Soundgarden sur les plaines d'Abraham

La puissance de Soundgarden

Devant des plaines d'Abraham encore bien remplies, Soundgarden a démontré samedi l'expérience de ses 30 ans de métier et la puissance de son oeuvre avec un programme de plus d'une heure trente sans temps mort à l'occasion de son passage au Festival d'été de Québec.
Au sommet de sa forme, le regard perçant et la voix puissante et atmosphérique, le chanteur Chris Cornell s'est fait meneur de jeu de ce barrage sonore lourd et planant caractéristique de la scène de Seattle. Le groupe a attaqué à deux guitares, Cornell ajoutant la sienne à celle d'un Kim Thayil plus effacé mais efficace pour Searching with my Good Eye Closed et le classique Spoonman.
«Québec! Je crois que c'est la première fois que nous venons ici! Il était temps, après trente ans!» a lancé un Cornell qui avait visiblement oublié la dernière visite de Soundgarden à l'hippodrome en 1996 lors de la tournée Lollapalooza. Impressionné par la foule, il a tenu à l'immortaliser sur vidéo.
Le chanteur s'est ensuite débarrassé de son manteau et de sa six-cordes, ce qui lui a permis d'arpenter la scène à son gré pour Outshined et Flower au rythme des riffs lourds et hypnotiques de Thayil et de Ben Shepherd à la basse. Cornell a repris sa Gibson ES 335 pour le plus grand succès du groupe, la planante Black Hole Sun, puis Jesus Christ Pose.
Soundgarden a puisé dans tous ses albums sauf Louder than Love, plaçant une certaine emphase sur Superunknown qui célèbre ses 20 ans cette année. «La prochaine parle de laisser les gens faire ce qu'ils veulent. Si vous m'empêchez de faire ce que je veux, je vais vous arracher un bras, le cuire et le manger», a d'ailleurs lancé Cornell, sourire en coin, avant d'entamer My Wave, quatrième simple tiré de Superunknown.
Après avoir qualifié Québec d'endroit magique, car il n'avait «jamais vu autant de piscines en un même endroit ailleurs dans le monde», Cornell a tenu à dédier Rusty Cage à la mémoire de Tommy Ramone, décédé vendredi à l'âge de 65 ans, ajoutant que le batteur des Ramones avait été une source d'inspiration pour lui.
Taylor et ses hommes
Avant l'arrivée de Soundgarden, The Pretty Reckless avait réchauffé la foule avec son rock lourd et rapide. Mené par la comédienne Taylor Momsen, qui en 2005 s'était fait voler le rôle d'Hannah Montana par une certaine Miley Cyrus, le quatuor n'a cependant rien d'une affaire de midinettes.
À grand renfort de distorsion et de feedback, Taylor et ses hommes font énormément de bruit, notamment le guitariste Ben Phillips qui ajoute aussi sa voix à celle de Momsen en plus d'y aller de solos hurlants.
Vêtue d'une minirobe noire, la chevelure blonde qui lui tombe au visage et les yeux maquillés de cernes noirs, la chanteuse de 20 ans continue de jouer la carte de la fille un peu paumée. Elle démontre cependant rapidement qu'elle a la voix qu'il faut pour rivaliser avec ses bruyants musiciens.
Le jeune groupe a offert une performance pas piquée des vers qui a plu à un public qui connaissait déjà plusieurs de ses chansons. Il faut dire que le gros rock des Pretty Reckless a déjà plusieurs adeptes à Québec, Momsen et sa bande ayant visité la capitale à quelques reprises.
Plus tôt en soirée, le trio suédois Truckfighters avait brisé la glace avec son «stoner rock». Les vikings ont joué durant 45 minutes avec un enthousiasme contagieux malgré l'adversité. Le transporteur aérien du groupe avait en effet égaré les bagages du guitariste Niklas Källgren, qui a dû jouer sur une guitare empruntée.