La rentrée au grand et au petit écran

Les pays d'en haut: raconter la conquête du Nord
Après des années de reprises qui ont mal vieilli, Les belles histoires des pays d'en haut renaissent cet hiver dans une nouvelle mouture, plus attrayante et percutante, sur les ondes d'ICI Radio-Canada télé. L'auteur Gilles Desjardins nous raconte ce qui l'a convaincu de réécrire ce monument de notre imaginaire collectif.
Véritable phénomène populaire, le roman Un homme et son péché de Claude Henri-Grignon s'est décliné en innombrables chapitres d'un radio-roman qui fut diffusé pendant 24 ans, en 495 épisodes du téléroman Les belles histoires du pays d'en haut et en trois films.
Gilles Desjardins n'avait jamais été très sensible à l'oeuvre de Grignon, rebuté par son aura de propagande idéologique. «Notre histoire a été écrite par des curés, et on a longtemps essayé de nous faire croire qu'on était une culture essentiellement rurale et qu'on vivait repliés sur nous-mêmes», explique l'auteur de Musée Éden.
Jusqu'à ce qu'une mauvaise grippe l'amène à écouter trois épisodes coup sur coup un bel après-midi. «J'ai eu une espèce de flash, je ne sais pas si c'était la fièvre, mais j'ai réalisé que c'était comme un western. L'arrivée du chemin de fer, le propriétaire terrien qui essaie de prendre le contrôle du territoire... tout était là», raconte-t-il. «Notre conquête du Nord correspond à la conquête de l'Ouest pour les Américains.»
<p>L'auteur Gilles Desjardins</p>
L'ascension de Séraphin Poudrier, puis ses revers, qui seront racontés dans une deuxième saison, devient une manière de raconter le développement des Laurentides.
L'influence du clergé
L'envie de raconter ce projet progressif, où les Québécois ont trimé pour construire des industries et se réapproprier leurs ressources naturelles, a pris forme. L'auteur s'est plongé dans les archives, qui dépeignent un curé Labelle vindicatif aux méthodes peu orthodoxes, ami avec Arthur Buies, «un anticlérical forcené».
Gilles Desjardins s'est aussi penché sur les textes de Grignon. Il lui est apparu évident que Donalda était un personnage sans âme, modelé par les demandes du cardinal Léger de présenter une Canadienne française douce et soumise, alors que le féminisme débutait au Québec.
«Les dialogues sont toujours très vifs, amusants, vivants. Mais quand tu tombes sur Donalda, tout à coup, ça devient mortel!» indique-t-il, notant au passage que tous les autres personnages féminins sont forts, entêtés et pleins de ressources. «Il fallait la réinventer, et je ne me suis pas gêné» (voir le tableau).
Le scénariste s'est attelé à montrer comment a pris forme l'avarice de Séraphin et pourquoi, de son plein gré, la belle décide d'unir sa destinée à l'homme d'affaires plutôt qu'à l'aventurier, sans pour autant étouffer la romance, promet-il.
Les fameux patois hérités du radio-roman («viande à chien» ou «bouleau noir» permettait aux auditeurs d'identifier rapidement quels personnages parlaient) céderont la place à une langue plus fidèle à celle de l'époque, qui contenait beaucoup d'anglicismes, indique l'auteur. «Grignon a utilisé la langue québécoise rurale avant que Michel Tremblay n'utilise le joual [qu'on parlait en ville]», rappelle M. Desjardins. «J'ai voulu créer quelque chose à mi-chemin entre du Grignon et la langue d'aujourd'hui.»
Le premier épisode sera diffusé le lundi 11 janvier à 21h à ICI Radio-Canada Télé.
Quatre archétypes dépoussiérés
<p>Vincent Leclerc joue Séraphin.</p>
Séraphin Poudrier (Vincent Leclerc)
Jeune entrepreneur dur en affaires, économe, mais capable de faire de gros placements, Séraphin se lance à la conquête des Laurentides par ambition, mais aussi par dépit amoureux, pour briller aux yeux de Donalda. Il deviendra maire, organisateur électoral et fera sa place dans l'industrie forestière.
<p>Sarah-Jeanne Labrosse joue Donalda.</p>
Donalda Laloge (Sarah-Jeanne Labrosse)
Personnage à réinventer, puisque sa personnalité soumise et délétère était une commande du cardinal Léger, Donalda souhaite exploiter la ferme paternelle que toute sa fratrie a désertée. Brillante et déterminée, elle fera taire son coeur, qui la pousse vers Alexis, au profit de sa raison, qui la convainc d'épouser Séraphin.
<p>Antoine Bertrand joue le curé Labelle.</p>
Curé Labelle (Antoine Bertrand)
Indépendantiste convaincu, le curé Labelle veut construire un chemin de fer jusqu'à la Baie-James pour ensuite rejoindre le Manitoba francophone et asphyxier l'Ontario. Il mène de gros combats contre les forestières américaines, mais aussi contre l'archevêque de Montréal, allant jusqu'à Rome pour réclamer son propre diocèse.
<p>Maxime Le Flaguais joue Alexis.</p>
Alexis Labranche (Maxime Le Flaguais)
Alexis est un vrai cow-boy, un mauvais garçon épris de liberté qui refuse la société telle qu'elle est, mais qui se fera rattraper par elle. La drave, le chantier, le commerce illégal de whisky et des accusations de meurtre marqueront son parcours.
D'autres personnages :
• Délima Poudrier (Julie Le Breton)
• Évangéliste Poudrier (Gaston Lepage)
• Bidou Laloge (Rémi-Pierre Paquin)
• François-Xavier Laloge (Julien Poulin)
• Mère du curé Labelle (Josée Beaulieu)
• Arthur Buies (Paul Doucet)
• Caroline Malterre (Anne-Élisabeth Bossé)
• Jambe-de-bois (Roc Lafortune)
• Père Ovide Ruisselet (Michel Charrette)
• Donatienne (Kim Despatis)
• Oscar «La Tuque» Labranche (Fabien Cloutier)
• Notaire Romain Lepotiron (Jacques Allard)