Ce n’est pas en assignation libre que Yan Doublet a saisi cette image cette semaine, mais bien en mission commandée. Et difficile. Dépêché le 23 janvier à L’Isle-Verte, notre photographe a dû témoigner d’une scène de grande désolation. Dans les décombres figés dans la glace, il ne restait pratiquement plus rien de cette partie de la Résidence du Havre. Données techniques : Nikon D4, 125mm, f5,6, 1/800 de seconde, ISO 100

La résidence du Havre poursuit L'Isle-Verte pour 3,8 millions $

L'assureur et les propriétaires de la Résidence du Havre, frappée par un incendie faisant 32 morts le 23 janvier, poursuivent la municipalité de L'Isle-Verte pour 3,8 millions $. La tragédie aurait selon eux été de moins grande ampleur, voire évitée, n'eût été les «fautes lourdes et grossières» de l'administration municipale.
La poursuite a été déposée en Cour supérieure le 22 juillet. Irène Plante et Roch Bernier, propriétaires de la résidence pour personnes âgées, ont fait appel aux services du réputé avocat Me Guy Bertrand, alors que l'assureur, Promutuel, est représenté par son propre contentieux.
Joint à son bureau, Me Bertrand a confirmé qu'une poursuite était bel et bien en marche. Ne pouvant commenter le contenu de la requête, l'avocat a référé Le Soleil à ce passage du document légal : «Les demandeurs ont, à regret, constaté de nombreux faits qui démontrent que les préposés de la municipalité ont commis de nombreuses fautes lourdes et grossières, sans lesquelles la catastrophe aurait pu être évitée.»
Tout le contenu de la poursuite, dont Le Soleil a obtenu copie, est sans équivoque. «La municipalité a omis ou négligé de planifier et mettre en vigueur un plan d'urgence et un plan d'évacuation, malgré les demandes répétées de Roch Bernier depuis environ cinq ans, notamment auprès du directeur général [Guy Bérubé]», peut-on y lire. 
En l'absence d'un tel plan, «les [services de sécurité] de la municipalité ont dû improviser» le soir du tragique incendie du 23 janvier, plaident les demandeurs. Bilan : 32 des 54 personnes âgées vivant au Havre ont été prises au piège et brûlées vives. 
Les propriétaires de la résidence déplorent qu'un seul camion de pompiers se soit présenté sur les lieux de l'incendie dans les 15 premières minutes, et qu'il en aura fallu «plusieurs autres» pour qu'un second soit dépêché d'urgence. Ces camions n'étaient, selon la poursuite, «pas équipés d'échelles». 
Les doléances sont nombreuses : effectifs insuffisants - L'Isle-Verte aurait disposé ce soir-là de 16 pompiers volontaires -, pression d'eau insuffisante, pas assez de véhicules de transport pour évacuer les résidents, dont certains étaient en perte d'autonomie.
La poursuite invoque également des tensions entre la municipalité de L'Isle-Verte, son service d'incendie, et celui de Rivière-du-Loup. «Les tensions connues et non résolues [...] ont contribué à ce manque de planification». Selon la requête, les pompiers de Rivière-du-Loup possèdent des équipements plus adéquats pour faire face à des crises de l'ampleur de la tragédie de L'Isle-Verte et auraient donc dû être appelés en aide.
L'Isle-Verte aurait plutôt communiqué «tardivement» avec les municipalités de Saint-Éloi, de Trois-Pistoles, de Cacouna, de Saint-Paul-de-la-Croix et de Saint-Arsène, «moins bien équipées» que Rivière-du-Loup ou encore Rimouski.
Les dommages et intérêts demandés réclamés s'élèvent à 3,8 millions $, incluant les dommages et l'hypothèque de la résidence. Irène Plante et Roch Bernier disent être en état de stress post-traumatique depuis la tragédie et réclament chacun 100 000 $. M. Bernier n'a pas voulu commenter la situation lorsque joint par Le Soleil.
Le groupe d'avocats de Promotuel signifie dans le document de cour que des poursuites civiles pourraient être déposées contre l'assureur et la résidence du Havre par des proches des victimes. Il réclame également un délai de 180 jours pour poursuivre son enquête. 
La mairesse de L'Isle-Verte, Ursule Thériault, n'a pas rappelé Le Soleil ni le service d'incendie de la municipalité.