La première gorgée

Quand l'hiver est là et qu'à regret, on voit la nuit s'enfoncer trop tôt... Quand le sang a été fouetté par une longue promenade ou par une journée de ski pendant une journée trop courte et glacée... Quand les yeux ont été éblouis de lumière, les doigts engourdis par le froid et les joues devenues bien rouges... Alors, c'est le temps de s'offrir un vin chaud ou un chocolat chaud.
Pour ragaillardir les valeureux, le vin chaud sera de mise. On fait bouillir un bon vin rouge, sucré à sa convenance - environ huit cuillerées à soupe par bouteille. Dans les trémolos du liquide, on jette une écorce d'orange, une tranche de citron, un clou de girofle et de la cannelle en bâton. On dit «en bâton», mais c'est l'écorce du cannelier dont il s'agit et qui garde l'arôme intact pendant des années.
Il faut faire bouillir, le temps de s'enivrer de senteurs au-dessus de la casserole. Les oreilles bourdonnent, le regard vacille en fixant le tourbillon de sorcière où apparaissent et disparaissent tour à tour un bout d'écorce, un éclair d'orange, le bouton floral du giroflier. Juste avant de servir, on corse le tout d'eau-de-vie ou de l'alcool de son choix, et l'on flambe. Cette flamme courte de feu follet, fugitive, ajoute au mystère, si pour un court instant, on éteint la lumière.
Puis on boit le nectar, sirupeux et fort, qui fait monter le feu aux pommettes, dispose à l'indulgence aux jeux de cartes, à l'amitié ou mieux encore à la petite sieste.
La cannelle, une épice parfois incontournable, même si certains la détestent au point de refuser de la voir même en peinture sur une tarte aux pommes. De toute façon, c'est dans la partie salée des cuisines que nous la voyons faire le tour du monde. Bien des viandes, des gibiers mijotés nous réservent un petit goût de cannelle. Mais juste un soupçon, un souffle, comme une poudre aux yeux et le plat apparaît avec une autre élégance, une autre explosion en bouche.
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Chocolat chaud
Pour les plus douillets, il y aura le chocolat chaud.
Nous appelions cette collation «le 4h» qui se prenait en réalité à 17h après l'école. La tartine grillée, beurrée comme il faut - ce qui sous-entend abondamment! - et un chocolat chaud.
Éric Normand de chez Érico m'a donné sa recette.
«Avec du chocolat extra-amer comme le Sao Thomé à 70 % de cacao, prends 120 g (4 oz) de chocolat en pastilles avec 400 ml de lait 1 %. Tu places le chocolat dans un petit cul-de-poule. Chauffe le lait au point d'ébullition et verse environ un quart de la quantité sur le chocolat. À l'aide d'un fouet, mélange afin d'obtenir une texture homogène comme une ganache. Ajoute le reste du lait et mélange.
Ce qui est important, c'est la première opération. Si on n'obtient pas comme il faut la texture désirée, le gras du chocolat va être séparé. L'émulation doit se faire. Sinon, tu vas avoir un chocolat chaud picoté et le goût ne sera pas le même.» C'est comme une mayonnaise finalement!
Le plaisir commence bien avant la bouche. Les deux mains sur le bol, on se réchauffe. Il est là, on attend un peu, mais l'impatience a ses limites. Alors tranquillement, on porte le bol à la bouche, sur les lèvres déjà, la chaleur amplifiée par l'onctuosité, puis lentement sur le palais. La première gorgée est rapide, elle est seulement gourmandise et bonheur. La quantité est juste comme il faut, ni trop ni pas assez, juste pour aller chercher le confort.
Puis doucement, le déblocage idéal, le confort immédiat suivi d'un soupir, la langue qui tourne dans la bouche, qui trouve le velouté, le moelleux, la densité. L'émotion d'un bien-être qui s'étend à l'infini.
Et là, l'excitation de renouveler le régal, immédiatement, sans plus attendre, pendant que c'est chaud, il est là au bout des doigts. On savoure l'odeur, la couleur. Puis une autre gorgée. Il faut prolonger la gâterie, mais comment? C'est meilleur chaud. Trop vite, le bol se vide. On le repose, la satisfaction peut se lire aux coins des lèvres. Il reste des traces de chocolat.
Quand un mets était particulièrement succulent, le sage du village déclarait : «On dirait qu'un lapin vous lèche l'âme.» C'est joli n'est-ce pas? C'est ce que je vous souhaite, qu'un lapin vous lèche l'âme, lorsque vous mettrez le nez dans votre bol de vin chaud ou de chocolat chaud.
Épices La route des Indes
Marché du Vieux-Port, 160, Quai Saint-André, Québec G1K 7C3; Tél. : 418 692-2517 (241)
Chocolaterie Érico
634, rue Saint-Jean, G1R 1P8; Tél. : 418 524-2122