Pendant la nuit de la purge, les citoyens américains expient leurs pulsions violentes alors que les crimes demeurent impunis.

La purge: anarchie:  Le sang appelle le sang

Il y a longtemps qu'on a compris, à Hollywood, qu'il faut battre le fer du box-office quand il est chaud. Après le succès inattendu de La purge, l'été dernier, on a tout de suite annoncé une suite, avec le même réalisateur, dans un contexte de commentaires sociaux augmenté, tout en conservant sa facture de suspense sanguinolent. C'est plutôt rare, mais la suite est meilleure que l'original, même avec ses idées de grandeur.
Nous sommes en 2023 (autrement dit, presque demain). Le gouvernement américain et ses nouveaux pères fondateurs permettent, une fois l'an, que tous les crimes demeurent impunis. Pendant la nuit de la purge, les citoyens expient leurs pulsions violentes en éliminant les démunis (pauvres, sans-abri, malades mentaux...). Ils libèrent la bête en eux alors que les autres se barricadent du mieux qu'ils peuvent.
Le premier film tournait autour d'une seule famille de nantis dans une banlieue anonyme. Cette fois, on a transposé l'action à New York, et les victimes potentielles sont innocentes. Eva (Carmen Ejogo) et sa fille (Zoe Soui) ainsi qu'un jeune couple se retrouvent dans la rue contre leur volonté. Ils vont se trouver sur le chemin d'un justicier solitaire qui deviendra leur protecteur involontaire (Frank Grillo). On n'est pas loin du légendaire inspecteur Harry (interprété par Clint Eastwood dans cinq films).
Violence systémique
D'ailleurs, alors que la première mouture empruntait beaucoup aux codes du film d'horreur, cette fois, le film est plus campé dans le polar et le western. La violence y est crue. Ce deuxième volet n'est toutefois pas le bain de sang appréhendé même s'il y a de l'hémoglobine et des fusillades à profusion. C'est que sa violence, même gratuite, n'est pas exploitée, encore moins obscène. En fait, James DeMonaco tente de démontrer qu'elle est systémique et sert bien le «système».
D'ailleurs, dans cette fiction qui se veut aussi de l'anticipation, plusieurs commencent à ne plus être dupes. Ils se révoltent contre cette purge qui sert à se débarrasser des plus faibles qui sont un frein à la vigueur de l'économie. Ce commando révolutionnaire est une fausse bonne idée, car elle devient rapidement caricaturale. Sans parler que le réalisateur tombe parfois dans la parodie lorsqu'il filme les riches.
Comme dans le précédent, DeMonaco se sert du cadre pour livrer un commentaire sur certaines tares de l'Amérique : armes, libertés individuelles, classes sociales, appât du gain. Malheureusement, son discours anticapitaliste demeure trop simpliste.
Sa démonstration est plus pertinente quand elle s'en tient à l'individu, lorsqu'il démontre que la violence est souvent entretenue par la vengeance, l'envie et la jalousie. Le sang appelle le sang!
DeMonaco ne réinvente rien et sa réalisation demeure, encore une fois, convenue et appliquée. Et malgré tous ses efforts, le scénario a encore des trous. Reste que La purge : anarchie tient la route et peut susciter certaines réflexions chez le spectateur même si le film a parfois des idées trop grandes pour lui. Et on ne peut pas reprocher à DeMonaco de chercher à pervertir les règles du cinéma hollywoodien tout en produisant du divertissement. 
Au générique
Titre: La purge : anarchie (v.f. de The Purge: Anarchy)
Genre: suspense
Réalisateur: James DeMonaco
Acteurs: Frank Grillo, Carmen Ejogo et Zoe Soui
Salles: Beauport, Ciné-parc Saint-Nicolas, Sainte-Foy (aussi en v.o.a.)
Classement: 13 ans et plus
Durée: 1h44
On aime: l'ambition du propos, certains revirements
On n'aime pas: les invraisemblances, la fin convenue