations au sujet du sort des hommes, sans excuser leurs crimes. Il faut parfois prendre des positions plus tranchées pour soulever des questions, ce que réussit ce documentaire.