Philippe Couillard, Pauline Marois et François Legault.

La semaine électorale décortiquée

>> Jean-Herman Guay: professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke
Parti Libéral
Le plus : Dans ses premières interventions, le chef libéral Philippe Couillard a fait preuve de vigueur et de combativité. Il a rompu avec son image de quelqu'un qui n'a pas de flair politique, qui n'avait pas de leadership. [...] Un autre élément positif est son équipe, qui a réussi à donner une image de solidité.
Le moins : Promettre 250 000 emplois sur cinq ans, ça reprenait exactement les mêmes termes que pendant la campagne de 2012, je ne suis pas sûr que j'aurais mis ça de l'avant.
Coalition Avenir Québec
Le plus : Au cours des deux derniers jours, si je me fie à la rapidité de la réplique (du ministre des Finances Nicolas Marceau) après que la CAQ eut présenté sa proposition (sur le gel d'embauche dans la fonction publique), ça suggère qu'ils parviennent à imposer leur thème. C'est un atout, de faire parler de soi, quand on est troisième.
Le moins : Dans l'ensemble, ça commence mal. Il y a plusieurs joueurs importants qui sont partis, et ça vient affaiblir considérablement une force qu'ils mettaient de l'avant en 2012. Le fait que la commission Charbonneau fasse relâche pendant la campagne signifie qu'il ne pourra pas autant misé sur son thème fétiche de la dernière campagne, soit la corruption. [... Donc le chef caquiste François Legault] doit se rabattre sur son discours économique et l'idée de réduire la taille de l'État. Sur le fond, il peut avoir un bon point mais, électoralement, ce n'est pas très porteur.
Parti Québécois
Le plus : Avec le recrutement de la présidente de l'Ordre des pharmaciens [Diane Lamarre, qui sera candidate dans Taillon], le PQ se montre capable d'un certain renouvellement d'équipe.
Le moins : Comme début de campagne, c'est plutôt mauvais dans l'ensemble, essentiellement pour des raisons de communications. Mme Marois a décidé de ne pas parler aux journalistes [la première journée de la campagne], s'est contentée d'un discours prédéfini. Et ça donne l'impression d'un gouvernement qui ne veut pas s'expliquer, qui tente de cacher quelque chose. Ça n'aura pas un effet majeur, mais ça a laissé un goût amer qui tranchait avec la montée du PQ des derniers mois.
Québec Solidaire
Le plus : Ils mettent Françoise David de l'avant. La campagne de 2012 l'avait révélée, et elle passe mieux qu'Amir Khadir. Le fait qu'ils insistent beaucoup sur la souveraineté est aussi un plus. Ils n'iront pas grapiller des votes chez les libéraux ou les caquistes. C'est chez les péquistes qu'ils peuvent recruter, et c'est pour ça qu'ils jouent la carte souverainiste.
Le moins : Leur slogan, «Je vote avec ma tête» n'est pas mauvais, mais dans certaines de leurs pubs, le message est flou. J'ai vu des pancartes qui disaient «pour l'amour d'un Québec libre», alors on joue sur le rationnel et l'émotion.
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>> Josianne Hébert : Vice-présidente et chef de groupe Affaires publiques et gouvernementales pour le Québec chez Hill + Knowlton Stratégies
Parti Libéral
Le plus : Le fait qu'il a su attirer trois candidatures économiques prestigieuses [Jacques Daoust, ex-président d'Investissement Québec; Marc Coiteux, économiste à la Banque du Canada; et Carlos Leitao, économiste en chef à la Banque Laurentienne] et qu'il a réussi à recruter l'ancien candidat de la CAQ, Dr Gaétan Barrette. Ça montre que M. Couillard est capable d'attirer des candidats de haut niveau.
Le moins : Sa déclaration voulant qu'il «déteste» le gouvernement de Pauline Marois, dans le contexte où il faisait référence à la position du PQ sur l'identité québécoise. C'est une formulation choc, qui est peut-être trop forte. [...] Ça montre un Philippe Couillard plus batailleur que l'image qu'on avait de lui, ce qui n'est pas nécessairement mauvais en soi, puisqu'on est en campagne électorale, mais j'accroche sur le poids, la force du mot. Ça surprend de la part d'un chef de parti.
Coalition Avenir Québec
Le plus : Son bon coup a été la présentation de son cadre financier, parce qu'il est axé sur la baisse de taxes. On parle d'abolir la taxe santé, de diminution de la taxe scolaire, et ça, ça peut rejoindre une partie de la population.
Le moins : L'absence de candidats de poids jusqu'à maintenant. Pour moi, ça dénote le faible pouvoir d'attraction de M. Legault. Mais d'un autre côté, il faut voir que la période de mise en candidature se termine le 22 mars, alors nous aurons peut-être des surprises.
Parti Québécois
Le plus : Ils ont trouvé un slogan, «Déterminé», qui colle bien à l'image de la chef Pauline Marois. Ça fait référence à la «dame de béton», et je trouve ça vendeur. Ils ont aussi réussi à attirer des candidatures féminines de qualité, comme les présidentes de l'Ordre des infirmières et de l'Ordre des pharmaciens [OPQ]. En ce qui concerne Diane Lamarre [de l'OPQ], évidemment, ça reste à confirmer, mais c'est un bon coup.
Le moins : L'absence de période de questions au premier jour de la campagne. Cette stratégie-là a mis Mme Marois sur la défensive, ça lui a valu des comparaisons avec Stephen Harper et dans l'opinion publique, ça peut donner l'impression qu'elle se défile.
Québec Solidaire
Le plus : Avoir lancé leur campagne au lendemain du lancement des trois principaux partis. Cela a fait en sorte qu'ils ont eu plus d'attention que s'ils avaient fait leur lancement en même temps que les autres.
Le moins : A priori, je n'ai pas vraiment vu de mauvais coup de leur part, mais il faut dire qu'ils sont moins présents dans les médias.