La vraie question sur le deal

La décision de la commission Charbonneau de diffuser les propos de Michel Arsenault concernant un deal avec le conjoint de Pauline Marois soulève une question de taille. La commission a-t-elle d'autres extraits de conversations sur le même sujet? Normalement, ce devrait être le cas. Parce que si ça s'arrête à ce qu'on a entendu mardi, l'extrait en question ne porte pas à conséquences.
Une commission d'enquête doit éviter de laisser planer un doute sur l'intégrité des gens, sans raison valable. C'est encore plus vrai pour les hommes et des femmes élues pour représenter leurs concitoyens. La prudence est de mise pour éviter que des allégations non fondées ne viennent perturber le processus démocratique.
La commissaire Charbonneau connaît bien ces règles. On peut donc imaginer qu'elle prônera la plus grande prudence au cours des prochaines semaines, alors qu'elle étudiera les liens entre le financement des partis politiques et l'octroi des contrats gouvernementaux. La commission ne doit pas faire d'autocensure à cause de la possibilité d'élections. Mais elle doit éviter de laisser courir des allégations ou des rumeurs non fondées qui viendraient fausser le processus démocratique.
C'est dans ce contexte que la diffusion des propos de Michel Arsenault soulève des questions. Le sujet est pertinent : on y traitait des efforts de la FTQ de bloquer les demandes d'enquête publique sur la construction. Mais rien dans ce qu'on a entendu ne permet d'affirmer que Claude Blanchet a joué un rôle dans le délai de cinq mois mis par le Parti québécois (PQ) avant de se joindre à l'Action démocratique du Québec pour exiger une telle enquête. Même si M. Arsenault devait révéler qu'il est intervenu auprès de Claude Blanchet, il faudrait encore démontrer un lien de cause à effet entre son intervention et la position du PQ. Le simple fait que M. Arsenault parle de «Pauline» au lieu de Mme Marois ne signifie rien. La première ministre est en politique depuis tellement longtemps que bien des gens étaient encore à «tu et à toi» avec elle quand elle était dans l'opposition.
La vraie question sur le deal dont parle Michel Arsenault est de savoir si Mme Marois a discuté des affaires de son mari lors de sa rencontre privée avec le président de la FTQ au club 357c, le 17 février 2009. Elle a nié avoir abordé ce sujet l'an dernier, quand l'émission Enquête de Radio-Canada a fait état de cette rencontre. Or les rumeurs qui courent sur la colline parlementaire depuis des semaines veulent que Michel Arsenault ait informé un collaborateur après sa rencontre avec Mme Marois, lorsqu'il était sous écoute électronique par la police. M. Arsenault sera appelé à témoigner devant la commission Charbonneau. S'il fallait que l'écoute électronique vienne contredire Mme Marois et démontrer qu'elle est intervenue en faveur d'un investissement du Fonds de solidarité dans l'entreprise de son mari, ce serait le scandale. Mais si les rumeurs à cet effet devaient se révéler fausses, la commission Charbonneau aurait agi de façon irresponsable.
La pratique habituelle des commissions d'enquête est de ne pas s'aventurer publiquement sur un dossier tant et aussi longtemps qu'elles n'ont pas les preuves nécessaires pour confirmer les allégations entendues. En ouvrant le dossier d'un deal entre Blanchet et Arsenault, la commission s'est imposé le fardeau de la preuve.
Mercredi, c'est la ministre Élaine Zakaïb que la commission a mise dans l'embarras, en démontrant qu'elle savait que la FTQ construction bloquait les concurrents de Tony Accurso. Cette commission d'enquête est une véritable boîte à surprises. Les politiciens ont-ils vraiment intérêt à se lancer en élections dans un tel contexte? Pas sûr!