Mathieu Giroux, Bastien Têtu et Yann Gravel, brasseurs de la microbrasserie La Barberie

La révolte de la bière

Révolu, le temps où les Molson Export et Labatt Bleue de ce monde détenaient le monopole des frigos québécois. Aujourd'hui, la tendance est à la diversité, à la découverte et à l'originalité. Même en cette période estivale, où le pouvoir désaltérant d'une bière est un attribut non négociable, les consommateurs cherchent d'abord à expérimenter avec leur pinte. Rencontre avec Jean-François Belley, copropriétaire du resto-bar à bières Le Projet, et avec Bastien Têtu, Mathieu Giroux et Yann Gravel, brasseurs de la microbrasserie La Barberie, pour parler de cette révolte de la bière, une révolte en deux temps.
Goût
«Au Québec, il y a clairement une révolution du goût qui se passe.» C'est sans équivoque, selon Jean-François Belley, également propriétaire du dépanneur La Duchesse d'Aiguillon, spécialisé en bières de microbrasseries québécoises. «Ça s'est passé avec le vin avant; maintenant, c'est la bière. J'ai des matantes qui viennent [au Projet]. Ça les intéresse! Elles disent : "C'est pas dangereux de la bière de microbrasserie! Je pensais que ça goûtait le foin!"»
Présentement, les India Pale Ale (IPA), des bières très houblonnées, ont particulièrement la cote. C'est que «le houblon est la vedette», explique Bastien Têtu.
Et pour les avides de découvertes, les bières sures font actuellement une entrée remarquée dans le marché brassicole mondial. Le principe : une contamination contrôlée de la bière provoquant son acidification. «Il y a quelques années, c'était un crime contre l'humanité de faire ça», rappelle Bastien Têtu. Mais aujourd'hui, la recherche de nouveauté - la «peur de s'endormir du brasseur», comme l'appelle Jean-François Belley - incite les brasseries à développer de nouvelles techniques.
Service
Peu importe le goût et la provenance de la bière choisie, sa méthode de service est également un aspect que de plus en plus d'amateurs aiment expérimenter. Parmi ces méthodes, le Cask et le Randall acquièrent une certaine renommée. Le Cask, c'est une méthode de service anglaise à l'ancienne, dans laquelle la bière est gazée naturellement dans un tonneau, et servie en y perçant deux trous. Le Randall, lui, est un infuseur à bière. «Tu peux y mettre une épice, du houblon frais, du concombre, des champignons, du bacon [expérience testée avec succès par Les 3 Brasseurs]. La bière passe au travers de l'infuseur, ce qui lui donne le goût», explique Bastien Têtu, ajoutant que pour consommation personnelle, «un Bodum pourrait très bien faire l'affaire»!