La réalisatrice Isabelle Czajka pose un regard acéré, mais lucide sur ces femmes qui se laissent enfermer d'elles-mêmes dans le piège du traditionalisme.

La vie domestique: le piège du confort

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui se passe derrière les belles façades ordonnées de la classe moyenne supérieure? Dans La vie domestique, Isabelle Czajka révèle l'envers du décor, celui de femmes prises au piège de la surconsommation, de la superficialité et du conformisme. Ce film brillant est une version moins caricaturale et beaucoup plus caustique de la série Beautés désespérées. Et même s'il se passe en France, il n'en a pas moins de résonance ici.
Rien ne destinait Juliette (Emmanuelle Devos) à habiter cette banlieue aseptisée de la région parisienne où elle se morfond. Ses trois «amies» présentent toutes le même profil de la quarantaine, des enfants à élever, de la maison à entretenir et du mari qui rentre tard.
Celui de Juliette, Thomas (Laurent Poitrenaux), est particulièrement odieux et égocentrique. Il ne se souvient même pas que sa femme attend, cette journée-là, une réponse décisive pour reprendre son travail dans l'édition... Car, pour l'instant, cette femme forte a sacrifié sa liberté, son autonomie et son indépendance à l'autel de la vie rangée et du confort factice. Mais Juliette commence à ruer dans les brancards.
Pour son troisième film, Isabelle Czajka (D'amour et d'eau fraîche) pose un regard acéré mais lucide sur ces femmes qui se laissent enfermer d'elles-mêmes dans le piège du traditionalisme. Ce conditionnement, implanté dès l'enfance, en fait des femmes plus catastrophées par leur sofa abîmé par une tache que par la mort d'une grand-mère.
Portrait terriblement juste
Servi par une mise en scène fluide, et volontairement modeste, La vie domestique dresse un portrait terriblement juste de cette femme qui se morfond et qui est peu à peu gagnée par l'anxiété. Il faut une touche légère et subtile à la réalisation pour illustrer ce drame intérieur qui mine Juliette. Et une grande interprète pour en rendre subtilement toutes les nuances dans le jeu. Emmanuelle Devos (formidable dans Violette) démontre encore une fois l'étendue de son talent.
La réalisatrice a peut-être forcé un peu trop la note avec ses personnages masculins, qui apparaissent un peu caricaturaux dans cette adaptation du roman de Rachel Cusk, Arlington Park. Mais son propos a l'avantage d'être clair. Et pas si cynique que ça. Il y a une certaine empathie et une dose d'humour (noir), qui nous fait rire, mais avec un brin d'amertume.
Il est étrange que ce film un peu oppressant se retrouve à l'affiche pendant la belle saison. Mais il peut s'avérer un bel exemple de contre-programmation pour ceux qui cherchent du contenu à l'écran et pas seulement des explosions.