La jument était couchée sur le côté dans un box très sale, empli de crottin, sans eau ni foin ni autre nourriture.

La SQ enquête sur la mort de deux chevaux

La Sûreté du Québec a ouvert une enquête sur la mort, au début janvier à Manseau, de deux chevaux qui étaient dans un état d'extrême maigreur. Deux plaintes ont aussi été déposées dans ce dossier mardi auprès de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec.
<p>Louise Branchaud, une citoyenne de Saint-Tite-des-Caps impliquée depuis 2011 dans le secours aux chevaux.</p>
La collègue du Soleil Mylène Moisan racontait le 8 janvier l'histoire de ces deux chevaux ainsi que d'une multitude de petits animaux, chats, lapins, chiens, canards gardés dans des conditions déplorables sur une ferme de Manseau et pour lesquels le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) a été appelé à intervenir.
L'appel a été fait le 16 décembre et une vétérinaire du MAPAQ s'est rendue sur place le 19. Dans le rapport remis à la propriétaire, elle recommande de donner du foin et de l'eau aux chevaux, de limer leurs sabots et de les vermifuger. Elle dit aussi qu'un vétérinaire équin passera deux semaines plus tard, ce qui ne s'est pas produit. Quant aux petits animaux, ceux qui n'étaient pas morts avaient pour la plupart été pris en charge par des citoyens et un refuge.
Un cheval est finalement mort le 4 janvier. Dans l'espoir de sauver la jument restante, une plaignante a contacté la police. Elle a dû appeler à quatre reprises pour qu'un agent se présente. Celui-ci a jugé que l'animal n'était pas mal en point.
C'est après cet épisode que Louise Branchaud, une citoyenne de Saint-Tite-des-Caps impliquée depuis 2011 dans le secours aux chevaux, a été appelée. Le 5 janvier, voyant l'état de la jument, elle a fait venir le vétérinaire équin Denys Frappier. Elle a ensuite négocié avec la propriétaire le transfert de propriété du cheval, qui a ensuite été euthanasié.
Dans un rapport transmis au Soleil par Mme Branchaud, le vétérinaire décrit l'état extrême de la bête. Celle-ci avait une condition de chair de 1 sur une échelle de 5, ce qui en dit long sur sa maigreur. Elle était couchée sur le côté dans un box très sale, empli de crottin, sans eau ni foin ni autre nourriture.
Lors d'un entretien téléphonique, il raconte que les trois adultes présents ont tenté de la changer de position mais qu'elle retombait toujours sur le côté. «Elle ne réagissait à aucun stimuli», dit-il. Lui qui a traité des bêtes de somme pendant 17 ans au Maroc dit n'en avoir jamais vu dans un état aussi déplorable.
Il croit qu'il est très possible que le cheval ait été debout le 19 décembre lors du passage de la vétérinaire du MAPAQ, mais pas qu'il ait été en bonne condition. Elle aurait dû selon lui appeler un vétérinaire praticien pour que des soins immédiats lui soient prodigués.
Plaintes à l'Ordre des vétérinaires
Louise Branchaud, qui a maille à partir avec le MAPAQ depuis 2011 dans un dossier de chevaux morts sur l'île d'Orléans, s'insurge contre le travail du Ministère dans le dossier de Manseau. Mardi, elle a expédié deux plaintes à l'Ordre des vétérinaires du Québec.
La première concerne la vétérinaire qui est intervenue le 19 décembre. Elle lui reproche de ne pas avoir agi dans ce dossier en conformité avec son Code de déontologie. Ayant constaté l'état précaire des chevaux, elle aurait dû selon elle appeler un vétérinaire équin. Elle a plutôt choisi de pratiquer sans avoir les compétences propres à cette espèce, dénonce-t-elle.
Si elle avait contacté un praticien, ceux-ci auraient pu être pris en charge et peut-être survivre, croit-elle.
La seconde plainte à l'Ordre des médecins vétérinaires vise le MAPAQ qui demande aux vétérinaires à son emploi d'évaluer la condition médicale d'animaux sans avoir l'expérience clinique nécessaire ni les connaissances des espèces concernées, ce qui va à l'encontre de leur Code de déontologie.
Mercredi, la Sûreté du Québec a confirmé au Soleil avoir ouvert une enquête sur cette affaire. «C'est un dossier qu'on prend au sérieux et qu'on mène en collaboration avec le MAPAQ», a mentionné le policier Hugo Fournier de la SQ à Trois-Rivières.
Louise Branchaud a d'ailleurs été convoquée jeudi matin pour être interrogée sur les événements dont elle a été témoin.
Selon elle, la propriétaire des animaux semblait quant à elle tout à fait inapte à prendre soin d'animaux et avait davantage besoin de soins pour elle-même.
Plus tôt cette semaine, le MAPAQ a dit ne pas pouvoir commenter ce dossier car il pourrait éventuellement «se retrouver en cour».