L'amour de loin: une illusion grande comme la mer

On reconnaît sans difficulté la touche de Robert Lepage dans l'originalité et l'ingéniosité de la mise en scène de l'opéra L'amour de loin, l'oeuvre de Kaija Saarihao présentée jeudi en tête d'affiche du 5e Festival d'opéra de Québec.
<p>L'opéra <em>L'amour de loin</em>, l'oeuvre de Kaija Saarihao mise en scène par Robert Lepage, a été présentée jeudi en tête d'affiche du 5e Festival d'opéra de Québec.</p>
L'amorce du spectacle a quelque chose de magique dans sa simplicité. De petits flashes viennent percer l'obscurité de la scène sur un rythme qui est synchronisé avec celui du vibraphone. De quelques-uns au début, ces points lumineux deviennent des milliers qui finissent par créer une impression d'immensité. De l'abstraction naît ainsi l'illusion de la mer. Le dispositif est parfaitement maitrisé. Il traduit le miroitement de l'eau dans une échelle quasi infinie de nuance et de teintes. Pour s'assurer de bien faire comprendre de quoi il s'agit, une marionnette traverse le fond de scène en simulant le passage du Pèlerin sur sa barque.
La scénographie colle parfaitement à l'intention musicale et, en respectant ses ponctuations les plus fines, elle vient jeter sur la partition un nouvel éclairage, semble-t-il. L'oeuvre de Kaija Saarihao ne m'a jamais semblé si envoûtante qu'en ce soir de première.
Une passerelle motorisée permet aux solistes de se déplacer en hauteur et en largeur au-dessus de la mer de DEL. On pourrait dire qu'ils naviguent ainsi à l'intérieur du cadre de scène. Cette drôle de mécanique a une qualité évidente, celle de rapprocher les chanteurs de la salle. L'équilibre sonore entre le plateau et la fosse est ainsi parfaitement respecté.
Le baryton Phillip Addis incarne avec vérité le troubadour Jaufré Rudel. La qualité de son jeu est superbe et sa voix se rend jusqu'aux spectateurs sans le moindre effort apparent.
Tamara Mumford se glisse dans la peau du Pèlerin avec tout autant de crédibilité. Le deuxième tableau de l'acte II, celui où le Pèlerin chante les chansons de Jaufré à Clémence, est le moment le plus réussi musicalement et dramatiquement parlant. La participation du choeur, ici, ajoute une note de merveilleux tout à fait étonnante. Erin Wall a prêté ses beaux aigus ronds et brillants au personnage de Clémence.
Placé sous la solide direction du chef Ernest Martinez Izquierdo, l'Orchestre symphonique de Québec joue avec fermeté, sans lourdeur aucune, la partition pourtant touffue de Kaija Saariaho. On croit souvent entendre de la musique de chambre tellement c'est transparent. Le choeur de l'Opéra de Québec a lui aussi livré une prestation impressionnante considérant le défi technique que l'entreprise représentait.
FESTIVAL D'OPÉRA DE QUÉBEC. L'amour de loin, opéra en cinq actes de Kaija Saariaho. Livret : Amin Maalouf. Metteur en scène : Robert Lepage. Assistante à la mise en scène : Sybille Wilson. Concepteur des décors, costumes et accessoires : Michael Curry. Concepteur des éclairages : Kevin Adams. Concepteur des images : Lionel Arnould. Chef d'orchestre: Ernest Martinez-Izquierdo. Jaufré Rudel: Phillip Addis, baryton. Clémence: Erin Wall, soprano. Le Pèlerin: Tamara Mumford, mezzo-soprano. Avec le Choeur de l'Opéra de Québec et l'Orchestre symphonique de Québec. Jeudi soir à la salle Louis-Fréchette. Présenté de nouveau ce soir, lundi et mercredi à 20h.