La Terre appelle Harper

La campagne électorale au Québec est tellement mouvementée que l'on risque de négliger ce qui se passe ailleurs. Or c'est Ottawa qui nous a offert la nouvelle la plus surprenante mardi : Stephen Harper ne savait pas que les règles de nomination des juges à la Cour suprême sont différentes pour les magistrats québécois et ceux venant du reste du Canada...
Le premier ministre a ainsi commenté la décision de la Cour, qui a invalidé récemment la nomination de Marc Nadon.
«C'est une grande surprise de découvrir qu'il y a une règle tout à fait différente pour le Québec que pour le reste du Canada». Son ministre de la Justice, Peter MacKay, a déclaré que «c'est dommage», que «ce n'était pas là avant et que c'est une interprétation de la Cour».
Allo! On ne savait pas, au bureau du premier ministre, que le choix des juges québécois à la Cour suprême a toujours été soumis à des règles différentes pour garantir que le Code civil du Québec soit respecté à l'intérieur du Canada? Et ce serait «dommage» qu'il en soit ainsi? Sur quelle planète vivent-ils?
Le gouvernement Harper n'a pas caché qu'il aurait aimé voir les juges de la Cour fédérale d'origine québécoise obtenir un accès à la Cour suprême. Mais le premier ministre a fait l'erreur, dans le cas Nadon, de tester la Constitution en nommant quelqu'un qui n'était plus membre du Barreau du Québec depuis longtemps, qui avait peu d'expérience dans le Code civil, et qui, de surcroît, n'habitait plus au Québec depuis 20 ans. La Cour suprême lui a fermé la porte à double tour. On comprend que M. Harper arrive d'une visite en Ukraine où il a constaté l'efficacité redoutable des méthodes de Vladimir Poutine, mais ce n'est pas une raison pour l'imiter.
L'ami Dimitri
On commençait à peine à oublier le scandale des conservateurs au Sénat, voilà que le directeur national du parti, Dimitri Soudas, un proche de Stephen Harper, est congédié. Il a tenté d'imposer sa fiancée à l'investiture du parti dans la circonscription ontarienne d'Oakville. Les militants de l'endroit ont protesté et le tout nouveau responsable de l'éthique au bureau de Stephen Harper a fait enquête. Pourquoi revenir sur cette histoire? Parce qu'elle démontre que la base militante du Parti conservateur en a soupé des magouilles et n'accepte plus de s'agenouiller devant l'autorité du chef. Une bien bonne chose.
Retour sur terre
Il y a les sondages, et il y a le langage corporel. Or, à défaut de sondages récents, le langage corporel de François Legault et de sa femme Isabelle Brais est révélateur depuis quelques jours. Avant les débats, M. Legault semblait résigné et prêt à concéder la défaite. Mme Brais, qui est toujours à ses côtés, donnait l'impression d'avoir tellement hâte que ça finisse... Et voilà que, depuis quelques jours, on les voit confiants et souriants. Même chose à Québec solidaire, où Françoise David est à ce point souriante qu'un visiteur de l'extérieur pourrait croire qu'elle a des chances de former le gouvernement. A contrario, Pauline Marois montre des signes de fatigue. Hier matin, ses faiseurs d'image l'ont envoyée geler en point de presse à l'extérieur, au gros vent, comme s'ils avaient voulu la montrer encore plus misérable et vulnérable. Mme Marois ne mérite pas ça. Qui donc a eu cette idée géniale? Quant à Philippe Couillard, il se montre un peu plus audacieux dans ses réparties, mais il joue de prudence et continue de répéter qu'il ne lance pas de boue. C'est la stratégie d'une équipe qui mène dans les sondages. Au hockey, on appelle ça «jouer la trappe».