Bill Paxton est polygamme dans Big Love, une série américaine. Si la pratique est souvent idéalisée, il semble que la liberté sexuelle soit associée à la culpabilité, à la honte et à la jalousie.

La possessivité amoureuse est universelle

J'entends souvent, surtout des hommes, évoquer la chance de certains peuples qui se permettent une liberté sexuelle rêvée. On s'imagine naïvement que dans les sociétés où la liberté sexuelle et la polygamie sont permises, c'est le bonheur paradisiaque.
Pour appuyer ce fantasme sexuel, on cite fréquemment la réputée anthropologue Margaret Mead, qui a démontré au début du XXe siècle comment la culture d'une société détermine ses comportements sexuels. Margaret Mead avait observé la culture des Samoans, un peuple vivant sur une île du Pacifique, qui vivait supposément dans la parfaite harmonie, sans jalousie ni possessivité, tout en jouissant de relations extraconjugales acceptées d'emblée par tous.
Or, ce qui est moins connu, c'est que les prétentions de cette anthropologue n'étaient pas fondées. Des recherches subséquentes sur cette culture ont démontré que les Samoans n'étaient pas foncièrement différents des autres peuples. En réalité, les relations extraconjugales même permises amenaient les Samoans à vivre eux aussi de la culpabilité, de la honte, de la jalousie et le reste des problèmes inhérents à la liberté sexuelle. Cela concorde avec l'opinion du sexologue et sociologue canadien Ira Reiss, qui, après avoir parcouru toute la littérature scientifique sur le sujet, a conclu que la jalousie sexuelle existe dans toutes les cultures humaines connues. La jalousie est donc universelle et est retrouvée partout. Dans chaque société du globe, la plupart des gens s'opposent à voir leur conjoint ou conjointe faire l'amour avec d'autres.
De son côté, l'anthropologue Helen Fisher nous révèle justement que dans les familles polygames existent de la jalousie et des batailles continuelles pour obtenir de l'attention. D'ailleurs, dans la vaste majorité des sociétés permettant la polygamie, seulement 5 à 10 % des hommes ont réellement plusieurs femmes à la fois. Bien plus, l'anthropologue Murdock a passé en revue 250 cultures pour réaliser que, dans les faits, presque chaque société était monogame, de par le nombre de personnes vivant avec un seul conjoint, en dépit de la prépondérance des sociétés officiellement polygames dans le monde. La vérité, c'est qu'à travers le monde entier, les hommes ont tendance à marier une seule femme à la fois. Ce n'est pas par hasard.
Le mariage est un phénomène universel. Il prédomine dans chacune des sociétés de la terre. Le lien conjugal est intimement lié à notre identité personnelle, à notre sentiment d'être valable, à notre sentiment d'appartenance. Et aussi à la peur d'être abandonné. Le désir amoureux et le lien qu'il crée avec l'autre nous propulsent dans la compétition et la peur d'être rejetés. Avec la multiplicité des liens sexuels et amoureux, on joue donc avec de la dynamite émotive.
Pourquoi alors la majorité des personnes se restreignent-elles sexuellement malgré leurs pulsions extraconjugales alors que d'autres se laissent aller? Selon moi, on ne trouvera pas la réponse chez des anthropologues comme Helen Fisher, qui explique l'infidélité par la simple propension de l'animal humain à chercher la diversité sexuelle pour se reproduire. Les motivations psychologiques individuelles sont ainsi trop vite écartées. Il m'apparaît superflu d'insister sur le fait que nos ancêtres étaient libres sexuellement avant de commencer à former des couples voilà environ quatre millions d'années. Si on veut se déculpabiliser, on peut simplement penser que l'infidélité se trouve partout sur la terre, depuis toujours, et même aussi chez les animaux monogames.
La vraie question concernant le bien-fondé de la fidélité n'est pas de savoir si objectivement nous avons le droit d'être infidèles en nous référant à la morale, à la religion, à nos gènes ou à notre culture. La vraie question est celle-ci : quelles seraient les conséquences de mon infidélité sur le bien-être de ma conjointe ou de mon compagnon de vie, sur mes enfants et sur moi-même? Les arguments pro-infidélité basés sur l'hérédité, le comportement anthropologique de nos ancêtres ou les habitudes d'autres cultures me paraissent des rationalisations naïves. Selon moi, quand on raisonne comme cela, c'est comme si on assumait que l'infidélité se vivait de façon schizoïde en réaction à une entité abstraite qui serait la société trop exigeante. On oublie alors qu'en réalité, la personne infidèle est en train de faire quelque chose qui a un effet sur son conjoint et sa famille, des personnes en chair et en os, et non à une chimère éthérée.
Des petits coquins (des deux sexes) s'imaginent volontiers que ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal. J'ai de bien mauvaises nouvelles pour ces personnes, car cela est faux. Même quand elle n'est pas au courant de l'infidélité de son conjoint, la personne trompée ressent durement les effets des tromperies sans comprendre ce qui se passe.