Le duo Pic-Bois, Dominic Massicotte et son confrère Maxime Gervais

La relève sur les planches: drôles de «jeunes loups»

Au bout du fil, l'humoriste Phil Roy prend soudain un ton faussement intense, calqué sur un dialogue d'une populaire série de Réjean Tremblay : «Comme diraient Les jeunes loups : la game a changé.» Ladite «game», c'est la scène humoristique québécoise. Et ce qui a changé, c'est la manière d'aborder ce drôle de travail qui vise à faire rigoler.
«Pour nous, c'est devenu rapidement un métier, on aspire à faire ça de notre vie», affirme celui qu'on reverra sous peu à SNL Québec et au Comédie Club du Grand Rire. «J'ai fait un show avec Mike Ward et il me disait : "Vous êtes tellement moins sur le party que nous autres!" ajoute-t-il. Il y a une sorte de mode... Je pense que le bassin de la relève n'a jamais été aussi gros qu'en ce moment.»
Son confrère Dominic Massicotte, qui forme le duo les Pic-Bois avec Maxime Gervais, partage ce constat. Même s'il décrit la veine artistique qu'ils ont choisie comme de l'humour «niaiseux», leur démarche n'en est pas moins sérieuse. «Les générations avant nous ont défriché le milieu, elles ont créé le métier. Nous, on travaille, affirme-t-il. Même dans les bars, c'est rare maintenant qu'on va voir des humoristes avec une bière sur scène ou faire le party après. On fait nos blagues, on écrit ce qui a bien marché ou non, puis on rentre à la maison et on va travailler.»
Selon Dominic Massicotte, des comiques comme Louis-José Houde, reconnu pour l'énergie qu'il déploie à peaufiner ses textes, ont peut-être contribué à «implanter cette rigueur». L'ex-membre du groupe RBO André Ducharme croit davantage à une culture inculquée par l'École nationale de l'humour. «Avant, on apprenait en le faisant, maintenant, on apprend dans un cours, évoque-t-il. Les humoristes d'aujourd'hui sont beaucoup mieux formés au même âge que ceux d'il y a une vingtaine d'années. [...] Les Cyniques étaient des étudiants en droit, même chose pour Paul et Paul. Nous, on venait des communications. Maintenant, les humoristes viennent de l'humour.»
La scène ou l'écran?
Avant de rallier les internautes avec ses webséries Contrat d'gars ou Fiston, Jonathan Roberge a tenté sa chance sur les planches, comptant sur une bonne décennie d'improvisation. Il n'a pas renoncé à l'idée de lancer un jour un one-man-show, mais l'expérience de «la tournée des bars» l'a refroidi pour l'instant.
«À un moment donné, tout ce qu'il te faut, c'est te faire connaître pour remplir un jour ta salle, décrit-il. Quand tu arrives à ce stade-là, tu fais des 45 minutes de spectacle à la grandeur de la province pour convaincre le plus de monde possible. Tu sais que tu es capable d'écrire et de performer. Après, c'est une question de vente de billets. À un moment, j'ai réalisé que je n'étais pas obligé de descendre à Sept-Îles pour 100 $ pour faire des jokes dans un bar. Je peux le faire sur le Web.»
Comme le créateur de Fiston est papa pour vrai, la vie de famille a pesé lourd dans la balance. «Ça me permet d'élever mon kid à la maison, ajoute-t-il. Je gagne ma vie comme auteur et comme réalisateur. Je ferai de la scène quand mon fils sera assez vieux et que ça ne me dérangera pas de quitter la maison les soirs de semaine pour aller faire des jokes
S'ils misent eux aussi sur le Web, Phil Roy et Dominic Massicotte ne sont pas du même avis : pour eux, la scène demeure primordiale. Même s'il faut accumuler les kilomètres, demander l'aide des parents - Roy avoue qu'il n'en a plus besoin depuis peu... -, se changer dans les toilettes des bars et faire face à des publics pas toujours faciles.
Phil Roy cite à ce propos les conseils du comique Jean-François Mercier, qu'il a côtoyé sur le plateau d'Un gars le soir. «Il m'a dit : "À un moment donné, tu vas faire un contrat et tu ne pourras pas croire que tu es payé pour faire ça dans la vie. C'est toutes ces années de vaches maigres qui vont finir par rapporter. Tu ne le vois pas sur ton compte de banque, mais tu es riche en expériences, en talent que tu développes." Oui, je vais me déplacer dans un bar pour 75 $ parce que ce n'est pas vrai que c'est juste 75 $.»
S'il croit au pouvoir d'Internet pour rejoindre les amateurs d'humour, Dominic Massicotte, des Pic-Bois, ne se passerait pas des planches non plus. «La meilleure manière de travailler l'humour reste de le faire devant public, estime-t-il. Que ce soit dans les bars ou ailleurs. Ça permet le contact humain qu'on n'a pas avec les capsules : on les lance, mais on ne sait pas comment les gens réagissent. C'est un baromètre qui n'a pas encore son égal.»
Le tremplin du Comédie Club
Depuis quelques années, le Grand Rire mise sur la relève par l'organisation de son Comédie Club. Chaque mercredi, de février à la fin avril, les comiques se succèdent sur les planches de l'Impérial. Les meilleurs numéros trouveront une tribune lors du Grand Rire, en juin, et seront filmés en vue d'une télédiffusion. Les Pic-Bois y étaient cette semaine (pour ceux qui les ont manqués, ils sont attendus le 27 avril au bar La Source de la Martinière, dans Limoilou), Phil Roy passera faire son tour mercredi... Et il compte bien être de retour dans trois mois pour le festival : disant s'être lui-même converti sur le tard aux bienfaits du sport, il projette de faire la route entre Montréal et Québec à vélo. «J'invite tous mes amis de la relève de l'humour à embarquer dans le trip avec moi. Je voudrais faire des shows-bénéfices avant de partir et remettre l'argent à une fondation qui aide à faire bouger les jeunes», lance-t-il, avant de laisser tomber : «Je prépare ça en espérant être sur un gala ou au Comédie Club...» Gageons que l'équipe de programmation ne pourra pas lui résister!